Nature et biologie | Le 22 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (6 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 22 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (6 feuillets).
Oiseau columbiforme de la famille des columbidés
Reconnaissable à sa silhouette massive et au collier blanc qui orne son cou, le pigeon ramier est un oiseau familier des paysages européens. Ce columbidé, le plus imposant de sa famille sur le continent, a su coloniser aussi bien les forêts profondes que les parcs urbains, témoignant d’une remarquable adaptabilité. Son régime alimentaire, essentiellement végétarien mais d’une diversité étonnante, le conduit à fréquenter champs cultivés, vergers et jardins ; il joue ainsi un rôle écologique notable dans la dispersion des graines de nombreuses espèces végétales. Gibier prisé dans plusieurs pays européens, ce volatile entretient avec l’homme des rapports complexes, oscillant entre fascination pour sa prestance et conflit d’usage agricole.

Columba palumbus, communément appelé pigeon ramier, appartient à la famille des Columbidés (Columbidae), au sein de l’ordre des Columbiformes et de la classe des oiseaux (Aves). L’espèce a été décrite pour la première fois par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 dans la dixième édition de son ouvrage fondateur Systema Naturae. Le nom vernaculaire français « ramier » dérive du latin ramus (branche), en référence aux habitudes arboricoles de l’animal. Dans d’autres langues européennes, l’oiseau porte des appellations évocatrices : Ringeltaube en allemand (littéralement « pigeon à anneau »), Houtduif en néerlandais (pigeon des bois), Paloma torcaz en espagnol ou encore Colombaccio en italien.
Le genre Columba regroupe une soixantaine d’espèces réparties sur tous les continents, parmi lesquelles figurent des taxons bien connus comme le pigeon biset (Columba livia), ancêtre du pigeon domestique, le pigeon colombin (Columba oenas) ou encore le pigeon des lauriers (Columba junoniae) des îles Canaries. Sur le plan phylogénétique, les Columbidés forment un groupe monophylétique rattaché aux Columbimorphae au sein des Néoaves. La famille compte 98 genres différents, dont les plus diversifiés sont Ptilinopus (pigeons frugivores), Ducula (carpophages) et Treron (pigeons verts).
Plusieurs sous-espèces de pigeon ramier sont actuellement reconnues par la communauté scientifique. La forme nominale Columba palumbus palumbus (Linnaeus, 1758) occupe la majeure partie de l’aire de répartition européenne ; Columba palumbus casiotis (Bonaparte, 1854) se rencontre en Asie centrale et occidentale. Deux sous-espèces insulaires se sont malheureusement éteintes au cours du siècle dernier : Columba palumbus azorica (Hartert, 1905), endémique des Açores, et Columba palumbus maderensis (Tschusi, 1904), autrefois présente à Madère. Ces disparitions illustrent la vulnérabilité des populations insulaires face aux perturbations anthropiques.
Le pigeon ramier se distingue aisément de ses congénères par sa corpulence imposante, qui en fait le plus grand représentant de sa famille en Europe. Son plumage, d’un gris bleuté caractéristique sur les parties supérieures, arbore des reflets irisés verts et pourpres au niveau du cou. La marque distinctive de l’espèce réside dans les taches blanches latérales du cou, formant un collier partiel bien visible chez les adultes, ainsi que dans la bande alaire blanche particulièrement apparente en vol. Le bec, rosâtre à la base et jaune à l’extrémité, présente une cire blanchâtre ; les pattes sont rougeâtres.
L’aire de distribution du ramier s’étend sur l’ensemble du continent européen, depuis les îles Britanniques et la péninsule Ibérique jusqu’aux confins de l’Oural, englobant également l’Afrique du Nord-Ouest et l’Asie occidentale jusqu’au sous-continent indien. L’espèce fréquente une grande variété d’habitats forestiers, des futaies de feuillus aux boisements mixtes et conifères, mais s’est remarquablement adaptée aux milieux anthropisés. Les parcs urbains, jardins, alignements d’arbres et bosquets agricoles lui conviennent parfaitement ; cette plasticité écologique explique l’expansion considérable de ses populations en milieu urbain au cours des dernières décennies. Les populations septentrionales et orientales effectuent des migrations hivernales vers le sud et l’ouest de l’Europe, tandis que les oiseaux des régions tempérées océaniques demeurent généralement sédentaires.
Le régime alimentaire du pigeon ramier se caractérise par un végétarisme quasi exclusif, mais d’une diversité remarquable. Les données écologiques disponibles révèlent que cet oiseau consomme les graines, fruits, bourgeons et feuilles d’un très grand nombre d’espèces végétales. Parmi ses ressources alimentaires figurent les glands des chênes (Quercus), les baies de lierre (Hedera helix), de sureau noir (Sambucus nigra), d’aubépine (Crataegus monogyna), de houx (Ilex aquifolium), d’if (Taxus baccata) et de genévrier (Juniperus communis). L’espèce apprécie également les fruits des sorbiers, amélanchiers, prunelliers, merisiers (Prunus avium) et troènes (Ligustrum vulgare). Les céréales cultivées (blé, maïs, orge, colza) constituent une part importante de son alimentation dans les zones agricoles, ce qui génère parfois des conflits avec les exploitants. De façon plus marginale, le ramier peut ingérer des invertébrés comme des annélides ou des coléoptères.
Ce columbidé occupe une place intermédiaire dans les chaînes alimentaires, servant de proie à plusieurs rapaces. L’autour des palombes (Accipiter gentilis) est son prédateur le plus emblématique, au point que son nom vernaculaire français lui rend hommage. L’épervier d’Europe (Accipiter nisus) capture également des ramiers, notamment les juvéniles et individus affaiblis. D’autres accipitridés peuvent occasionnellement s’attaquer à cette espèce. Sur le plan parasitaire, le pigeon ramier héberge divers ectoparasites, notamment des acariens (Acari).
La reproduction débute généralement au printemps, bien que certains couples puissent nicher presque toute l’année en milieu urbain tempéré. Le nid, construction sommaire de brindilles, est établi dans un arbre ou un arbuste. La femelle pond habituellement deux œufs blancs, couvés alternativement par les deux parents pendant environ dix-sept jours. Les jeunes, nourris au « lait de pigeon » sécrété par le jabot des adultes, quittent le nid après trois à quatre semaines. Le roucoulement caractéristique du ramier, une série de notes graves et profondes, constitue le principal signal sonore de l’espèce et s’entend principalement durant la période de reproduction.
Les relations entre le pigeon ramier et l’homme s’avèrent ambivalentes. D’un côté, ce bel oiseau est apprécié pour sa présence dans les espaces verts urbains où il contribue à l’animation de la biodiversité ordinaire. De l’autre, ses populations parfois abondantes peuvent occasionner des dommages aux cultures, notamment dans les champs de céréales et de colza nouvellement semés, ainsi que dans les vergers et les potagers. Le ramier consomme en effet volontiers les jeunes pousses de nombreuses plantes cultivées, des brassicacées aux légumineuses.
Le pigeon ramier constitue un gibier de chasse très prisé dans plusieurs pays européens, particulièrement en France, en Espagne et au Portugal. La chasse à la palombe, pratiquée notamment dans le Sud-Ouest de la France lors des migrations automnales, représente une tradition cynégétique profondément ancrée dans la culture locale. Cette pratique fait l’objet de réglementations variables selon les pays et les régions, avec des quotas et des périodes de prélèvement encadrés.
Dans la culture populaire européenne, le pigeon ramier apparaît régulièrement dans les traditions rurales et les expressions langagières. Son roucoulement mélancolique a inspiré poètes et musiciens, tandis que sa chair savoureuse figure dans plusieurs recettes traditionnelles de la gastronomie européenne.
Le pigeon ramier ne figure pas parmi les espèces menacées à l’échelle mondiale. Les effectifs européens, estimés à plusieurs dizaines de millions de couples nicheurs, demeurent stables, voire en augmentation dans de nombreuses régions. L’espèce a particulièrement bénéficié de son adaptation aux milieux urbanisés et périurbains, où elle trouve nourriture abondante et relative protection contre les prédateurs et les chasseurs.
La disparition des deux sous-espèces insulaires des Açores et de Madère rappelle toutefois la vulnérabilité de certaines populations isolées face aux modifications de leur habitat. La conservation des populations continentales ne soulève pas d’inquiétude particulière, l’espèce démontrant une grande résilience face aux perturbations anthropiques modérées.
Les principales bases de données taxonomiques et écologiques de référence pour cette espèce comprennent le Catalogue of Life, la base GBIF (Global Biodiversity Information Facility), le registre ITIS (Integrated Taxonomic Information System), le NCBI Taxonomy Browser et la base WoRMS (World Register of Marine Species). Les données sur les interactions écologiques proviennent notamment de la base GloBI (Global Biotic Interactions).
André Roussainville
Nom scientifique : Columba palumbus Linnaeus, 1758
Famille : Columbidae (Columbidés)
Classe : Aves (Oiseaux)
Ordre : Columbiformes
Genre : Columba (environ 60 espèces)
Répartition géographique : Europe, Afrique du Nord-Ouest, Asie occidentale jusqu’au sous-continent indien
Sous-espèces reconnues : C. p. palumbus (nominale), C. p. casiotis ; deux sous-espèces éteintes (C. p. azorica, C. p. maderensis)
Code génétique standard : 1 ; code génétique mitochondrial : 2
Identifiants des bases de données : NCBI tax ID : 8934 ; GBIF usage key : 2495455 ; ITIS TSN : 177103 ; WoRMS AphiaID : 558546 ; Wikidata : Q26026 ; Catalogue of Life ID : XBGG
Ressource : Fiche espèce GBIF (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Base taxonomique ITIS (itis.gov)
Ressource : World Register of Marine Species (WoRMS) (marinespecies.org)
Ressource : Wikidata (wikidata.org)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
Ressource : European Nucleotide Archive (ENA) (ebi.ac.uk)
Columbidae, Columbiformes, pigeon, ornithologie, avifaune européenne, chasse, migration des oiseaux, biodiversité urbaine, Linné, taxonomie
Entités nommées fréquentes : Columba, Europe, Columbidés, Asie, GBIF, Catalogue, Columbiformes.



Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville.
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