Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (7 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (7 feuillets).
Hyménoptère de la famille des apidés
L’abeille domestique, connue sous le nom scientifique d’Apis mellifera, constitue l’un des insectes les plus familiers et les plus précieux pour l’humanité. Décrite par Carl von Linné dès 1758, cette espèce appartient à la grande famille des Apidés et se distingue par son organisation sociale remarquable, sa capacité à produire du miel et son rôle irremplaçable dans la pollinisation de nombreuses plantes cultivées et sauvages. Originaire d’Europe, d’Afrique et du Proche-Orient, l’abeille mellifère a été introduite sur tous les continents et s’est adaptée à des environnements très variés. Son déclin récent, causé par de multiples facteurs, suscite une inquiétude croissante tant pour la biodiversité que pour l’agriculture mondiale.

Apis mellifera Linnaeus, 1758, communément appelée abeille domestique, abeille européenne ou encore mouche à miel, appartient à l’ordre des Hyménoptères et à la famille des Apidés. Cette famille, particulièrement diversifiée, compte environ 429 genres et inclut d’autres pollinisateurs majeurs tels que les bourdons du genre Bombus, les xylocopes (Xylocopa) ou encore les anthophores (Anthophora). Au sein de cette famille, le genre Apis regroupe une trentaine d’espèces, parmi lesquelles figurent l’abeille asiatique Apis cerana, l’abeille géante Apis dorsata et la petite abeille Apis florea ; ces espèces partagent un ancêtre commun et présentent des traits comportementaux similaires, notamment une organisation sociale très élaborée. Apis mellifera se distingue par son aire de répartition naturelle centrée sur l’Europe, l’Afrique et l’ouest de l’Asie, alors que ses congénères sont essentiellement asiatiques. La première description scientifique de l’espèce, publiée dans le Systema naturae de Linné en 1758, mentionnait déjà son origine européenne. Le synonyme Apis mellifica, parfois encore employé dans la littérature ancienne, n’est plus considéré comme valide.
L’abeille domestique présente une morphologie typique des hyménoptères apocrites, caractérisée par un corps divisé en trois parties distinctes : la tête portant les antennes et les pièces buccales adaptées au léchage du nectar, le thorax auquel sont rattachées deux paires d’ailes membraneuses et trois paires de pattes, et l’abdomen qui abrite les organes digestifs et reproducteurs ainsi que, chez les femelles, un aiguillon venimeux. Les ouvrières, qui constituent la majorité de la colonie, mesurent généralement entre 12 et 15 millimètres de longueur ; les mâles, appelés faux-bourdons, sont légèrement plus grands et dépourvus de dard ; la reine, unique femelle fertile de la ruche, se reconnaît à son abdomen allongé. La coloration varie selon les sous-espèces et les races sélectionnées par l’homme : les bandes abdominales alternent généralement entre le brun foncé et le jaune orangé, tandis que le thorax arbore une pilosité plus ou moins dense.
Originaire des régions tempérées et subtropicales de l’Ancien Monde, Apis mellifera occupait à l’origine une vaste aire de répartition s’étendant de la Scandinavie au Cap de Bonne-Espérance et de la façade atlantique de l’Europe jusqu’aux contreforts de l’Himalaya. L’espèce est strictement terrestre et affectionne les milieux semi-ouverts où abondent les fleurs : prairies, lisières forestières, vergers, jardins et zones de garrigue lui offrent des ressources nectarifères et polliniques diversifiées. Grâce à l’apiculture, elle a été introduite sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique. On la trouve désormais en Amérique du Nord et du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande ainsi que dans de nombreuses îles océaniques ; le registre mondial des espèces introduites signale sa présence au Brésil, au Mexique, en Argentine, en Colombie, en Australie, au Népal, en Afghanistan et même aux îles Cook ou à Mayotte. Dans certaines de ces régions, les populations férales issues d’essaimages peuvent entrer en compétition avec les pollinisateurs indigènes.
La vie de l’abeille domestique s’organise autour de la colonie, une société complexe pouvant rassembler de vingt mille à soixante mille individus selon la saison. Cette organisation repose sur une répartition stricte des tâches : la reine assure la reproduction, les ouvrières se chargent de la construction des rayons de cire, de l’élevage du couvain, de la défense de la ruche et de l’approvisionnement en nectar et en pollen, tandis que les faux-bourdons n’ont d’autre fonction que la fécondation de jeunes reines lors des vols nuptiaux. Le cycle annuel de la colonie suit le rythme des floraisons : au printemps, la population croît rapidement et l’essaimage permet la fondation de nouvelles colonies ; en été, l’activité de butinage atteint son maximum ; à l’automne, la colonie réduit son effectif et constitue des réserves de miel pour survivre à l’hiver, période durant laquelle les abeilles forment une grappe serrée pour maintenir une température interne suffisante.
L’alimentation de l’abeille mellifère repose essentiellement sur le nectar et le pollen des fleurs. Le nectar, riche en sucres, est transformé en miel par régurgitation et évaporation successives ; le pollen, source de protéines et de lipides, est stocké sous forme de pain d’abeille après fermentation lactique. Les données d’interactions écologiques révèlent que l’espèce visite une gamme extraordinairement large de plantes à fleurs : trèfles (Trifolium repens, Trifolium leucanthum), lavandes (Lavandula stoechas), cistes (Cistus albidus, Cistus monspeliensis), arbres fruitiers (Malus sylvestris, Prunus dulcis), tilleuls (Tilia cordata), robiniers (Robinia pseudoacacia) ou encore tournesols et colzas figurent parmi ses ressources favorites.
La communication entre les membres de la colonie s’effectue par le biais de signaux chimiques et comportementaux. Les phéromones émises par la reine inhibent le développement ovarien des ouvrières et assurent la cohésion sociale ; d’autres substances volatiles signalent un danger ou marquent l’entrée de la ruche. La célèbre « danse frétillante », décrite par le biologiste autrichien Karl von Frisch, permet aux butineuses de transmettre à leurs congénères la direction et la distance d’une source de nourriture par rapport à la position du soleil.
L’abeille domestique entretient des relations étroites avec de nombreuses autres espèces. Outre son rôle de pollinisateur, elle constitue une proie pour divers prédateurs : oiseaux insectivores, libellules (Orthetrum sabina), mantes religieuses (Iris oratoria, Hierodula patellifera), araignées-crabes (Thomisus onustus, Misumena vatia) et certains hyménoptères comme le philanthe apivore (Philanthus triangulum) ou le frelon asiatique (Vespa velutina). Elle est également l’hôte de plusieurs parasites et pathogènes : l’acarien Varroa destructor, introduit d’Asie, affaiblit les colonies en prélevant l’hémolymphe des larves et des adultes tout en transmettant des virus tels que le virus des ailes déformées ; la loque européenne, causée par la bactérie Melissococcus plutonius, et l’acarien trachéal Acarapis woodi constituent d’autres menaces sanitaires majeures.
L’abeille mellifère occupe une place singulière dans l’histoire de l’humanité. Sa domestication remonte à plusieurs millénaires : des représentations rupestres datant du Néolithique témoignent de la récolte du miel par les premiers agriculteurs, et l’apiculture proprement dite s’est développée dans l’Égypte antique, en Mésopotamie et autour du bassin méditerranéen. Le miel, longtemps seul édulcorant disponible avant l’essor du sucre de canne, servait également de conservateur alimentaire et de base à la fabrication de l’hydromel. La cire d’abeille trouvait quant à elle des applications dans l’éclairage, la cosmétique, la pharmacopée et les arts plastiques.
Aujourd’hui, la valeur économique de l’abeille domestique repose moins sur ses produits — miel, cire, propolis, gelée royale, venin — que sur son rôle de pollinisateur. On estime qu’environ un tiers des cultures destinées à l’alimentation humaine dépend directement ou indirectement de la pollinisation entomophile, et Apis mellifera figure parmi les principaux agents de ce service écosystémique. Amandiers, pommiers, cerisiers, agrumes, cucurbitacées, colzas et tournesols bénéficient de la visite des butineuses, dont l’activité accroît sensiblement les rendements et la qualité des fruits.
L’abeille occupe également une place symbolique dans de nombreuses cultures : emblème de la royauté sous l’Empire napoléonien, elle incarne le travail, l’ordre social et la fertilité dans les mythologies égyptienne, grecque et celtique. De nombreuses expressions populaires, telles que « faire sa ruche » ou « avoir le bourdon », témoignent de l’ancrage de cet insecte dans l’imaginaire collectif.
Bien que Apis mellifera ne figure pas sur la liste rouge de l’UICN en tant qu’espèce menacée — en partie du fait de sa large distribution et de son élevage intensif —, les populations d’abeilles domestiques connaissent depuis plusieurs décennies un déclin préoccupant dans de nombreuses régions du monde. Le syndrome d’effondrement des colonies, documenté à partir des années 2000 aux États-Unis puis en Europe, se manifeste par la disparition brutale des ouvrières, laissant la reine et le couvain sans ressources. Les causes de ce phénomène sont multifactorielles : exposition aux pesticides néonicotinoïdes, parasitisme par Varroa destructor, maladies virales et bactériennes, appauvrissement des ressources florales dû à l’intensification agricole, et changements climatiques perturbant la phénologie des floraisons.
De nombreuses initiatives de conservation visent à enrayer ce déclin : interdiction ou restriction de certains insecticides, développement de pratiques apicoles durables, implantation de jachères fleuries et de bandes enherbées, sensibilisation du grand public à la protection des pollinisateurs. Dans certaines régions, toutefois, l’introduction de colonies d’Apis mellifera pose des problèmes de compétition avec les abeilles sauvages indigènes, dont les populations sont souvent plus vulnérables. Un équilibre doit donc être recherché entre le soutien à l’apiculture et la préservation de l’ensemble de la faune pollinisatrice.
André Roussainville
Nom scientifique : Apis mellifera Linnaeus, 1758
Famille : Apidae
Classe : Insecta (Hexapoda)
Ordre : Hymenoptera
Statut UICN : Non évalué (NE)
Répartition : Originaire d’Europe, d’Afrique et du Proche-Orient ; introduite sur tous les continents (Amérique du Nord et du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, îles océaniques).
Habitat : Terrestre – prairies, lisières forestières, vergers, jardins, zones de garrigue.
Période d’existence : 0,0117 à 0,0 Ma (Holocène à actuel).
Identifiants : GBIF usage key 1341976 – NCBI tax ID 7460 – Catalogue of Life ID FN46 – Wikidata Q30034 – ITIS 47219 – iNaturalist 11307057 – WoRMS AphiaID 1490237 – ENA tax ID 7460.
Ressource : Fiche espèce GBIF (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)
Ressource : Wikidata – Apis mellifera (wikidata.org)
Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)
Ressource : World Register of Marine Species (WoRMS) (marinespecies.org)
abeille, apiculture, pollinisation, Hymenoptera, Apidae, miel, ruche, Varroa destructor, insecte pollinisateur, effondrement des colonies, biodiversité
Entités nommées fréquentes : Apis, Europe, Afrique, Australie, Varroa.



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