Actualités culturelles | Le 18 mars 2026, par Raphaël Deuff. Format : grande feuille (7 feuillets).
littérature & sciences humaines
Actualités culturelles | Le 18 mars 2026, par Raphaël Deuff. Format : grande feuille (7 feuillets).
Événement culturel sur la francophonie
Du 17 au 20 mars 2026, la 31e Semaine de la langue française et de la francophonie rassemble amoureux des mots et créateurs dans le monde entier. Entre résidences artistiques, concours scolaires et remises de prix, la « langue-monde » affirme une vitalité que trois décennies de célébrations n’ont pas épuisée.

Du 17 au 20 mars 2026, se tient en France et ailleurs dans le monde la 31e édition de la Semaine de la langue française et de la francophonie, manifestation annuelle polymorphe coordonnée par le ministère de la Culture autour du 20 mars, Journée internationale de la Francophonie. Née en 1995 d’une volonté de valoriser le français comme patrimoine vivant et partagé, cette semaine rappelle chaque année que la langue de Molière est parlée par plus de 300 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents ; elle constitue ainsi une véritable « langue-monde » dont la richesse tient autant à son enracinement historique qu’à la diversité des peuples qui la pratiquent et la transforment au quotidien.
Le cœur institutionnel de l’événement bat à la Cité internationale de la langue française, installée dans le château de Villers-Cotterêts — lieu symbolique s’il en est, puisque c’est là que fut signé en 1539 l’ordonnance qui imposa le français dans les actes officiels du royaume. Pour cette édition, la Cité accueille plusieurs artistes en résidence dont la présence illustre la dimension résolument plurielle de la francophonie. Le dramaturge tunisien Dhia Bousselmi y poursuit un travail de traduction en dialecte tunisien de cinq pièces de Molière — Le Tartuffe, L’Avare, Le Malade imaginaire, Le Misanthrope et Les Femmes savantes —, dialogue singulier entre le français classique et l’arabe dialectal du Maghreb. En parallèle, la poétesse algérienne Samira Negrouche et la musicienne Floy Krouchi proposent une performance évolutive mêlant lectures de textes et extraits électroacoustiques, pensée comme un laboratoire ouvert au public le 19 mars.
Les actions en direction de la jeunesse occupent une place centrale dans la programmation. Le projet « Écoute-moi lire », conduit en partenariat avec le Théâtre Nanterre-Amandiers, débouche le 17 mars sur la restitution croisée de deux classes de Villers-Cotterêts et de deux classes de Nanterre, qui ont travaillé collectivement sur des textes lus à voix haute. Les lauréats du concours scolaire « Dis-moi dix mots » sont reçus à la Cité le 19 mars pour une visite guidée thématique, tandis que le 20 mars est réservé à la remise du prix « Dis-moi dix mots pour créer du lien », destiné aux jeunes en exil, en présence de représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. La semaine s’étend bien au-delà des frontières hexagonales : à Kinshasa, une semaine dédiée aux littératures africaines s’organise du 18 au 24 mars, couronnée par la remise du prix « Voix d’Afriques » le 20 mars, prix littéraire coinitiée par les éditions Lattès, RFI et la Cité internationale des arts, présidé par l’écrivain Mohamed Mbougar Sarr.
Parmi les dispositifs emblématiques de la Semaine figure l’opération « Dis-moi dix mots », qui propose chaque année aux élèves du primaire et du secondaire, mais aussi à divers acteurs du champ éducatif et social, de s’emparer d’une liste de termes pour les explorer sous des formes pédagogiques et artistiques variées. L’édition 2025-2026, intitulée « un monde à avenir », a été élaborée par le réseau OPALE, réunissant des partenaires de France, de Belgique, du Québec, de Suisse et des pays du Sud. Les dix mots retenus — alunir, anticipation, continuum, dystopique, humanoïde, particule, programmer, sidéral, théorie, transmuter — forment un lexique résolument tourné vers l’imaginaire du futur : intelligence artificielle, crises écologiques, exploration spatiale et humanité à venir constituent autant de fils conducteurs pour des productions allant du récit d’anticipation à la poésie. Ce vocabulaire de la prospective invite les participants à forger ou s’approprier des mots qui diront le monde de demain, conférant une dimension néologique à l’événement.
La dimension parlementaire de la semaine ne doit pas être négligée : la remise annuelle du Rapport sur la langue française à l’Assemblée nationale et au Sénat constitue un acte institutionnel prévu par la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française — dite « loi Toubon » —, dont l’application est ainsi portée à la connaissance des élus et du grand public. Ce document coordonne la politique linguistique nationale et dresse un état des lieux de la place du français dans les différents secteurs de la vie publique, économique et numérique.
L’édition 2026 confirme l’ancrage mondial de la Semaine. En Suisse, les manifestations s’étendent du 12 mars au 31 mars, coordonnées par la Conférence intercantonale d’instruction publique et de culture de Suisse romande et du Tessin, avec pour fil rouge la mise à l’honneur des femmes en francophonie — thématique reprise à Madagascar, où l’université de Toliara organise du 18 au 20 mars une édition académique et culturelle centrée sur « Femmes en Francophonie : savoirs, paroles et actions ». En Allemagne, l’Institut français et ses antennes déploient un programme varié dans une dizaine de villes, des lectures à Dresde aux projections cinématographiques à Hambourg, jusqu’à la « Petite Fête des Francophonies » de Berlin le 28 mars.
Dans les médias, Radio France mobilise l’ensemble de ses antennes — France Inter, France Culture, France Musique, Fip, Mouv’, ICI et franceinfo — pour des émissions et reportages consacrés à la francophonie. Le 18 mars, La Grande Librairie réunit des écrivains et écrivaines qui font du français leur territoire littéraire, parmi lesquels Leïla Slimani, Alain Finkielkraut, la traductrice Josée Kamoun et le romancier turc Ahmet Altan, dont l’assignation à résidence venait d’être levée au moment de l’émission. Côté édition, deux ouvrages paraissent à l’occasion de la semaine : La Langue française dans le monde 2023-2026, bilan statistique et analytique publié par l’Organisation internationale de la francophonie chez Gallimard, et Les 101 mots de la francophonie, coédité par TV5MONDE et Archibooks, dans lequel 101 personnalités témoignent de ce que signifie aujourd’hui penser et rêver en français.
Créée trois décennies après la loi Toubon et à l’heure où la place du français face à l’anglais dans les sphères scientifique et numérique continue de susciter des débats, la Semaine de la langue française et de la francophonie s’impose comme un espace de célébration autant que de réflexion critique : elle rappelle que la vitalité d’une langue se mesure moins à ses décrets de protection qu’à la créativité de ceux qui la parlent, l’écrivent, la traduisent et la chantent aux quatre coins du monde.
Raphaël Deuff
Ressource : Une semaine pour fêter la force de la langue française (culture.gouv.fr)
Ressource : La Cité fête la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2026 (cite-langue-francaise.fr)
Ressource : 20 mars 2026 - Journée internationale de la Francophonie (20mars.francophonie.org)
Francophonie, langue française, loi Toubon, Journée internationale de la Francophonie, Cité internationale de la langue française, Villers-Cotterêts, politique linguistique, Dis-moi dix mots, néologie, Organisation internationale de la francophonie
Entités nommées fréquentes : Villers-Cotterêts, Cité, Dis-moi, Semaine, Suisse, Francophonie, Toubon, Journée.



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