Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (5 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (5 feuillets).
Oiseau psittaciforme de la famille des psittacidés
Reconnaissable à son plumage d’un vert éclatant et à l’anneau noir et rose qui orne le cou des mâles, la perruche à collier (Psittacula krameri) compte parmi les psittacidés les plus répandus au monde. Originaire des savanes africaines et des forêts du sous-continent indien, ce volatile au bec robuste s’est remarquablement adapté aux milieux urbanisés ; on l’observe aujourd’hui dans les parcs de Londres, les jardins de Bruxelles ou les platanes de Paris. Cette plasticité écologique, conjuguée à une intelligence reconnue et à des capacités d’imitation vocale, en fait un oiseau aussi fascinant qu’il est controversé, car son expansion menace désormais les espèces autochtones de nombreuses régions.

La perruche à collier, dont le nom scientifique est Psittacula krameri, appartient à la famille des Psittaculidae au sein de l’ordre des Psittaciformes. L’espèce fut décrite pour la première fois par le naturaliste italien Giovanni Antonio Scopoli en 1769, qui la plaça initialement dans le genre Psittacus sous le nom de Psittacus krameri. Elle fut ensuite transférée dans le genre Psittacula, établi par Georges Cuvier en 1800, qui regroupe aujourd’hui une vingtaine d’espèces de perruches à longue queue originaires d’Asie et d’Afrique.
Le genre Psittacula comprend notamment la perruche alexandre (Psittacula eupatria), plus imposante, la perruche à tête prune (Psittacula cyanocephala) et la perruche de Maurice (Psittacula echo), cette dernière étant gravement menacée d’extinction. Au plan phylogénétique, ces oiseaux se rattachent à la lignée des Néognathes, au sein du clade des Telluraves ; ils partagent un ancêtre commun avec les autres perroquets d’Ancien Monde. Quatre sous-espèces sont généralement reconnues : la forme nominale P. k. krameri, présente en Afrique, P. k. parvirostris (Souancé, 1856) que l’on trouve en Afrique de l’Est, P. k. borealis originaire du nord de l’Inde et P. k. manillensis (Bechstein, 1800) qui peuple le sud du sous-continent indien et le Sri Lanka.
La perruche à collier présente un plumage principalement vert, plus clair sur le ventre et légèrement bleuté sur la queue. Le mâle adulte arbore un collier caractéristique formé d’une bande noire sur la gorge qui se prolonge en un fin liseré rose sur la nuque, ornement absent chez la femelle et les juvéniles. Le bec, robuste et crochu comme chez tous les psittacidés, affiche une teinte rouge vif chez les adultes, tandis que les yeux sont cerclés d’un anneau périoculaire orangé. La taille de l’oiseau varie entre 38 et 42 centimètres de longueur totale, dont près de la moitié correspond aux rectrices centrales effilées.
L’aire de répartition naturelle de cette espèce s’étend sur deux continents distincts. En Afrique, elle occupe une large bande sahélienne allant du Sénégal à l’Éthiopie, ainsi que certaines régions d’Afrique orientale. En Asie, on la rencontre depuis le Pakistan jusqu’au Bangladesh, en passant par l’Inde, le Népal et le Sri Lanka. Cette perruche fréquente les savanes arborées, les forêts claires, les zones cultivées et les abords des villages ; elle manifeste une prédilection pour les arbres à cavités où elle établit ses nids.
L’espèce a été introduite, de manière accidentelle ou volontaire, dans de nombreuses régions du globe au cours du XXe siècle. Des populations férales prospèrent désormais en Europe occidentale, notamment au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne. On la trouve également en Amérique du Nord, au Mexique, dans les Caraïbes, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et même en Océanie. Cette expansion mondiale témoigne d’une adaptabilité remarquable aux climats tempérés et aux environnements anthropisés.
Grégaire par nature, la perruche à collier vit en groupes qui peuvent rassembler plusieurs centaines d’individus aux dortoirs collectifs. Ces rassemblements crépusculaires, souvent bruyants, se forment dans les grands arbres des parcs urbains ou les alignements de platanes, où les oiseaux se retrouvent après avoir fourragé durant la journée. L’alimentation de ce psittacidé se révèle particulièrement éclectique : les données d’observation mentionnent plus d’une centaine d’espèces végétales consommées. L’oiseau se nourrit de fruits charnus comme les figues (Ficus spp.), les jujubes (Ziziphus), les pommes, les poires et les raisins, mais aussi de graines, de bourgeons, de fleurs et de nectar. Dans son aire d’origine, il fréquente les acacias (Vachellia), les margousiers (Azadirachta indica) et les arbres à kapok (Bombax ceiba).
Cette perruche compte plusieurs prédateurs naturels parmi les rapaces, notamment le faucon pèlerin (Falco peregrinus), l’épervier d’Europe (Accipiter nisus), le milan noir (Milvus migrans) et l’aigle botté (Hieraaetus pennatus). En Asie, la couleuvre ratière (Ptyas mucosa) s’attaque aux nids et aux oisillons ; le chat domestique représente également une menace, particulièrement en milieu urbain. L’espèce héberge divers ectoparasites, dont plusieurs espèces de poux broyeurs du genre Kelerimenopon et Neopsittaconirmus, ainsi que des agents pathogènes viraux comme le circovirus responsable de la maladie du bec et des plumes.
La reproduction s’effectue dans des cavités naturelles ou artificielles, généralement situées à plusieurs mètres du sol dans le tronc ou les branches maîtresses d’un arbre. La femelle dépose deux à six œufs qu’elle couve seule pendant environ trois semaines, tandis que le mâle assure le ravitaillement. Les jeunes quittent le nid vers l’âge de sept semaines et demeurent dépendants de leurs parents quelques semaines supplémentaires. Cette espèce se distingue par une intelligence notable et une aptitude à reproduire des sons, y compris la parole humaine, faculté qui contribue à sa popularité en tant qu’animal de compagnie.
Depuis l’Antiquité, la perruche à collier entretient des liens étroits avec les sociétés humaines. Les Grecs et les Romains appréciaient déjà cet oiseau pour ses qualités ornementales et sa capacité à imiter la voix ; on rapporte qu’Alexandre le Grand en ramena des spécimens de ses campagnes en Orient, d’où le nom vernaculaire d’« alexandrine » parfois attribué aux espèces du genre Psittacula. Le commerce des animaux de compagnie a favorisé sa diffusion planétaire au cours du XXe siècle, par l’évasion ou le relâcher intentionnel d’individus captifs.
Cette expansion pose cependant des problèmes écologiques et économiques considérables. En Europe et ailleurs, les populations férales entrent en compétition avec les espèces cavicoles indigènes, notamment les pics, les sittelles et les chauves-souris, pour l’accès aux sites de nidification. Les dégâts aux cultures fruitières et céréalières atteignent localement des proportions significatives ; en Inde, l’espèce figure parmi les principaux ravageurs des vergers. Le vacarme des dortoirs collectifs suscite également des nuisances pour les riverains dans certaines agglomérations.
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe Psittacula krameri dans la catégorie « Préoccupation mineure » (LC), en raison de son aire de répartition étendue et de ses populations abondantes tant dans son aire d’origine que dans les régions d’introduction. Les effectifs mondiaux, bien que difficiles à estimer précisément, se comptent probablement en dizaines de millions d’individus.
Paradoxalement, cette prospérité globale masque un statut problématique sur le plan réglementaire. L’espèce figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne depuis 2016, ce qui interdit son commerce, son élevage et son introduction dans l’environnement au sein des États membres. De nombreux pays ont inscrit cette perruche sur leurs listes d’espèces nuisibles ou indésirables : c’est le cas au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, en Irlande, en Italie, au Portugal, en Espagne et en Allemagne. Des programmes de surveillance et de contrôle des populations sont mis en œuvre dans plusieurs métropoles européennes, sans parvenir toutefois à enrayer l’expansion de l’espèce, qui poursuit sa progression vers le nord du continent à la faveur du réchauffement climatique.
André Roussainville
Nom scientifique : Psittacula krameri (Scopoli, 1769)
Famille : Psittaculidae
Classe : Aves (Oiseaux)
Ordre : Psittaciformes
Statut IUCN : LC (Préoccupation mineure)
Répartition géographique : Afrique (aire native), Asie du Sud (aire native), Europe, Amérique du Nord, Océanie (populations introduites)
Habitat : Terrestre, milieux d’eau douce
Sous-espèces reconnues : P. k. krameri, P. k. parvirostris, P. k. borealis, P. k. manillensis
Code génétique : Standard (code 1) ; code mitochondrial : 2
NCBI Taxonomy ID : 9228
GBIF Usage Key : 2479226
Wikidata Entity ID : Q208060
Catalogue of Life ID : 4PKCM
ITIS TSN : 18911
WoRMS AphiaID : 1484552
Ressource : Fiche GBIF de Psittacula krameri (gbif.org)
Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)
Ressource : Entité Wikidata Q208060 (wikidata.org)
Ressource : World Register of Marine Species (WoRMS) (marinespecies.org)
Ressource : Catalogue of Life (checklistbank.org)
Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)
Psittaciformes, Psittaculidae, perruche, perroquet, espèce invasive, espèce exotique envahissante, ornithologie, oiseau de compagnie, biodiversité urbaine, Aves
Entités nommées fréquentes : Psittacula, Afrique, Asie, Europe, Inde, Psittaculidae.



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