Sciences humaines | Le 19 janvier 2026, par Luc Grampivf. Format : petite feuille (3 feuillets).
littérature & sciences humaines
Sciences humaines | Le 19 janvier 2026, par Luc Grampivf. Format : petite feuille (3 feuillets).
Médias et société
Trois quarts des Français redoutent les manœuvres de désinformation orchestrées par des puissances étrangères : cette préoccupation majeure, révélée par le baromètre du journal La Croix, témoigne d’une méfiance grandissante envers l’information à l’ère numérique. Avec des enjeux multiples, et des situations contrastées selon les cas.

Le baromètre annuel du quotidien La Croix sur la confiance dans les médias, dévoilé le 15 janvier 2026 lors du festival Médias en Seine à Paris, met en lumière une inquiétude prégnante au sein de la population française : 76 % des personnes interrogées se disent préoccupées par les tentatives de désinformation orchestrées par certains États étrangers. Cette proportion se décompose entre 45 % de Français « plutôt » inquiets et 31 % « tout à fait » inquiets, tandis que seulement 19 % déclarent ne pas partager cette crainte. L’étude, réalisée depuis 1987 et désormais rebaptisée « Baromètre La Croix – Verian – La Poste sur la confiance des Français dans les médias », révèle également que cette anxiété diminue légèrement lorsqu’elle concerne spécifiquement les élections municipales de mars, avec 60 % de sondés se montrant inquiets d’une possible ingérence informationnelle.
L’écosystème médiatique contemporain semble propice à la propagation de contenus trompeurs ; une personne sur deux affirme être confrontée plusieurs fois par semaine à des informations déformant la réalité ou à de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux. Cette exposition à la mésinformation se révèle moins fréquente pour les médias traditionnels, puisque 40 % des répondants en constatent à la télévision, 37 % sur les sites de presse nationale et 30 % à la radio. Face à cette situation, 62 % des Français considèrent qu’une labellisation indépendante des médias sur internet constituerait une initiative salutaire, bien que cette proposition, avancée par Emmanuel Macron en novembre précédent, ait suscité une controverse notable. Les porte-paroles de médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré et certains dirigeants de droite et d’extrême droite avaient ainsi exprimé le soupçon d’une « volonté présidentielle de contrôler l’information ». L’idée d’un label des médias, qui pose certes divers problèmes en lien avec la déontologie journalistique (dans la mesure où l’information n’est pas un produit comme un autre), pourrait toutefois porter son évaluation non tant sur l’information produite, que sur l’organisation et le fonctionnement des médias concernés, et le respect de bonnes pratiques : une approche adoptée par exemple par la Journalism Trust Initiative (JTI), norme internationale portée par le réseau Reporters Sans Frontières (RSF).
L’étude constate par ailleurs une érosion de l’intérêt pour l’actualité, avec 71 % de Français qui la suivent avec attention, soit une diminution de cinq points en un an. Près de la moitié des personnes interrogées ressentent souvent de la fatigue ou du rejet face au flux informationnel, même si cette proportion recule de quatre points. Les médias traditionnels subissent un recul significatif : 85 % des Français suivent les journaux télévisés (en baisse de cinq points), 76 % les chaînes d’information en continu (moins trois points) et 72 % la presse régionale sous format papier ou numérique (moins trois points également). À l’inverse, les influenceurs et créateurs de contenu sur les plateformes sociales connaissent un essor remarquable, puisque 42 % des sondés les consultent désormais pour s’informer, ce qui représente une progression de cinq points.
Cette enquête, menée sur internet entre le 24 et le 30 novembre auprès d’un échantillon de 1 500 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas, illustre les mutations profondes qui affectent le paysage médiatique français. La défiance envers les sources traditionnelles et l’attrait croissant pour les formats numériques alternatifs redessinent les contours de la consommation informationnelle, tandis que la question de la fiabilité et de l’authenticité des contenus demeure centrale dans les préoccupations citoyennes.
Luc Grampivf
Désinformation, mésinformation, influence étrangère, médias traditionnels, réseaux sociaux, influenceurs, baromètre des médias, labellisation
Entités nommées fréquentes : La Croix, Français.



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