Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (6 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (6 feuillets).
Oiseau aquatique de la famille des Anatidés
Avec pour emblème la tête vert irisé du mâle, le canard colvert figure parmi les oiseaux aquatiques les plus familiers de l’hémisphère Nord. Parfaitement adapté aux milieux humides, ce palmipède de la famille des Anatidés, présent dans une zone couvrant l’Europe, l’Asie tempérée et l’Amérique du Nord, fréquente aussi bien les étangs paisibles des parcs urbains que les marais sauvages ou les eaux saumâtres des estuaires. Son régime alimentaire varié, sa grande capacité d’adaptation et son rôle d’ancêtre de la plupart des races de canards domestiques en font une espèce d’intérêt écologique et économique majeur ; il demeure aujourd’hui l’un des gibiers d’eau les plus chassés au monde.

Le canard colvert, de son nom scientifique Anas platyrhynchos, appartient à la vaste famille des Anatidés qui regroupe canards, oies et cygnes au sein de l’ordre des Ansériformes. Cette espèce fut formellement décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 dans la dixième édition de son Systema Naturae, ouvrage fondateur de la nomenclature binomiale moderne. L’étymologie du nom générique « Anas » provient directement du latin désignant le canard, tandis que l’épithète spécifique « platyrhynchos » dérive du grec et signifie « à bec plat », en référence à la morphologie caractéristique de cet oiseau. Un synonyme historique, Anas boschas, fut longtemps employé dans la littérature ornithologique avant d’être abandonné au profit de la dénomination actuelle.
Le genre Anas constitue l’un des plus diversifiés parmi les Anatidés, comptant environ soixante-dix espèces de canards dits « de surface » ou « barboteurs » (appelés « dabbling ducks » en anglais). Au sein de ce groupe, le colvert entretient des liens phylogénétiques étroits avec plusieurs espèces nord-américaines telles que le canard noir (Anas rubripes), le canard d’Amérique (Anas rubripes) ou le canard du Mexique (Anas diazi), avec lesquelles il peut s’hybrider et produire une descendance fertile. La systématique reconnaît actuellement deux sous-espèces : la forme nominale Anas platyrhynchos platyrhynchos, répandue à l’état sauvage sur l’ensemble de l’aire de répartition, et Anas platyrhynchos domestica, correspondant aux formes domestiquées dont les origines remontent à plusieurs millénaires.
Le canard colvert présente un dimorphisme sexuel particulièrement marqué durant la période nuptiale. Le mâle en plumage d’apparat arbore une tête d’un vert métallique éclatant, séparée de la poitrine brun-pourpre par un fin collier blanc caractéristique qui lui vaut son nom vernaculaire français. Le bec jaune verdâtre contraste avec les flancs gris finement vermiculés et le croupion noir rehaussé de plumes recourbées vers le haut, les « frisettes ». Les ailes portent un miroir bleu-violet bordé de blanc, visible aussi bien en vol qu’au repos. La femelle, pour sa part, affiche un plumage cryptique brun tacheté de chamois, assurant un camouflage efficace lors de la couvaison ; elle conserve néanmoins le miroir alaire caractéristique de l’espèce. Les deux sexes possèdent des pattes palmées orange vif.
L’espèce est originaire des régions tempérées de l’hémisphère Nord et occupe une aire de répartition circumpolaire remarquablement étendue. En Europe, elle niche depuis les rivages méditerranéens jusqu’au cercle arctique scandinave ; en Asie, son territoire s’étend de l’Anatolie à la Sibérie orientale et au Japon ; en Amérique du Nord, elle colonise l’ensemble du continent depuis l’Alaska jusqu’au Mexique septentrional. Le canard colvert fréquente une grande diversité de milieux aquatiques : eaux douces stagnantes des étangs, lacs et marais, cours d’eau calmes, mais également zones saumâtres des estuaires et lagunes côtières. Les populations nordiques entreprennent des migrations automnales vers des quartiers d’hivernage plus cléments, tandis que les oiseaux des régions tempérées demeurent généralement sédentaires. L’introduction de l’espèce à des fins cynégétiques ou ornementales a étendu sa présence à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et diverses régions de l’hémisphère Sud où elle n’existait pas naturellement.
Canard de surface par excellence, le colvert se nourrit principalement en basculant la partie antérieure du corps sous l’eau, queue dressée vers le ciel, pour atteindre la végétation aquatique immergée. Son régime alimentaire se révèle remarquablement éclectique et varie selon les saisons. Les graines constituent la base de son alimentation, provenant de nombreuses plantes tant aquatiques que terrestres : céréales cultivées, glands, baies de genévrier, fruits de châtaignier et graines de multiples herbacées. L’espèce consomme également des végétaux verts, des tubercules et des rhizomes de plantes palustres. Durant la période de reproduction, les femelles en particulier complètent ce régime végétarien par des proies animales riches en protéines : invertébrés aquatiques, mollusques, vers et petits poissons.
La saison de reproduction débute dès la fin de l’hiver, les couples se formant parfois dès l’automne précédent au sein des rassemblements hivernaux. Le mâle exécute des parades nuptiales élaborées comprenant des mouvements ritualisés de la tête, des sifflements caractéristiques et des hochements du bec. La femelle aménage son nid à terre, généralement dissimulé dans la végétation dense à proximité de l’eau, parfois à plusieurs centaines de mètres de celle-ci. Elle y dépose huit à douze œufs verdâtres qu’elle couve seule pendant environ quatre semaines, le mâle abandonnant généralement sa partenaire peu après le début de l’incubation. Les canetons, nidifuges et recouverts de duvet, quittent le nid dans les heures suivant l’éclosion pour rejoindre l’eau sous la conduite de leur mère. Le célèbre « coin-coin » nasillard appartient au répertoire vocal de la femelle, tandis que le mâle émet des sifflements plus discrets.
Le canard colvert occupe une place singulière dans l’histoire des relations entre l’homme et les oiseaux, puisqu’il constitue l’ancêtre sauvage de la quasi-totalité des races de canards domestiques. Cette domestication, amorcée en Asie du Sud-Est il y a probablement plus de quatre mille ans, a engendré une extraordinaire diversité de formes sélectionnées pour la production de chair, d’œufs, de foie gras ou de plumes. Le canard de Pékin, le canard de Barbarie mis à part (issu d’une espèce américaine distincte), et la plupart des races européennes descendent directement du colvert sauvage. L’espèce demeure par ailleurs l’un des gibiers d’eau les plus prisés et les plus chassés dans l’hémisphère Nord, faisant l’objet d’une réglementation cynégétique stricte dans la plupart des pays.
La plasticité écologique remarquable du canard colvert lui a permis de coloniser avec succès les milieux urbains, où il prospère dans les parcs, les canaux et les plans d’eau artificiels. Cette familiarité avec l’homme, si elle témoigne de capacités d’adaptation exceptionnelles, génère également des problématiques écologiques préoccupantes. L’hybridation entre individus sauvages et canards domestiques ou semi-domestiques issus de lâchers cynégétiques menace l’intégrité génétique des populations naturelles dans certaines régions. De surcroît, l’introduction du colvert dans des territoires où il n’existait pas naturellement a provoqué des phénomènes d’hybridation avec des espèces apparentées locales, menaçant notamment le canard à sourcils de Nouvelle-Zélande et le canard d’Hawaï.
Le canard colvert figure parmi les espèces d’oiseaux les plus abondantes à l’échelle mondiale, avec des populations globales estimées à plusieurs dizaines de millions d’individus. Cette remarquable prospérité résulte de sa grande capacité d’adaptation aux milieux anthropisés et de sa tolérance envers une large gamme de conditions environnementales. Les effectifs demeurent globalement stables, voire en augmentation dans certaines régions où l’espèce tire parti des ressources alimentaires d’origine agricole et de la multiplication des plans d’eau artificiels.
Néanmoins, certaines préoccupations conservatoires émergent localement. La pollution génétique par introgression de gènes domestiques constitue une menace diffuse mais réelle pour les populations sauvages. Les zones humides naturelles, habitats de prédilection de l’espèce, continuent de subir des pressions liées au drainage, à l’urbanisation et aux changements climatiques. Par ailleurs, le saturnisme aviaire, intoxication par ingestion de plombs de chasse, affecte régulièrement les canards qui confondent ces projectiles avec les graviers nécessaires à leur digestion. L’interdiction progressive de la grenaille de plomb dans les zones humides, adoptée par de nombreux pays, vise à réduire cette cause de mortalité.
André Roussainville
Nom scientifique : Anas platyrhynchos Linnaeus, 1758
Famille : Anatidae (Anatidés)
Classe : Aves (Oiseaux)
Ordre : Anseriformes
Statut de conservation IUCN : Non évalué dans les données disponibles
Répartition géographique : Europe, Asie, Amérique du Nord (natif) ; introduit en Australie, Nouvelle-Zélande et autres régions
Biotope : Eaux stagnantes, zones humides, milieux saumâtres, environnements semi-aquatiques
Mode de vie : Semi-aquatique, mobile
Données génétiques : Code génétique standard (1), code génétique mitochondrial (2)
Division taxonomique : VRT (Vertébrés)
Identifiants : GBIF usage key 9761484, NCBI tax ID 8839, Wikidata Q25348, WoRMS AphiaID 148791, ITIS TSN 175063, Catalogue of Life ID DGP6
Ressource : Base taxonomique GBIF (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : World Register of Marine Species (WoRMS) (marinespecies.org)
Ressource : Wikidata (wikidata.org)
Ressource : Integrated Taxonomic Information System (ITIS) (itis.gov)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
Ressource : European Nucleotide Archive (ENA) (ebi.ac.uk)
Anatidae, canard, oiseau aquatique, Anseriformes, domestication, gibier d’eau, zone humide, migration des oiseaux, ornithologie, Linné
Entités nommées fréquentes : Anas, Anatidés, Nord, Europe, Asie, Amérique du Nord, Nouvelle-Zélande.



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