Techniques et métiers | Le 20 avril 2026, par Raphaël Deuff. Format : petite feuille (2 feuillets).
littérature & sciences humaines
Techniques et métiers | Le 20 avril 2026, par Raphaël Deuff. Format : petite feuille (2 feuillets).
Artisanat et patrimoine culturel africain
Dans la ville nigériane d’Iseyin, considérée comme le berceau de l’aso oke, les artisans persistent à tisser manuellement ce textile yoruba traditionnel malgré une demande en forte hausse. Portés par le succès international de la mode nigériane et l’intérêt de la diaspora, ils refusent catégoriquement l’automatisation, estimant que seul le travail manuel garantit l’authenticité de cette étoffe désormais présente sur les podiums mondiaux.

En avril 2026, à Iseyin, petite ville du sud-ouest du Nigeria située à quelque 200 kilomètres de Lagos, des ateliers de fortune abritent la production d’un textile traditionnel yoruba connaissant un regain de popularité : l’aso oke. Ce tissu épais, dont le nom se traduit approximativement par « le tissu venu de l’arrière-pays », connaît une demande grandissante tant au niveau national qu’international, portée par la diaspora nigériane et le rayonnement croissant de la mode et de la musique du pays le plus peuplé d’Afrique.
Face à cette augmentation de la demande, les artisans d’Iseyin maintiennent résolument leurs méthodes traditionnelles et rejettent toute forme d’automatisation. Les tisserands passent des heures sur d’anciens métiers à tisser en bois pour créer des bandes étroites aux motifs serrés, ensuite assemblées pour former des étoffes plus larges. Les tentatives de mécanisation se sont soldées par des échecs ; les artisans estiment en effet que seul le travail manuel permet d’obtenir la qualité et l’authenticité caractéristiques de ce textile, le processus artisanal constituant son essence même.
Le rythme régulier des métiers en bois reflète une tradition transmise de génération en génération, où l’aso oke représente à la fois un symbole culturel et un marqueur identitaire pour l’ethnie yoruba. Si autrefois la production impliquait la préparation complète des fils à partir de coton ou de soie selon des méthodes traditionnelles, les tisserands contemporains utilisent désormais principalement des fils prêts à l’emploi importés de Chine, ce qui leur offre une palette chromatique considérablement élargie par rapport aux possibilités d’antan.
L’afflux de nouvelles générations vers cet artisanat témoigne de sa vitalité économique. Des jeunes, y compris des diplômés universitaires, affluent vers Iseyin pour apprendre ce métier devenu une source de revenus substantielle. Parmi eux figurent d’anciens professionnels ayant abandonné leur carrière précédente pour se consacrer au tissage, apportant parfois des compétences nouvelles : certains font ainsi appel à des graphistes pour concevoir des motifs inédits, conjuguant savoir-faire ancestral et innovations contemporaines.
Cette dynamique générationnelle accompagne et nourrit l’expansion géographique et sociale du textile. Autrefois réservé aux élites nigérianes lors de grandes occasions, l’aso oke s’est progressivement diffusé dans l’ensemble de la société nigériane et au-delà de ses frontières. Ce textile multicolore ou uni, devenu incontournable au Nigeria — pôle majeur de créativité et de mode en Afrique de l’Ouest —, est utilisé pour des tenues traditionnelles de cérémonie mais aussi dans des créations audacieuses et des vêtements du quotidien. Il se retrouve désormais sur les podiums londoniens et parisiens, décliné en chaussures, sacs et pochettes. L’épisode le plus médiatisé de cette reconnaissance internationale demeure sans doute le port d’un pagne et d’un châle en aso oke par Meghan Markle lors d’une visite au Nigeria il y a deux ans.
Cette visibilité accrue sur la scène mondiale suscite néanmoins des interrogations quant aux risques d’appropriation culturelle. Si certains créateurs nigérians considèrent comme légitime que d’autres cultures s’approprient l’esthétique de l’aso oke, ils s’inquiètent du détournement ou de la revendication abusive de propriété sur ce patrimoine. Cette préoccupation trouve un écho concret dans le cas de l’adire, un autre tissu yoruba teint selon la technique du nouage-teinture, déjà confronté à la contrefaçon chinoise — illustration tangible des périls pesant sur ces patrimoines textiles africains.
Raphaël Deuff
Yoruba, artisanat textile, Nigeria, Iseyin, métier à tisser, appropriation culturelle, patrimoine immatériel, mode africaine, adire
Entités nommées fréquentes : Iseyin, Nigeria.



Jeunesse et éducation | Le 18 avril 2026, par Luc Grampivf.
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