Nature et biologie | Le 23 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 23 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 23 janvier 2026, par André Roussainville. Dernière révision le 23 janvier 2026. Format : analyse (7 feuillets).
Rapace diurne de la famille des falconidés
Reconnaissable à son vol stationnaire caractéristique au-dessus des champs et des prairies, le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) compte parmi les rapaces les plus répandus de l’Ancien Monde. Ce petit faucon, décrit par Linné dès 1758, fascine autant les ornithologues que les promeneurs par sa capacité à se maintenir immobile dans les airs, scrutant le sol à l’affût de ses proies. Présent depuis les campagnes européennes jusqu’aux steppes asiatiques et aux savanes africaines, ce chasseur de rongeurs et d’insectes s’est également adapté aux milieux urbains où il niche volontiers sur les édifices élevés. Son statut de conservation favorable témoigne de la remarquable plasticité écologique de cette espèce, bien qu’elle fasse face à diverses pressions anthropiques dans certaines régions de son aire de répartition.

Le faucon crécerelle, de son nom scientifique Falco tinnunculus, fut décrit par Carl von Linné en 1758 dans la dixième édition de son ouvrage Systema Naturae. Cette espèce appartient à la famille des Falconidés, elle-même rattachée à l’ordre des Falconiformes au sein de la classe des oiseaux (Aves). Le genre Falco regroupe environ 75 espèces de faucons, parmi lesquels on compte des rapaces aussi célèbres que le faucon pèlerin (Falco peregrinus) ou le faucon hobereau (Falco subbuteo).
La position phylogénétique des Falconiformes a fait l’objet de révisions importantes ; contrairement à ce que leur morphologie pourrait suggérer, les faucons ne sont pas étroitement apparentés aux autres rapaces diurnes comme les aigles ou les buses. Les analyses moléculaires les placent au sein des Australaves, plus proches des perroquets et des passereaux que des Accipitridés. Le nom vernaculaire « crécerelle » dérive de l’ancien français et évoque le cri strident et répété de l’oiseau.
Une dizaine de sous-espèces sont actuellement reconnues, dont Falco tinnunculus tinnunculus (la forme nominale présente en Europe), Falco tinnunculus canariensis aux îles Canaries, Falco tinnunculus dacotiae à Fuerteventura et Lanzarote, Falco tinnunculus neglectus au Cap-Vert, Falco tinnunculus interstinctus en Asie orientale, Falco tinnunculus objurgatus dans le sous-continent indien, Falco tinnunculus rupicolaeformis en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ainsi que Falco tinnunculus rufescens en Afrique subsaharienne. L’ancien synonyme Cerchneis tinnunculus reste parfois mentionné dans la littérature ancienne.
Le faucon crécerelle présente un dimorphisme sexuel marqué tant par la taille que par le plumage. Les femelles, généralement plus grandes et plus lourdes que les mâles, atteignent une masse corporelle moyenne d’environ 201 grammes contre 167 grammes pour les mâles adultes ; les jeunes à l’envol pèsent aux alentours de 21 grammes. Le mâle arbore une tête et une queue gris-bleu, un dos roux tacheté de noir et des parties inférieures crème striées de brun. La femelle et les juvéniles affichent un plumage plus uniformément brun-roux barré de sombre sur l’ensemble du corps. Les deux sexes possèdent une moustache faciale sombre caractéristique des faucons, des pattes jaunes et un bec crochu typique des rapaces.
L’aire de répartition du faucon crécerelle s’étend sur une vaste portion de l’Ancien Monde. On le rencontre depuis l’Europe occidentale jusqu’à l’Extrême-Orient, en passant par l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. En Afrique subsaharienne, plusieurs sous-espèces occupent les savanes et les zones ouvertes. Ce rapace fréquente une grande variété d’habitats : prairies, terres agricoles, lisières forestières, landes, falaises côtières, et même les parcs et jardins des zones urbaines. Il évite généralement les forêts denses et les zones désertiques arides dépourvues de proies. Les populations nordiques effectuent des migrations vers le sud en hiver, tandis que celles des régions tempérées et méridionales demeurent sédentaires.
Le comportement de chasse du faucon crécerelle constitue l’une de ses caractéristiques les plus remarquables. Ce rapace pratique le vol stationnaire, localement appelé « vol du Saint-Esprit », qui lui permet de se maintenir immobile face au vent à une hauteur de 10 à 20 mètres tout en scrutant le sol avec une acuité visuelle exceptionnelle. Dès qu’il repère une proie, il plonge en piqué pour la saisir au sol. Cette technique de chasse exige une dépense énergétique considérable mais s’avère particulièrement efficace dans les milieux ouverts.
Le régime alimentaire du faucon crécerelle comprend principalement des petits mammifères, notamment des campagnols du genre Microtus, des mulots et des musaraignes (Crocidura, Sorex). Il capture également une grande diversité d’invertébrés : orthoptères (criquets, sauterelles), coléoptères (scarabées), grillons (Gryllus campestris) et courtilières. Occasionnellement, ce faucon s’attaque à de petits oiseaux comme l’alouette des champs (Alauda arvensis), des reptiles (lézards du genre Podarcis, Lacerta agilis, Zootoca vivipara) et des amphibiens (grenouilles Rana, Pelophylax). La proportion de chaque type de proie varie selon les saisons et la disponibilité locale des ressources.
La reproduction débute au printemps. Le faucon crécerelle ne construit pas de nid à proprement parler ; il utilise des cavités naturelles dans les falaises ou les arbres, d’anciens nids de corvidés, ou des anfractuosités dans les bâtiments. En milieu urbain, les clochers d’église, les tours et les immeubles élevés constituent des sites de nidification appréciés — d’où son nom de « Turmfalke » (faucon des tours) en allemand. La femelle pond généralement de trois à six œufs qu’elle couve pendant environ un mois. Les jeunes, nourris par les deux parents, prennent leur envol vers l’âge de quatre à cinq semaines.
Les vocalisations du faucon crécerelle se caractérisent par un cri aigu et répétitif, souvent transcrit « kii-kii-kii », particulièrement audible durant la période de reproduction. Ce cri sert à la communication entre partenaires et à la défense du territoire.
Le faucon crécerelle entretient des relations anciennes avec les sociétés humaines. Son adaptation aux paysages agricoles lui a permis de prospérer dans les campagnes européennes où il joue un rôle bénéfique en régulant les populations de rongeurs nuisibles aux cultures. En retour, les pratiques agricoles modernes peuvent lui être défavorables lorsqu’elles réduisent les populations de proies par l’usage intensif de pesticides ou la disparition des prairies permanentes.
Bien que ce rapace n’ait jamais été véritablement domestiqué, il fut parfois utilisé en fauconnerie pour l’apprentissage des débutants en raison de sa relative facilité d’entretien. Aujourd’hui, sa présence dans les villes est généralement perçue favorablement, et des nichoirs artificiels sont parfois installés pour favoriser son installation. Dans certaines traditions populaires européennes, le faucon crécerelle symbolise la vigilance et la perspicacité ; son nom gallois « cudyll coch » (faucon rouge) et son appellation gaélique « pocaire gaoithe » (fouilleur du vent) témoignent de l’attention que lui ont portée différentes cultures.
Le faucon crécerelle bénéficie d’un statut de conservation favorable à l’échelle mondiale. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe cette espèce dans la catégorie « Préoccupation mineure » (Least Concern), ce qui reflète son abondance et son aire de répartition étendue. Les populations européennes, bien que fluctuantes selon les années en fonction de la disponibilité des campagnols, se maintiennent globalement à des niveaux satisfaisants.
Néanmoins, des déclins locaux ont été observés dans certaines régions, notamment en Europe occidentale, en lien avec l’intensification agricole, la disparition des prairies naturelles et l’utilisation de rodenticides. Les collisions avec les véhicules constituent également une cause de mortalité non négligeable pour cette espèce qui chasse fréquemment le long des routes et autoroutes. En France, le faucon crécerelle est protégé par la législation nationale et figure parmi les espèces dont la destruction, la capture et la perturbation sont interdites. À l’échelle européenne, l’espèce n’est pas considérée comme menacée et ne fait pas l’objet de mesures de conservation particulières, contrairement à certains de ses congénères plus rares.
André Roussainville
Nom scientifique : Falco tinnunculus Linnaeus, 1758
Famille taxonomique : Falconidae
Classe : Aves (Oiseaux)
Ordre : Falconiformes
Statut UICN : Préoccupation mineure (Least Concern)
Répartition géographique : Europe, Asie, Afrique
Masse corporelle adulte : 167 g (mâle), 201 g (femelle)
Masse à l’envol : 21 g
Code génétique : standard (1), mitochondrial (2)
Identifiants des bases de données : NCBI tax ID : 100819 | GBIF usage key : 9616058 | ITIS TSN : 175620 | Wikidata : Q26490 | WoRMS AphiaID : 345751 | Catalogue of Life ID : CF8MD
Ressource : Liste rouge IUCN – Falco tinnunculus (iucnredlist.org)
Ressource : Base taxonomique GBIF – Falco tinnunculus (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser – Falco tinnunculus (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : ITIS – Integrated Taxonomic Information System (itis.gov)
Ressource : WoRMS – World Register of Marine Species (marinespecies.org)
Ressource : Wikidata – Falco tinnunculus (wikidata.org)
Ressource : Catalogue of Life – Falco tinnunculus (catalogueoflife.org)
faucon, rapace, Falconidae, oiseau de proie, ornithologie, vol stationnaire, campagnol, fauconnerie, protection des espèces, UICN
Entités nommées fréquentes : Falco, Europe, Falconiformes, Asie, Afrique, UICN.



Nature et biologie | Le 24 janvier 2026, par André Roussainville.
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