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Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : article (5 feuillets).


« Faune urbaine »

Escargot petit-gris

Mollusque gastéropode de la famille des hélicidés

Parmi les escargots terrestres, le petit-gris occupe une place singulière : il est sans doute le mollusque continental le mieux connu du grand public, que l’on croise aussi bien dans les jardins européens que dans les assiettes des restaurants. Décrit en 1774 par le naturaliste danois Otto Friedrich Müller, ce gastéropode pulmoné présente une remarquable capacité d’adaptation qui lui a permis de coloniser tous les continents, devenant parfois une espèce envahissante redoutée des agriculteurs. Herbivore opportuniste, il se nourrit d’une grande variété de végétaux et joue un rôle écologique complexe, servant de proie à de nombreux prédateurs tout en hébergeant divers parasites. Son élevage, l’héliciculture, représente aujourd’hui une activité économique non négligeable dans plusieurs pays méditerranéens.

Cornu aspersum, d'apr. photographie
Cornu aspersum, d'apr. photographie © Sambuc éditeur, 2026

Taxonomie et systématique

Cornu aspersum appartient à l’embranchement des mollusques, à la classe des gastéropodes et à l’ordre des Stylommatophora, qui regroupe les escargots et limaces pulmonés terrestres. Ce gastéropode fut initialement décrit par le naturaliste danois Otto Friedrich Müller en 1774 sous le nom d’Helix aspersa, appellation qui prévalut pendant plus de deux siècles dans la littérature scientifique. La classification actuelle le place désormais dans le genre Cornu, établi par Born en 1778, dont l’espèce type est précisément Cornu aspersum. En français, ce mollusque porte le nom vernaculaire d’escargot petit-gris ; les anglophones le désignent sous les appellations de garden snail ou brown garden snail, tandis que les germanophones l’appellent Gefleckte Weinbergschnecke.

Au sein de la famille des Helicidae, qui compte 94 genres selon les données actuelles, le genre Cornu comprend sept espèces reconnues, parmi lesquelles Cornu cephalaeditana, Cornu cretense, Cornu insolida et Cornu mazzullii. L’histoire taxonomique de l’espèce est particulièrement complexe et a engendré une profusion de synonymes : on recense notamment Cantareus aspersus, Cryptomphalus aspersus, Helix (Cornu) aspersa, Helix (Cryptomphalus) aspersa, ainsi que de nombreuses variétés décrites au cours des XIXe et XXe siècles. Cette abondance de dénominations témoigne des incertitudes taxonomiques qui ont longtemps entouré ce mollusque si répandu.

Description

L’escargot petit-gris présente une coquille globuleuse de taille moyenne, caractérisée par une coloration brun-jaune ornée de bandes spiralées plus sombres qui lui confèrent son aspect moucheté distinctif. Le corps de l’animal, mou et visqueux, est de teinte grisâtre à brunâtre, ce qui explique son nom vernaculaire français. Comme tous les gastéropodes pulmonés, ce mollusque respire grâce à un poumon primitif formé par la cavité palléale, et se déplace sur un pied musculeux qui sécrète un mucus facilitant la locomotion.

Originaire d’Europe et du pourtour méditerranéen, Cornu aspersum a considérablement étendu son aire de répartition au cours des derniers siècles. Ce gastéropode strictement terrestre occupe aujourd’hui des territoires sur tous les continents : on le signale comme espèce introduite en Afrique du Sud, au Chili, au Brésil, en Colombie, au Mexique, en Arabie saoudite, en Égypte, en Australie et dans de nombreuses îles océaniques. En Europe, il est présent de l’Irlande à l’Autriche, des îles Canaries à la Hongrie. L’espèce affectionne les milieux anthropisés tels que les jardins, les parcs, les vergers et les zones cultivées, où elle trouve à la fois nourriture et abris. Elle tolère une gamme étendue de conditions climatiques, bien qu’elle préfère les environnements tempérés et humides.

Comportement et écologie

Le petit-gris est un animal principalement nocturne et crépusculaire qui adopte un mode de vie rythmé par les conditions d’humidité. Durant les périodes sèches ou froides, il entre en estivation ou en hibernation en obturant l’ouverture de sa coquille par un épiphragme, membrane muqueuse qui le protège de la dessiccation. Les journées pluvieuses ou les nuits humides le voient au contraire sortir activement pour se nourrir. Herbivore généraliste, ce gastéropode consomme une grande variété de végétaux : les données écologiques révèlent qu’il s’alimente de laitue (Lactuca sativa), de carotte (Daucus carota), de radis (Raphanus sativus), de fenouil (Foeniculum vulgare), de houblon (Humulus lupulus), de vigne (Vitis) et de nombreuses astéracées. Il peut également consommer des champignons et, occasionnellement, des matières animales en décomposition, voire des vers de terre.

L’escargot petit-gris occupe une position intermédiaire dans les réseaux trophiques et compte de nombreux prédateurs. Parmi les oiseaux, la grive musicienne (Turdus philomelos), le merle noir (Turdus merula), la pie bavarde (Pica pica), le héron garde-bœufs (Bubulcus ibis) et le goéland leucophée (Larus michahellis) s’en nourrissent régulièrement. Des coléoptères spécialisés comme le drile (Drilus flavescens) et les larves de lampyres (Lampyris) sont des prédateurs particulièrement efficaces. Certains serpents, notamment Duberria lutrix en Afrique du Sud et Thamnophis elegans terrestris en Amérique du Nord, ainsi que des crapauds comme Bufo spinosus, complètent cette liste. L’escargot peut également être parasité par l’acarien Riccardoella limacum et sert d’hôte intermédiaire à plusieurs nématodes pathogènes, dont Angiostrongylus cantonensis, Angiostrongylus vasorum et Aelurostrongylus abstrusus, ainsi qu’au trématode Dicrocoelium dendriticum.

La reproduction de ce mollusque hermaphrodite fait intervenir un comportement nuptial élaboré qui inclut l’échange de « dards calcaires » avant l’accouplement réciproque. Chaque individu peut donc jouer successivement les rôles de mâle et de femelle, et pondre des œufs qui écloront après plusieurs semaines d’incubation dans le sol.

Interactions avec l’homme

L’escargot petit-gris entretient avec l’homme des rapports ambivalents, oscillant entre ressource alimentaire prisée et ravageur des cultures. En gastronomie, il constitue un mets apprécié dans de nombreux pays méditerranéens, notamment en France, en Espagne et au Portugal, où il est préparé selon diverses recettes traditionnelles. L’héliciculture, c’est-à-dire l’élevage d’escargots à des fins alimentaires, s’est développée pour répondre à cette demande ; elle concerne principalement Cornu aspersum en raison de sa croissance relativement rapide et de son adaptation aux conditions d’élevage.

Cependant, ce gastéropode représente également un ravageur agricole redouté. Dans les jardins potagers, les vergers et les cultures maraîchères, il occasionne des dégâts parfois considérables en consommant feuilles, fruits et jeunes pousses. Sa présence est particulièrement problématique dans les régions où il a été introduit accidentellement, comme en Californie, en Australie ou en Afrique du Sud, où il ne rencontre pas ses prédateurs naturels. Les méthodes de lutte comprennent le ramassage manuel, l’utilisation de molluscicides et l’introduction d’agents de lutte biologique comme l’escargot carnivore Rumina decollata.

Sur le plan sanitaire, Cornu aspersum peut servir d’hôte intermédiaire à des parasites transmissibles à l’homme ou aux animaux domestiques, ce qui impose certaines précautions dans sa manipulation et sa consommation.

Statut de conservation

L’escargot petit-gris ne figure pas parmi les espèces menacées à l’échelle mondiale et ne bénéficie d’aucun statut de protection particulier auprès de l’UICN. Au contraire, sa remarquable capacité de colonisation et d’adaptation lui a permis de prospérer dans de nombreuses régions du globe où il est considéré comme une espèce envahissante. Les registres des espèces introduites et invasives le mentionnent pour l’Afrique du Sud, le Chili, le Brésil, la Colombie, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Autriche, la Hongrie et diverses îles, témoignant de l’ampleur de son expansion hors de son aire d’origine.


André Roussainville


Résumé des caractéristiques

Nom scientifique : Cornu aspersum (O. F. Müller, 1774)

Famille : Helicidae

Classe : Gastropoda

Embranchement : Mollusca

Ordre : Stylommatophora

Statut IUCN : Non évalué

Répartition : Originaire d’Europe et du bassin méditerranéen ; introduit en Afrique, Amérique du Nord et du Sud, Australie, Moyen-Orient

Habitat : Terrestre

Code génétique standard : 1

Code génétique mitochondrial : 5

Identifiants de bases de données : NCBI tax ID 6535 ; GBIF usage key 5858758 ; WoRMS AphiaID 820000 ; ITIS TSN 480298 ; Catalogue of Life ID 63S9C ; Wikidata Q22019793

Sources et données de référence

Ressource : MolluscaBase – World Register of Marine Species (marinespecies.org)

Ressource : Base taxonomique GBIF (gbif.org)

Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)

Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)

Ressource : Wikidata (wikidata.org)

Entités liées

Escargot, mollusque, gastropode, Helicidae, héliciculture, espèce envahissante, malacologie, hermaphrodisme, ravageur agricole, gastronomie.


Entités nommées fréquentes : Cornu, Helix, Afrique du Sud, Australie, Helicidae.


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