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Nature et biologie | Le 25 janvier 2026, par André Roussainville. Format : analyse (6 feuillets).


« Faune urbaine »

Crapaud commun

Amphibien de la famille des Bufonidés

Robuste et trapu, le crapaud commun (Bufo bufo) compte parmi les amphibiens les plus répandus du continent européen. Décrit dès 1758 par Carl von Linné, cet anoure à la peau verruqueuse peuple aussi bien les forêts humides que les jardins, où il se révèle un auxiliaire précieux pour le jardinier en dévorant limaces et insectes nuisibles. Chaque printemps, des milliers d’individus entreprennent de périlleuses migrations vers leurs mares de reproduction, traversant routes et chemins au péril de leur vie. Malgré sa présence familière, ce crapaud voit ses populations décliner dans plusieurs régions d’Europe, victime de la destruction de ses habitats et du trafic routier.

Bufo bufo, d'apr. photographie
Bufo bufo, d'apr. photographie © Sambuc éditeur, 2026

Taxonomie et systématique

Le crapaud commun, dont le nom scientifique Bufo bufo fut établi par Carl von Linné en 1758, appartient à la famille des Bufonidés (Bufonidae), elle-même rattachée à l’ordre des Anoures (Anura) au sein de la classe des Amphibiens. La dénomination latine, qui répète deux fois le terme « bufo » signifiant « crapaud », témoigne du caractère typique de cette espèce au sein de son genre. Initialement décrit sous le nom de Rana bufo, l’animal fut ensuite reclassé dans le genre Bufo, où il demeure aujourd’hui reconnu comme l’espèce type. Les synonymes Bufo cinereus et Bufo vulgaris ont été utilisés par le passé, mais sont désormais considérés comme non valides.

La famille des Bufonidés rassemble quelque 56 genres et plusieurs centaines d’espèces réparties sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique et de l’Australie. Le genre Bufo sensu stricto comprend environ 47 espèces, parmi lesquelles figurent des taxons asiatiques comme Bufo gargarizans, le crapaud d’Asie orientale, et Bufo japonicus, endémique de l’archipel nippon. En Europe, le crapaud commun côtoie le crapaud épineux (Bufo spinosus), longtemps considéré comme une sous-espèce mais aujourd’hui élevé au rang d’espèce distincte ; ce dernier occupe principalement la péninsule Ibérique, le sud de la France et le Maghreb. La position phylogénétique exacte du crapaud commun au sein des Bufonidés a fait l’objet de révisions récentes, les analyses moléculaires ayant conduit à la création de nouveaux genres comme Bufotes pour accueillir certains crapauds verts autrefois placés dans Bufo.

Description

Le crapaud commun présente un corps massif et trapu, caractérisé par une peau épaisse et verruqueuse de couleur généralement brun-olive à grisâtre, parfois teintée de rougeâtre. Les glandes parotoïdes, situées en arrière des yeux, forment deux renflements obliques bien visibles qui sécrètent un mucus toxique de nature défensive. Les yeux, pourvus d’une pupille horizontale et d’un iris cuivré ou orangé, confèrent à l’animal un regard singulier. Les membres postérieurs, relativement courts pour un anoure, ne permettent que des bonds modestes ; le crapaud se déplace plus volontiers en marchant. Un dimorphisme sexuel prononcé distingue les femelles, nettement plus grandes et pouvant atteindre 15 centimètres de longueur, des mâles qui dépassent rarement 10 centimètres.

L’aire de répartition du crapaud commun s’étend sur la majeure partie de l’Europe, depuis la péninsule Scandinave jusqu’aux rivages méditerranéens, et se prolonge vers l’est à travers l’Asie du Nord jusqu’en Sibérie. L’espèce fréquente une grande diversité de milieux terrestres : forêts de feuillus et de conifères, prairies, landes, jardins, parcs urbains et zones agricoles. Elle manifeste une préférence pour les environnements frais et humides, bien qu’elle tolère des conditions relativement sèches en dehors de la période de reproduction. Les habitats aquatiques recherchés pour la ponte comprennent les étangs, les mares, les fossés et parfois les eaux calmes des rivières. En altitude, l’espèce a été observée jusqu’à près de 600 mètres dans les montagnes scandinaves, sa limite septentrionale avoisinant le cercle polaire arctique.

Comportement et éthologie

Animal essentiellement nocturne et crépusculaire, le crapaud commun passe la journée dissimulé sous des pierres, des souches, des tas de feuilles mortes ou dans des terriers qu’il creuse parfois lui-même. Son activité se concentre durant les nuits humides, lorsque les conditions sont favorables à la chasse. Le régime alimentaire de ce prédateur opportuniste se compose principalement d’invertébrés terrestres : vers de terre (Lumbricidae), coléoptères, grillons, chenilles comme celle de l’Orgyie pudibonde (Calliteara pudibunda), et même le ver luisant (Lampyris noctiluca). Les diplopodes, ces mille-pattes au corps cylindrique, constituent également des proies fréquentes, l’espèce consommant notamment diverses espèces des genres Rhymogona, Helvetiosoma et Craspedosoma.

La liste des prédateurs du crapaud commun s’avère étonnamment longue malgré les sécrétions toxiques de sa peau. Parmi les mammifères figurent le blaireau (Meles meles), le renard roux (Vulpes vulpes), la martre des pins (Martes martes), la fouine (Martes foina), le putois (Mustela putorius) et la belette (Mustela nivalis). De nombreux oiseaux se nourrissent également de crapauds : corvidés tels que la pie bavarde (Pica pica), le corbeau freux (Corvus frugilegus) et le grand corbeau (Corvus corax), mais aussi la chouette hulotte (Strix aluco), la chouette effraie (Tyto alba), le héron cendré (Ardea cinerea) et la cigogne blanche (Ciconia ciconia). Plusieurs serpents, notamment la couleuvre à collier (Natrix natrix) et la couleuvre vipérine (Natrix maura), comptent parmi ses prédateurs réguliers. Certains prédateurs ont développé des techniques pour éviter le contact avec les glandes toxiques, retournant le crapaud pour le consommer par le ventre.

La reproduction intervient au printemps, généralement entre février et mai selon la latitude et les conditions météorologiques. Les mâles se rassemblent les premiers aux abords des points d’eau et émettent des coassements graves pour attirer les femelles. La migration nuptiale peut couvrir plusieurs kilomètres et s’accompagne d’une mortalité importante sur les routes. L’amplexus, étreinte caractéristique des amphibiens anoures durant laquelle le mâle agrippe la femelle, se déroule dans l’eau. La femelle pond ensuite de longs cordons gélatineux contenant plusieurs milliers d’œufs, enroulés autour de la végétation aquatique. Le développement larvaire s’étend sur deux à trois mois ; les têtards, de couleur noire, se métamorphosent en jeunes crapauds mesurant environ un centimètre avant de gagner la terre ferme.

Le crapaud commun est parasité par divers organismes, parmi lesquels le champignon chytride Batrachochytrium dendrobatidis, responsable de la chytridiomycose qui décime les populations d’amphibiens à l’échelle mondiale. Des parasites internes comme le nématode Rhabdias bufonis, l’acanthocéphale Acanthocephalus ranae et divers protozoaires (Opalina ranarum, Balantidium entozoon) ont également été documentés chez cette espèce.

Interactions avec l’homme

Le crapaud commun entretient avec l’homme des relations ambivalentes, oscillant entre utilité reconnue et superstitions tenaces. Dans les jardins et les exploitations agricoles, il se révèle un auxiliaire efficace en consommant quantité de limaces, d’escargots et d’insectes nuisibles aux cultures. Cette fonction régulatrice lui a valu une image positive auprès des jardiniers avertis, qui favorisent son installation en aménageant des abris et des points d’eau.

La culture populaire européenne a longtemps associé le crapaud à la sorcellerie et aux pratiques magiques. Son aspect peu avenant, sa peau verruqueuse et ses sécrétions âcres lui ont valu une réputation sulfureuse, alimentant des croyances selon lesquelles il portait malheur ou transmettait des maladies. Ces préjugés infondés ont contribué à sa persécution dans certaines régions. Inversement, d’autres traditions lui attribuaient des vertus médicinales, ses sécrétions cutanées ayant été utilisées dans diverses pharmacopées traditionnelles. La science moderne a effectivement identifié dans ces sécrétions des molécules bioactives, notamment des bufadiénolides aux propriétés cardiotoniques.

Statut de conservation

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le crapaud commun dans la catégorie « Préoccupation mineure » (Least Concern) à l’échelle mondiale, en raison de sa vaste aire de répartition et de ses effectifs encore importants. Toutefois, cette évaluation globale masque des situations locales préoccupantes. Dans plusieurs pays européens, les populations connaissent un déclin significatif, principalement imputable à la destruction et à la fragmentation des habitats, à l’intensification agricole, à l’assèchement des zones humides et à la mortalité routière durant les migrations printanières.

En France et dans d’autres États membres de l’Union européenne, le crapaud commun bénéficie d’une protection légale interdisant sa capture, sa destruction et le commerce des individus. Des mesures de conservation sont mises en œuvre localement, notamment l’installation de batrachoducs (passages souterrains) sous les routes empruntées par les amphibiens migrateurs, et l’organisation de campagnes de sauvetage par des bénévoles qui aident les crapauds à traverser les chaussées. La création et la restauration de mares constituent également des actions essentielles pour maintenir les populations.


André Roussainville


Résumé des caractéristiques

Nom scientifique : Bufo bufo (Linnaeus, 1758)

Famille : Bufonidae

Classe : Amphibia

Ordre : Anura

Statut UICN : Préoccupation mineure (Least Concern)

Répartition : Europe, Asie du Nord (de la Scandinavie à la Sibérie), Afrique du Nord (marginalement)

Habitat : Milieux terrestres (forêts, prairies, jardins) et dulcicoles pour la reproduction

Code génétique : 1 (standard) | Code génétique mitochondrial : 2

Identifiant NCBI : 8384 | GBIF : 5217160 | ITIS : 326296 | WoRMS : 1350162 | Wikidata : Q146375 | Catalogue of Life : 3DVB

Sources et données de référence

Ressource : Liste rouge IUCN (iucnredlist.org)

Ressource : Base taxonomique GBIF – Bufo bufo (gbif.org)

Ressource : NCBI Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : World Register of Marine Species (WoRMS) (marinespecies.org)

Ressource : Wikidata – Bufo bufo (wikidata.org)

Ressource : Catalogue of Life (catalogueoflife.org)

Ressource : Global Biotic Interactions (GloBI) (globalbioticinteractions.org)

Entités liées

crapaud, amphibien, anoure, Bufonidae, migration nuptiale, métamorphose, têtard, zone humide, chytridiomycose, biodiversité, faune européenne, protection des espèces


Entités nommées fréquentes : Bufo, Bufonidés, Europe, Bufonidae.


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