Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (6 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 24 janvier 2026. Format : analyse (6 feuillets).
Mammifère chiroptère de la famille des Vespertilionidae
Minuscule chasseuse nocturne pesant à peine quelques grammes, la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) hante le crépuscule à la recherche d’insectes. Ce mammifère volant, dont l’envergure dépasse rarement vingt centimètres, capture chaque nuit des centaines de proies grâce à son système d’écholocation sophistiqué. Décrite par Schreber, l’élève de Linné, en 1774, cette chauve-souris forme l’espèce de chiroptère la plus répandue sur le continent européen ; elle a su coloniser une remarquable diversité d’habitats, des forêts primaires aux centres urbains. Son adaptation aux constructions humaines en fait un hôte discret mais précieux de nos bâtiments, où elle établit ses colonies de reproduction.

La pipistrelle commune, désignée sous le nom scientifique Pipistrellus pipistrellus, fut décrite pour la première fois par le naturaliste Johann Christian Daniel von Schreber en 1774 sous le basionyme Vespertilio pipistrellus. Ce petit mammifère appartient à l’ordre des Chiroptera, qui rassemble l’ensemble des chauves-souris, et plus précisément au sous-ordre des Yangochiroptera. Au sein de la superfamille des Vespertilionoidea, l’espèce s’inscrit dans la famille des Vespertilionidae, la plus vaste famille de chiroptères avec plus de quatre-vingt-dix genres recensés. La sous-famille des Vespertilioninae accueille la tribu des Pipistrellini, à laquelle se rattache le genre Pipistrellus.
Le genre Pipistrellus comprend actuellement trente-huit espèces reconnues, parmi lesquelles figurent notamment Pipistrellus pygmaeus, la pipistrelle pygmée longtemps confondue avec la pipistrelle commune, Pipistrellus nathusii, la pipistrelle de Nathusius, ainsi que Pipistrellus kuhlii, la pipistrelle de Kuhl. La distinction entre la pipistrelle commune et la pipistrelle pygmée ne fut établie qu’en 1999 grâce à des analyses acoustiques révélant des fréquences d’écholocation différentes : la première émet autour de 45 kHz tandis que la seconde vocalise près de 55 kHz. Cette découverte tardive illustre les difficultés taxonomiques propres aux chiroptères européens ; elle a conduit à une révision substantielle des estimations de populations et des aires de répartition de ces deux espèces sœurs.
La pipistrelle commune figure parmi les plus petites chauves-souris du Paléarctique occidental. Son pelage, relativement uniforme, arbore des teintes brun foncé sur le dos tandis que la face ventrale présente des nuances légèrement plus claires. Le museau, les oreilles et les membranes alaires affichent une coloration brun noirâtre caractéristique. Les oreilles, courtes et arrondies, sont pourvues d’un tragus bien développé en forme de massue. L’envergure de ce chiroptère atteint généralement entre dix-huit et vingt-quatre centimètres pour une longueur d’avant-bras comprise entre vingt-neuf et trente-cinq millimètres.
L’aire de répartition de cette chauve-souris s’étend sur la majeure partie de l’Europe, depuis la péninsule Ibérique et les îles Britanniques jusqu’aux confins de l’Oural, englobant également le Maghreb et certaines régions du Proche-Orient. L’espèce fréquente une grande variété d’habitats terrestres, manifestant une nette préférence pour les milieux boisés et les zones agricoles bocagères. Les données écologiques indiquent qu’elle affectionne particulièrement les peuplements de chênes sessiles et pédonculés, les hêtraies, les aulnaies et les formations mixtes de bouleaux ; on la rencontre également dans les parcs arborés des zones urbaines où les essences ornementales comme le marronnier d’Inde ou le séquoia géant lui offrent des gîtes propices. Cette adaptabilité remarquable explique sa présence depuis le niveau de la mer jusqu’à des altitudes avoisinant deux mille mètres dans les massifs montagneux méridionaux.
Animal strictement nocturne, la pipistrelle commune entame son activité de chasse peu après le coucher du soleil, parfois même avant la tombée complète de la nuit. Son vol rapide et erratique, caractérisé par des virages serrés et des piqués brusques, lui permet de capturer ses proies en plein vol. Ce chiroptère se révèle un insectivore opportuniste dont le régime alimentaire comprend une extraordinaire diversité de diptères : chironomidés, muscidés, cécidomyiidés et bien d’autres familles de mouches constituent l’essentiel de ses captures. Les études trophiques documentent également la consommation de cicadelles, de papillons nocturnes, de trichoptères et d’éphémères, témoignant d’une plasticité alimentaire remarquable.
L’écholocation constitue le mode principal d’orientation et de détection des proies chez cette espèce. Les ultrasons émis, d’une fréquence caractéristique située autour de 45 kilohertz, permettent à l’animal de construire une représentation acoustique de son environnement avec une précision suffisante pour localiser des insectes de quelques millimètres. Une pipistrelle peut consommer plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’insectes au cours d’une seule nuit de chasse, jouant ainsi un rôle considérable dans la régulation des populations de moustiques et autres diptères nuisibles.
La reproduction s’organise selon un cycle annuel typique des chiroptères tempérés. L’accouplement intervient principalement en automne, mais la fécondation effective est différée jusqu’au printemps suivant grâce à un mécanisme de stockage du sperme par les femelles. Les colonies de mise bas, exclusivement composées de femelles, s’établissent dans des gîtes chauds et confinés tels que les combles des bâtiments, les fissures de façades ou les cavités arboricoles. Chaque femelle donne généralement naissance à un ou deux jeunes au début de l’été ; les nouveau-nés, aveugles et nus, acquièrent leur autonomie de vol en trois à quatre semaines.
La pipistrelle commune subit la prédation de plusieurs espèces d’oiseaux rapaces nocturnes et diurnes. Les données d’interactions écologiques mentionnent notamment la chouette effraie (Tyto alba), la chouette hulotte (Strix aluco), le grand-duc d’Europe (Bubo bubo), le hibou moyen-duc (Asio otus) et le hibou des marais (Asio flammeus) parmi ses prédateurs réguliers. Certains faucons, comme le faucon pèlerin (Falco peregrinus), le faucon hobereau (Falco eleonorae) et le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), capturent également ces chiroptères lors de leurs sorties crépusculaires. Des mammifères carnivores tels que la fouine (Martes foina) et la genette (Genetta genetta) s’attaquent parfois aux colonies établies dans les bâtiments.
La pipistrelle commune entretient avec l’espèce humaine des relations ambivalentes mais globalement bénéfiques. Son appétit vorace pour les insectes volants en fait un auxiliaire précieux de l’agriculture et un régulateur naturel des populations de moustiques ; certaines estimations suggèrent qu’une colonie de quelques dizaines d’individus peut éliminer plusieurs kilogrammes d’insectes par saison. Espèce anthropophile, cette chauve-souris a su remarquablement tirer parti des constructions humaines pour établir ses gîtes de reproduction et d’hibernation, colonisant les interstices des toitures, les coffres de volets roulants et les joints de dilatation des immeubles modernes. L’espèce, qui semble peu dérangée par la lumière artificielle et fait preuve d’une excellente capacité d’adaptation face à l’urbanisation et la disponibilité des gîtes, voit aujourd’hui ses effectifs diminuer. Dans les inventaires du patrimoine vivant, on compte 545 observation à Paris, 76 à Lyon et 52 pour la ville de Marseille.
L’espèce suscite par ailleurs un intérêt sanitaire en tant que réservoir potentiel de divers agents pathogènes. Les recherches virologiques ont identifié chez cette chauve-souris plusieurs familles de virus, notamment des coronavirus, des paramyxovirus, des picornavirus et des lyssavirus apparentés à la rage. Le lyssavirus de Bokeloh, isolé pour la première fois en Allemagne en 2010, compte parmi les agents zoonotiques associés à cette espèce. Ces découvertes soulignent l’importance d’éviter tout contact direct avec les chiroptères, bien que le risque de transmission à l’homme demeure extrêmement faible dans des conditions normales.
Plusieurs ectoparasites spécialisés accompagnent la pipistrelle commune : des nyctéribiidés comme Nycteribia kolenatii et Basilia nana, des punaises du genre Cimex, ainsi que des acariens de la famille des Macronyssidae exploitent cet hôte tout au long de son cycle vital.
La pipistrelle commune bénéficie actuellement d’un statut de préoccupation mineure à l’échelle mondiale, sa population étant considérée comme stable et largement répandue sur l’ensemble de son aire de distribution. L’espèce figure néanmoins à l’annexe IV de la directive européenne Habitats, ce qui lui confère une protection stricte dans tous les États membres de l’Union européenne. En France en particulier, la destruction, la capture et la perturbation intentionnelle des individus sont prohibées, de même que l’altération de leurs gîtes de reproduction et d’hibernation.
Les menaces pesant sur cette chauve-souris relèvent principalement de la transformation des paysages et des pratiques agricoles. L’intensification de l’agriculture, accompagnée d’un usage massif de pesticides, réduit la disponibilité en proies et peut entraîner des phénomènes de bioaccumulation de substances toxiques. La rénovation des bâtiments anciens et l’isolation thermique des constructions éliminent parfois involontairement des gîtes établis de longue date. L’éclairage artificiel nocturne perturbe les comportements de chasse et les corridors de déplacement ; les collisions avec les pales d’éoliennes constituent une source de mortalité croissante dans certaines régions. La conservation de cette espèce implique donc la préservation des habitats de chasse, le maintien de gîtes favorables dans le bâti et la prise en compte des chiroptères dans les projets d’aménagement du territoire.
André Roussainville
Nom scientifique : Pipistrellus pipistrellus (Schreber, 1774)
Famille : Vespertilionidae
Classe : Mammalia
Ordre : Chiroptera
Statut IUCN : Préoccupation mineure (LC)
Répartition géographique : Europe, Afrique du Nord, Asie occidentale
Espèce terrestre, non marine, non dulcicole
Identifiants : GBIF 5218465 | NCBI 59474 | ITIS 632123 | Wikidata Q176901 | WoRMS 1049382 | COL 6QRN
Ressource : Base taxonomique GBIF – Pipistrellus pipistrellus (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Integrated Taxonomic Information System (itis.gov)
Ressource : Wikidata – Pipistrellus pipistrellus (wikidata.org)
Ressource : World Register of Marine Species (marinespecies.org)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
chiroptères, chauve-souris, Vespertilionidae, écholocation, mammifère nocturne, insectivore, pipistrelle pygmée, conservation des espèces, faune européenne, biodiversité
Entités nommées fréquentes : Pipistrellus, Falco, Schreber, Europe, Vespertilionidae.



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