Nature et biologie | Le 23 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 23 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 23 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 23 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
Rongeur de la famille des Muridés
Originaire des steppes d’Asie centrale, le rat brun s’est imposé comme l’un des mammifères les plus prospères de la planète, colonisant tous les continents à l’exception de l’Antarctique. Ce rongeur trapu, également appelé surmulot ou rat d’égout, entretient avec l’humanité une relation ambivalente : redouté comme vecteur de maladies et concurrent pour les ressources alimentaires, il est également devenu un précieux allié de la recherche scientifique en tant qu’organisme modèle. Animal grégaire et intelligent, capable d’apprentissage et d’adaptation remarquables, Rattus norvegicus fascine autant qu’il inquiète. Son histoire illustre les conséquences écologiques de la mondialisation des échanges et pose la question de notre cohabitation avec une faune synanthrope en constante expansion.

Rattus norvegicus, décrit par Berkenhout en 1769, appartient à la famille des Muridés (Muridae), la plus vaste famille de mammifères, et à l’ordre des Rongeurs (Rodentia). Cette espèce est classée au sein de la sous-famille des Murinés (Murinae) et du genre Rattus, qui compte environ 78 espèces reconnues. Malgré son nom scientifique évoquant la Norvège, ce rongeur n’est nullement originaire de Scandinavie ; cette appellation résulte d’une erreur historique liée aux premières observations européennes de l’espèce.
En français, plusieurs noms vernaculaires désignent cet animal : rat brun, surmulot, rat surmulot, rat d’égout, rat de Norvège ou encore rat gris. Ces dénominations permettent de le distinguer de son proche parent, le rat noir (Rattus rattus), avec lequel il partage certains habitats. L’espèce a également été décrite sous les synonymes Mus decumanus (Pallas, 1779) et Mus norvegicus (Berkenhout, 1769), ce dernier correspondant au basionyme de la nomenclature actuelle.
Au sein du genre Rattus, le rat brun appartient à un groupe d’espèces originaires d’Asie tempérée. Parmi les espèces apparentées figurent notamment Rattus rattus (le rat noir), Rattus tanezumi (le rat asiatique) et Rattus exulans (le rat du Pacifique). Une sous-espèce, Rattus norvegicus primarius (Kastschenko, 1912), a été décrite mais son statut taxonomique demeure discuté.
Le rat brun se présente comme un rongeur de taille moyenne à corpulence robuste. Son corps mesure environ 25 centimètres de longueur, auxquels s’ajoute une queue de dimensions similaires, légèrement plus courte que le corps. À l’âge adulte, sa masse corporelle avoisine 300 grammes, ce qui en fait un animal sensiblement plus imposant que le rat noir. Son pelage, de teinte brunâtre à grisâtre sur le dos, s’éclaircit vers le ventre où il devient gris clair à blanchâtre. Les oreilles, relativement petites et arrondies, ainsi que les yeux de taille modeste constituent des caractères distinctifs par rapport au rat noir, qui possède des appendices auriculaires et oculaires proportionnellement plus développés.
Originaire d’Extrême-Orient, plus précisément du nord de la Chine et possiblement de Mongolie et du sud-ouest de la Sibérie, Rattus norvegicus représente l’espèce de rat la plus septentrionale, contrairement à la majorité des représentants du genre qui évoluent sous les tropiques. Sa progression vers l’Europe s’est effectuée par les steppes d’Asie centrale, bien plus tardivement que celle du rat noir ; les premières mentions sur le Vieux Continent remontent au xvie siècle, mais c’est au cours du xviiie siècle que l’espèce envahit massivement l’ensemble du territoire européen. Aujourd’hui, ce rongeur cosmopolite occupe tous les continents hormis l’Antarctique, privilégiant les environnements anthropisés et notamment les espaces urbains pourvus de réseaux d’égouts.
Animal essentiellement nocturne, le rat brun déploie ses activités principales entre le crépuscule et l’aube. Son régime alimentaire omnivore présente une tendance carnivore marquée : il se nourrit principalement des déchets alimentaires humains, mais consomme également des insectes, des mollusques, des petits vertébrés, des œufs d’oiseaux et diverses matières végétales incluant graines, fruits et racines. Les données d’interactions biotiques révèlent que ce rongeur s’attaque parfois à d’autres espèces de son propre genre, y compris des congénères de sa propre espèce, ainsi qu’à des souris (Mus musculus).
L’essentiel des populations nichent dans les réseaux souterrains, notamment les égouts qui leur procurent un abri dépourvu de prédateurs naturels et offrent des opportunités de nidification optimales. On observe également des colonies dans les décharges, les terrains vagues et surtout les berges de cours d’eau. Grégaire par nature, le rat brun vit en groupes fortement hiérarchisés au sein desquels s’établissent des relations de dominance complexes. La communication entre individus repose sur un répertoire de vocalisations ultrasonores, de signaux olfactifs par marquage territorial et de comportements tactiles.
Parmi les prédateurs naturels de cette espèce figurent de nombreux mammifères carnivores tels que le renard roux (Vulpes vulpes), différentes espèces de mustélidés (belette, hermine, putois, vison), le chat domestique et sauvage, ainsi que divers canidés. Les rapaces nocturnes, en particulier la chouette effraie (Tyto alba) et le hibou moyen-duc (Asio otus), constituent également des prédateurs significatifs. Plusieurs espèces de serpents, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, incluent ce rongeur dans leur régime alimentaire.
Les capacités cognitives du rat brun suscitent un intérêt scientifique considérable. Cet animal fait preuve d’aptitudes remarquables en matière d’apprentissage, de mémorisation spatiale et de résolution de problèmes. Il est capable de modifier ses comportements en fonction de l’expérience acquise et manifeste des formes de communication sociale élaborées.
Les relations entre Rattus norvegicus et l’espèce humaine s’avèrent profondément ambivalentes. D’une part, ce rongeur est unanimement considéré comme nuisible en raison des dommages qu’il occasionne aux stocks alimentaires, aux infrastructures (rongement de câbles électriques, de tuyauteries) et des risques sanitaires qu’il représente. L’espèce est en effet connue comme vecteur potentiel de nombreuses maladies infectieuses, parmi lesquelles la leptospirose, la salmonellose et diverses zoonoses bactériennes ou parasitaires. Le rat brun héberge de surcroît une faune ectoparasitaire abondante incluant puces (Xenopsylla cheopis, Nosopsyllus fasciatus), poux et tiques, eux-mêmes susceptibles de transmettre des pathogènes à l’homme.
D’autre part, l’intelligence, la sociabilité et la facilité d’apprivoisement de cette espèce en ont fait l’animal de laboratoire par excellence. Rattus norvegicus constitue l’espèce souche du rat domestique d’élevage et de l’ensemble des lignées de rats de laboratoire (souches Wistar, Sprague-Dawley, et autres). En tant qu’organisme modèle, il a contribué de manière décisive aux avancées de la physiologie, de la pharmacologie, de la toxicologie et des neurosciences. Son génome est entièrement séquencé, ce qui en fait un outil précieux pour la recherche biomédicale.
Plus récemment, le rat domestique a conquis le statut d’animal de compagnie dont la popularité va croissant. Les éleveurs ont développé de nombreuses variétés de couleurs et de types de pelage, et ces animaux sont appréciés pour leur intelligence et leur capacité à établir des liens avec leurs propriétaires.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe Rattus norvegicus dans la catégorie « Préoccupation mineure » (Least Concern), attestant de l’absence de menace pesant sur les populations globales de l’espèce. Bien au contraire, ce rongeur figure parmi les mammifères les plus prolifiques et les plus largement distribués de la planète.
Cette réussite écologique s’accompagne toutefois d’un revers préoccupant : le rat brun est officiellement reconnu comme espèce envahissante dans de nombreuses régions où il a été introduit. Son impact sur les écosystèmes insulaires s’avère particulièrement dévastateur ; il y menace des populations d’oiseaux marins nicheurs, de reptiles endémiques et de mollusques terrestres. Aux îles Galápagos, en Nouvelle-Zélande et dans de nombreux archipels du Pacifique, des programmes d’éradication ont été mis en œuvre pour protéger la faune autochtone.
En Europe, l’espèce est signalée comme introduite dès la période 1700-1800 dans plusieurs pays. Elle fait l’objet de mesures de régulation dans le cadre de politiques de santé publique et de protection des cultures, sans toutefois bénéficier d’un statut réglementaire uniforme à l’échelle continentale.
André Roussainville
Nom scientifique : Rattus norvegicus (Berkenhout, 1769)
Famille : Muridae
Classe : Mammalia
Ordre : Rodentia
Statut UICN : Préoccupation mineure (Least Concern)
Répartition géographique : Cosmopolite (tous continents sauf Antarctique) ; originaire d’Asie tempérée (nord de la Chine, possiblement Mongolie et sud-ouest de la Sibérie)
Longueur du corps : environ 25 cm
Longueur de la queue : environ 25 cm (à peu près égale au corps)
Masse adulte : environ 300 g
Longévité : courte (shortlived)
Mode de vie : terrestre, urbain, nocturne
NCBI Taxonomy ID : 10116
GBIF Usage Key : 2439261
ITIS TSN : 180363
WoRMS AphiaID : 993634
Catalogue of Life ID : 4RM67
Wikidata Entity ID : Q184224
ENA Taxonomy ID : 10116
Code génétique : 1 (standard)
Code génétique mitochondrial : 2
Ressource : Fiche espèce GBIF (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : ITIS - Integrated Taxonomic Information System (itis.gov)
Ressource : WoRMS - World Register of Marine Species (marinespecies.org)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
Ressource : Wikidata (wikidata.org)
Ressource : European Nucleotide Archive (ENA) (ebi.ac.uk)
Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)
rongeurs, Muridae, mammifères, espèce envahissante, animal de laboratoire, rat noir, surmulot, faune urbaine, zoonose, organisme modèle, rat domestique, UICN
Entités nommées fréquentes : Rattus, Asie, Mus, Europe, Berkenhout, Antarctique, Muridae, UICN.



Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville.
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