Nature et biologie | Le 22 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (6 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 22 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (6 feuillets).
Mammifère insectivore de la famille des Erinaceidae
Erinaceus europaeus, le hérisson d’Europe ou hérisson commun, constitue l’une des espèces les plus familières de la faune européenne. Ce petit mammifère insectivore, reconnaissable à ses milliers de piquants dorsaux, occupe une vaste aire de répartition qui s’étend de la péninsule ibérique aux confins occidentaux de la Russie. Cet animal nocturne fréquente aussi bien les milieux forestiers que les jardins urbains et les zones agricoles. Classé comme préoccupation mineure par l’UICN, le hérisson d’Europe voit toutefois ses populations connaître un déclin marqué dans plusieurs régions, notamment en raison de la fragmentation des habitats, du trafic routier et de l’usage intensif des pesticides qui réduisent la disponibilité des proies invertébrées.

Le hérisson commun, ou hérisson d’Europe, répond au nom scientifique Erinaceus europaeus ; il fut décrit pour la première fois par Carl von Linné en 1758 dans son Systema Naturae. Ce mammifère appartient à la famille des Erinaceidae, au sein de l’ordre des Eulipotyphla, un groupe qui rassemble également les musaraignes et les taupes. La sous-famille des Erinaceinae, dont il fait partie, se distingue par la présence caractéristique d’un pelage dorsal transformé en piquants rigides. Le genre Erinaceus compte quatre espèces reconnues, parmi lesquelles Erinaceus europaeus représente l’espèce type : les autres membres du genre sont Erinaceus amurensis (hérisson de Mandchourie), Erinaceus concolor (hérisson à ventre blanc) et Erinaceus roumanicus (hérisson des Balkans). La famille des Erinaceidae comprend une soixantaine de genres, incluant notamment les genres Atelerix (hérissons africains), Hemiechinus (hérissons à longues oreilles) et Paraechinus (hérissons du désert). La position phylogénétique des Eulipotyphla a longtemps fait débat ; les analyses moléculaires récentes placent ce groupe au sein des Laurasiatheria, distinct des rongeurs auxquels on associait autrefois les insectivores.
Le hérisson d’Europe se reconnaît aisément à sa silhouette trapue et à son manteau de quelque cinq à sept mille piquants brun-crème, mesurant chacun deux à trois centimètres. Ces épines, composées de kératine, recouvrent le dos et les flancs de l’animal, tandis que son ventre, ses pattes et sa face demeurent garnis d’un pelage brun plus classique. Ce petit mammifère mesure entre 20 et 30 centimètres de long pour un poids variant de 400 grammes à plus d’un kilogramme selon la saison et les réserves de graisse accumulées. Son museau allongé et mobile, doté de vibrisses sensibles, lui permet de fouiller efficacement la litière forestière à la recherche de nourriture.
L’aire de répartition du hérisson commun s’étend sur une vaste portion de l’Europe occidentale et septentrionale, depuis le Portugal et l’Espagne jusqu’à la Scandinavie méridionale, et vers l’est jusqu’à la Russie d’Europe, la Turquie et le Caucase. Ce mammifère affectionne les milieux semi-ouverts où alternent zones boisées et espaces dégagés : lisières de forêts, haies bocagères, prairies sèches, parcs et jardins constituent ses habitats de prédilection. Il évite généralement les zones trop humides et les forêts denses où la prospection alimentaire s’avère difficile. L’espèce a été introduite hors de son aire native, notamment en Nouvelle-Zélande où elle est désormais considérée comme envahissante.
Animal essentiellement nocturne et crépusculaire, le hérisson commun passe ses journées blotti dans un nid de feuilles mortes aménagé sous un buisson, un tas de bois ou tout autre abri propice. À la tombée de la nuit, il entreprend ses rondes alimentaires, parcourant parfois plusieurs kilomètres en quête de nourriture. Son régime, principalement insectivore, comprend une grande variété d’invertébrés : coléoptères, chenilles, vers de terre, limaces et escargots constituent l’essentiel de son alimentation. Ce mammifère consomme également des baies, des fruits tombés au sol, et occasionnellement des œufs ou des oisillons au nid. Les données écologiques indiquent qu’il peut s’attaquer à de petits vertébrés comme des grenouilles, des lézards ou des musaraignes.
Face aux prédateurs, le hérisson adopte une stratégie défensive singulière : grâce à un puissant muscle peaucier, il se contracte en boule serrée, ne présentant à l’adversaire qu’une sphère hérissée de piquants. Cette protection s’avère efficace contre la plupart des carnivores, à l’exception notable du blaireau (Meles meles) dont les griffes puissantes peuvent déjouer cette parade. Parmi les autres prédateurs figurent le renard roux, diverses espèces de martres et fouines, le loup, ainsi que plusieurs rapaces nocturnes comme la chouette hulotte ou le hibou grand-duc.
La reproduction intervient principalement au printemps et en été, après la période d’hibernation. La femelle met bas une portée de quatre à six jeunes en moyenne, après une gestation d’environ cinq semaines. Les nouveau-nés, aveugles et dépourvus de piquants visibles à la naissance, développent rapidement leur armure caractéristique. Le sevrage s’effectue vers l’âge de six semaines, et les jeunes atteignent leur maturité sexuelle au cours de leur deuxième année. L’hibernation constitue une phase cruciale du cycle annuel : dès l’automne, le hérisson accumule des réserves de graisse puis entre en léthargie dans un nid soigneusement isolé, où sa température corporelle et son métabolisme chutent drastiquement jusqu’au retour des beaux jours.
Le hérisson d’Europe entretient avec les sociétés humaines une relation ambivalente, mêlant sympathie populaire et menaces anthropiques. Auxiliaire précieux des jardiniers, il contribue à la régulation des limaces et des insectes ravageurs sans nécessiter aucun traitement chimique. Cette fonction écologique lui vaut une image positive dans l’imaginaire collectif, où il figure parmi les animaux sauvages les plus appréciés. De nombreuses associations se consacrent aujourd’hui au soin et à la réhabilitation des hérissons blessés ou affaiblis, témoignant de l’attachement du public à cette espèce.
Pourtant, les activités humaines constituent la principale source de mortalité pour ce mammifère. Le trafic routier cause chaque année la mort de centaines de milliers d’individus en Europe ; la fragmentation des habitats par l’urbanisation réduit les territoires disponibles et isole les populations. L’emploi de pesticides dans l’agriculture et les jardins appauvrit ses ressources alimentaires tout en provoquant des intoxications directes ou indirectes. Le hérisson peut également être victime des tondeuses automatiques, des filets de protection des jardins où il s’empêtre, ou des piscines dont il ne parvient pas à s’extraire.
Dans la culture européenne, le hérisson occupe une place singulière. Présent dans les fables d’Ésope et les bestiaires médiévaux, il symbolise tantôt la ruse, tantôt la prévoyance. Les Romains lui prêtaient la capacité de prévoir le temps en observant l’orientation de son terrier. Aujourd’hui encore, il inspire de nombreux ouvrages pour enfants et figure dans les recommandations des naturalistes pour favoriser la biodiversité des jardins.
Longtemps considéré comme une espèce de « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le hérisson commun a vu son statut réévalué en 2024 lors de la COP16 sur la biodiversité. Désormais classé « quasi menacé » (NT), il fait l’objet d’une vigilance accrue de la part des institutions de conservation. Ce reclassement reflète un déclin rapide et documenté des populations dans de nombreux pays d’Europe occidentale : au Royaume-Uni, les effectifs auraient chuté de plus de moitié en deux décennies. Des tendances similaires sont observées en Norvège, en Suède, au Danemark, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche.
En France, l’espèce bénéficie d’une protection intégrale depuis l’arrêté du 23 avril 2007, qui interdit sa capture, sa détention, sa mutilation et sa destruction. Elle figure également à l’annexe III de la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Paradoxalement, en Nouvelle-Zélande où il fut introduit au XIXe siècle, le hérisson est classé espèce envahissante et fait l’objet de campagnes d’éradication en raison de son impact sur la faune indigène, notamment les oiseaux nichant au sol et les invertébrés endémiques. Cette situation illustre la complexité des enjeux de conservation à l’échelle mondiale, où une même espèce peut être simultanément protégée dans son aire d’origine et combattue là où elle a été introduite.
La nomenclature et la systématique du hérisson commun s’appuient sur plusieurs ouvrages de référence, notamment le Handbook of the Mammals of the World (volume 8, 2018) pour la famille des Erinaceidae. La description originale de l’espèce figure dans le Systema Naturae de Linné (10e édition, 1758). Les données sur les interactions écologiques proviennent de la base GloBI (Global Biotic Interactions), tandis que les informations taxonomiques sont consolidées par le Catalogue of Life et le registre GBIF.
André Roussainville
Taxon : Erinaceus europaeus Linnaeus, 1758
Famille taxonomique : Erinaceidae
Ordre : Eulipotyphla
Classe : Mammalia
Statut de conservation IUCN : Préoccupation mineure (Least Concern)
Répartition géographique : Europe occidentale et centrale (27 pays), introduit en Nouvelle-Zélande
Longueur corporelle adulte : 20-30 cm
Masse adulte : 700-1200 g (jusqu’à >1500 g avant hibernation)
Longévité maximale : 7-10 ans
Nombre de piquants : 5000-7000
Période de reproduction : avril-septembre
Durée de gestation : environ 35 jours
Taille de portée : 4-6 jeunes (exceptionnellement jusqu’à 10)
Période d’hibernation : octobre/novembre - mars/avril
Identifiant NCBI Taxonomy : 9365
Identifiant GBIF : 5219616
Identifiant ITIS TSN : 633540
Identifiant Catalogue of Life : 3B2C2
Identifiant Wikidata : Q6145
Ressource : Global Biodiversity Information Facility - Erinaceus europaeus (gbif.org)
Ressource : Liste rouge IUCN - Erinaceus europaeus (iucnredlist.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser - Erinaceus europaeus (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Integrated Taxonomic Information System - TSN 633540 (itis.gov)
Ressource : Catalogue of Life - Erinaceus europaeus (catalogueoflife.org)
Ressource : Wikidata - Q6145 (wikidata.org)
Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) - données d’interactions écologiques (globalbioticinteractions.org)
Erinaceidae, Eulipotyphla, mammifère insectivore, hibernation, piquants, faune européenne, auxiliaire des jardins, prédation sur invertébrés, fragmentation des habitats, mortalité routière, déclin des populations, conservation de la faune, espèce introduite
Entités nommées fréquentes : Europe, Erinaceus, Erinaceidae, Eulipotyphla, Nouvelle-Zélande, Catalogue, Life.



Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville.
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