Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
Mammifère rongeur de la famille des Sciuridés
Identifiable à sa queue touffue caractéristique, l’écureuil roux peuple les forêts d’Eurasie depuis des millions d’années. Le régime alimentaire opportuniste et les comportements de stockage de ce petit mammifère, de la famille des Sciuridés, révèlent une remarquable adaptation aux milieux forestiers tempérés. Aujourd’hui, le rongeur fait face à la compétition avec des espèces introduites, en particulier l’écureuil gris nord-américain Sciurus carolinensis.

Sciurus vulgaris, communément appelé écureuil roux ou écureuil d’Eurasie, appartient à l’ordre des Rodentia et à la famille des Sciuridae, qui regroupe l’ensemble des écureuils, marmottes et apparentés. Le genre Sciurus, auquel il appartient, compte environ 72 espèces réparties principalement en Eurasie et dans les Amériques. L’espèce fut décrite pour la première fois par Carl von Linné en 1758 dans la dixième édition de son Systema Naturae, sous le nom qu’elle porte encore aujourd’hui.
La classification phylogénétique place ce rongeur (Rodentia) au sein du sous-ordre des Sciuromorpha et de la sous-famille des Sciurinae, tribu des Sciurini. Les études chromosomiques menées notamment par Oshida et Yoshida sur la sous-espèce S. vulgaris orientis ont permis de préciser les relations de parenté au sein du genre. Parmi les espèces apparentées, on peut citer Sciurus anomalus, l’écureuil du Caucase, ainsi que Sciurus carolinensis, l’écureuil gris nord-américain, ce dernier constituant d’ailleurs une menace écologique majeure pour l’écureuil roux dans certaines régions d’Europe.
La variabilité morphologique considérable de l’espèce à travers son vaste aire de répartition a conduit les taxonomistes à reconnaître de nombreuses sous-espèces. Parmi celles-ci figurent notamment Sciurus vulgaris fuscoater (Altum, 1876), S. v. exalbidus (Pallas, 1778), S. v. arcticus (Trouessart, 1906), S. v. balcanicus (Heinrich, 1936), S. v. cinerea (Hermann, 1804), S. v. dulkeiti (Ognev, 1929) et S. v. orientis. Ces sous-espèces se distinguent principalement par leur coloration, qui varie du roux vif au brun foncé, voire au noir selon les régions.
L’écureuil roux est un rongeur de taille moyenne, au corps svelte et musculeux parfaitement adapté à la vie arboricole. Son pelage présente une grande variabilité chromatique : si la teinte rousse domine chez les populations d’Europe occidentale, les individus des régions plus orientales ou montagnardes arborent fréquemment des nuances brunes, grises, voire franchement noires sur le dos. Le ventre reste généralement blanc ou crème. La queue, particulièrement volumineuse et recouverte de poils longs et soyeux, sert à la fois de balancier lors des déplacements acrobatiques et de couverture thermique pendant le repos. Les oreilles, ornées de pinceaux de poils caractéristiques surtout en hiver, constituent un trait distinctif de l’espèce par rapport à d’autres écureuils. La longévité maximale observée atteint environ 15 ans, bien que la durée de vie moyenne en milieu naturel soit considérablement plus courte.
L’aire de répartition de ce mammifère s’étend sur l’ensemble de la zone paléarctique, depuis les îles Britanniques et la péninsule Ibérique à l’ouest jusqu’au Kamtchatka et au Japon à l’est. L’espèce occupe une grande diversité d’habitats forestiers : forêts de conifères boréales, forêts mixtes tempérées, chênaies, hêtraies et même parcs urbains suffisamment boisés. Elle privilégie les peuplements offrant une production régulière de graines, notamment les forêts de pins, d’épicéas et de chênes. L’écureuil roux est considéré comme natif dans la majeure partie de l’Eurasie, mais des introductions ont été signalées en Géorgie et localement en Russie.
L’écureuil roux mène une existence essentiellement diurne et arboricole, bien qu’il descende régulièrement au sol pour y chercher sa nourriture ou la dissimuler. Contrairement à une croyance répandue, ce rongeur n’hiberne pas véritablement ; il réduit simplement son activité pendant les périodes les plus froides, vivant alors sur les réserves accumulées durant l’automne. Son régime alimentaire, fondamentalement granivore, comprend principalement les graines de conifères (pins, épicéas, mélèzes) et les fruits à coque (noisettes, glands, faines). L’animal complète cette alimentation par des bourgeons, des écorces, des champignons et, de façon plus opportuniste, des œufs et oisillons prélevés dans les nids.
Le comportement de thésaurisation constitue l’un des traits les plus remarquables de l’espèce. À l’automne, chaque individu enterre des milliers de graines et de fruits secs dans des cachettes dispersées sur son territoire, qu’il retrouve ultérieurement grâce à sa mémoire spatiale et son odorat développé. Les données d’interactions écologiques révèlent que l’écureuil roux consomme occasionnellement des proies animales variées : œufs et oisillons de passereaux nichant dans les cavités (mésanges, sittelles, pics), mais aussi petits rongeurs comme les mulots (Apodemus) ou les loirs. Cette prédation sur les nids peut localement affecter les populations d’oiseaux forestiers.
La reproduction s’étend généralement de janvier à septembre, avec un ou deux pics d’activité selon les conditions climatiques et la disponibilité alimentaire. Après une gestation d’environ 38 à 39 jours, la femelle met bas de trois à quatre petits en moyenne, qu’elle élève seule dans un nid sphérique appelé « hotte » ou « drey » en anglais, construit de brindilles et tapissé de mousses. Les jeunes sont sevrés vers huit à dix semaines et atteignent leur maturité sexuelle au cours de leur première année.
L’écureuil roux compte de nombreux prédateurs naturels. Parmi les mammifères, la martre des pins (Martes martes), la fouine (Martes foina), le renard roux (Vulpes vulpes), le chat sauvage (Felis silvestris) et le lynx (Lynx lynx) figurent parmi ses principaux ennemis. Les rapaces constituent également une menace importante : l’autour des palombes (Accipiter gentilis), l’épervier d’Europe (Accipiter nisus), la buse variable (Buteo buteo), le grand-duc d’Europe (Bubo bubo), la chouette hulotte (Strix aluco) et l’effraie des clochers (Tyto alba) chassent régulièrement ce rongeur. Certains corvidés opportunistes, comme le geai des chênes (Garrulus glandarius), le grand corbeau (Corvus corax) et la corneille noire (Corvus corone), s’attaquent également aux écureuils, notamment aux jeunes.
L’écureuil roux entretient avec l’homme des rapports ambivalents. Apprécié pour sa grâce et sa vivacité, il est devenu une figure emblématique de la faune forestière européenne, fréquemment représenté dans l’iconographie populaire et les contes pour enfants. Sa présence dans les parcs urbains lui vaut une sympathie générale du public, et de nombreux programmes de nourrissage hivernaux sont organisés par des particuliers ou des associations.
L’écureuil roux habite principalement les forêts et zones périurbaines arborées d’Europe, conservant un comportement craintif face aux humains, ce qui tendrait à en faire une espèce liminaire plutôt que véritablement urbaine. L’inventaire du patrimoine naturel offre toutefois une collection d’observations bien documentées de cette espèce dans les grandes villes : 265 à Paris, 1409 à Marseille et 908 à Lyon.
D’un point de vue sanitaire, l’écureuil roux peut héberger divers agents pathogènes transmissibles. Les données scientifiques mentionnent notamment le virus de l’encéphalite à tiques, le virus de la chorioméningite lymphocytaire, différents adénovirus et parapoxvirus spécifiques aux écureuils, ainsi que des parasites internes et externes variés (cestodes, nématodes, tiques du genre Ixodes, puces). La plupart de ces agents ne présentent toutefois qu’un risque sanitaire limité pour l’homme.
Dans le domaine culturel, l’écureuil occupe une place notable depuis l’Antiquité. Les Romains l’appréciaient comme animal de compagnie, et son image apparaît dans de nombreuses enluminures médiévales. La fourrure d’écureuil, appelée « petit-gris » lorsqu’elle provient des variétés à pelage grisâtre, fut longtemps prisée pour la confection de vêtements d’apparat.
À l’échelle mondiale, l’écureuil roux n’est pas considéré comme menacé ; l’espèce bénéficie d’une vaste aire de répartition et de populations globalement stables. Les évaluations régionales, notamment en Belgique (Flandre) et au Danemark, lui attribuent le statut de « préoccupation mineure » (Least Concern) selon les critères de l’UICN. L’espèce est présente en Suède et en Norvège avec des populations considérées comme natives et stables.
Cependant, la situation varie considérablement selon les régions. Au Royaume-Uni et en Irlande, l’introduction au XIXe siècle de l’écureuil gris nord-américain (Sciurus carolinensis) a provoqué un effondrement dramatique des populations d’écureuils roux. Le mécanisme principal de cette compétition interspécifique réside dans la transmission par l’écureuil gris d’un parapoxvirus (squirrelpox) auquel il est résistant mais qui s’avère souvent mortel pour l’écureuil roux. De plus, l’écureuil gris exploite plus efficacement les ressources alimentaires des forêts de feuillus. En Italie du Nord, le même phénomène de remplacement est en cours depuis les années 1990.
Face à cette menace, diverses mesures de conservation ont été mises en œuvre : programmes d’éradication ou de contrôle de l’écureuil gris, création de réserves forestières favorables à l’écureuil roux, corridors écologiques et sensibilisation du public. La fragmentation des habitats forestiers et l’intensification des pratiques sylvicoles constituent d’autres facteurs de pression sur les populations.
André Roussainville
Nom scientifique : Sciurus vulgaris Linnaeus, 1758
Famille : Sciuridae
Classe : Mammalia
Ordre : Rodentia (sous-ordre Sciuromorpha)
Statut de conservation IUCN : Préoccupation mineure (Least Concern) – évaluations régionales en Flandre (BE) 1994, 2014 et Danemark
Répartition géographique : Eurasie paléarctique (Europe, Asie tempérée et boréale)
Habitat : Terrestre, forêts de conifères et mixtes
Longévité maximale : 14,8 ans
Période géologique : Du Pléistocène (2,588 Ma) à l’actuel
Code génétique : Standard (1) ; code génétique mitochondrial : 2
Division taxonomique : ROD (Rodentia)
NCBI Taxonomy ID : 55149
GBIF Usage Key : 8211070
ITIS TSN : 632439
Catalogue of Life ID : 79Y2K
Wikidata ID : Q4388
ENA Taxonomy ID : 55149
Ressource : Base taxonomique GBIF – Sciurus vulgaris (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Integrated Taxonomic Information System (ITIS) (itis.gov)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
Ressource : Wikidata – Sciurus vulgaris (wikidata.org)
Ressource : European Nucleotide Archive (ENA) (ebi.ac.uk)
Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)
écureuil, Sciuridae, rongeur, mammifère, forêt tempérée, faune d’Europe, écureuil gris, espèce invasive, conservation, biodiversité, arbre, conifère
Entités nommées fréquentes : Eurasie, Sciurus, Europe, Rodentia, Sciuridae.



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