Technologie | Le 14 mars 2026, par Raphaël Deuff. Format : petite feuille (2 feuillets).
littérature & sciences humaines
Technologie | Le 14 mars 2026, par Raphaël Deuff. Format : petite feuille (2 feuillets).
Réseaux sociaux et politique numérique
Face à la progression des discours haineux sur les réseaux sociaux, l’Espagne engage une nouvelle politique de responsabilisation des plateformes : le Premier ministre, Pedro Sánchez, a présenté l’outil de veille Hodio, un dispositif officiel chargé de mesurer et de rendre publique l’empreinte de la haine en ligne, rapport semestriel à l’appui.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé, mercredi 11 mars 2026, la création d’un nouvel instrument de surveillance des discours haineux circulant sur les grandes plateformes numériques. Présenté lors du premier Forum contre la haine organisé à Madrid, cet outil porte le nom de Hodio, acronyme de Huella del Odio y la Polarización (« Empreinte de la haine et de la polarisation »). Sa vocation : mesurer de façon systématique la présence, l’évolution et l’étendue de ces discours au sein des principaux réseaux sociaux utilisés sur le territoire espagnol.
Le dispositif sera mis en œuvre par l’Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie, et s’appuiera, selon le chef du gouvernement, sur des critères académiques reconnus. Concrètement, Hodio analysera la teneur des publications sur les plateformes les plus fréquentées et produira un rapport semestriel assorti d’un classement comparatif, permettant de suivre l’évolution de chaque service numérique dans le temps. Ce palmarès inversé — sorte de baromètre de la turpitude en ligne — sera rendu public afin que, selon les mots de Sánchez, « tout le monde sache qui freine la haine, qui détourne le regard et qui fait des affaires avec la haine ».
L’initiative espagnole s’inscrit dans un contexte de tension croissante entre le gouvernement socialiste au pouvoir et les propriétaires des grandes plateformes numériques, que Sánchez désigne régulièrement sous le terme de « technoligarchie ». Le Premier ministre a rappelé à cette occasion que les faits qualifiés de délits de haine avaient progressé de 41 % en Espagne au cours de la dernière décennie ; un chiffre qu’il juge propre à légitimer l’exigence que les réseaux sociaux soient contraints de rendre des comptes publiquement « pour chaque contenu haineux qu’ils autorisent ».
Cette annonce prolonge une série de mesures numériques portées par Madrid ces dernières semaines. En février, Sánchez avait déjà évoqué la volonté d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de seize ans. Le parquet avait également été saisi d’une enquête visant X, Meta et TikTok, soupçonnés d’avoir permis la génération d’images pornographiques impliquant des enfants par le biais de l’intelligence artificielle — une démarche également engagée par plusieurs autres États européens. Avec Hodio, l’Espagne entend désormais outiller l’État d’un véritable instrument de veille, capable de faire de la transparence algorithmique non plus un vœu pieux, mais une obligation documentée et opposable.
Raphaël Deuff
Ressource : HODIO: Huella del Odio y la Polarización ¿Qué es HODIO? (inclusion.gob.es)
Ressource : El Gobierno celebra el I Foro contra el Odio para analizar los efectos del discurso de odio y la polarización (inclusion.gob.es)
Retrouvez les entrées de glossaire associées à cet article : discours de haine, modération des contenus, réseaux sociaux, polarisation, intelligence artificielle, racisme, xénophobie, régulation numérique.
Entités nommées fréquentes : Hodio, Premier, Sánchez, Espagne, Odio.



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