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Nature et biologie | Le 8 mai 2026, par André Roussainville. Format : article (4 feuillets).


Hantavirus des Andes

Virus sud-américain de la famille des Hantaviridae

Identifié chez des rongeurs d’Amérique du Sud, l’Orthohantavirus andesense est l’un des rares hantavirus capables de provoquer un syndrome pulmonaire grave chez l’être humain. Son réservoir naturel, constitué de plusieurs espèces du genre Oligoryzomys, en fait un agent zoonotique redoutable dont l’étude éclaire les mécanismes de transmission des Hantaviridae.

Virus-Enveloppes / Israfil Dough
Virus-Enveloppes / Israfil Dough © Sambuc éditeur, 2026

Classification et taxonomie

Orthohantavirus andesense, ou virus des Andes, est un virus à acide ribonucléique (ARN) simple brin de polarité négative (phylum Negarnaviricota), appartenant au groupe V de la classification de Baltimore. Sa position taxonomique le place dans le domaine des Riboviria, qui rassemble l’ensemble des virus à ARN et des rétrovirus, et dans le règne des Orthornavirae. Parmi les Ellioviricetes (ou Bunyaviricetes selon les nomenclatures), il est un représentant de la famille des Hantaviridae (sous-famille Mammantavirinae). Orthohantavirus andesense est le taxon actuellement accepté par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV) ; l’épithète spécifique « andesense » renvoie à la cordillère des Andes, aire géographique de la première identification du virus. Les synonymes les plus courants sont les taxons Andes hantavirus, Andes orthohantavirus et Andes virus.

Le genre Orthohantavirus et la famille des Hantaviridae

La famille des Hantaviridae réunit sept genres dont la richesse spécifique varie considérablement : Orthohantavirus domine avec 76 espèces répertoriées, suivi par Mobatvirus (10 espèces), Actinovirus (8 espèces), Loanvirus et Thottimvirus (4 espèces chacun), puis Agnathovirus et Reptillovirus (2 espèces chacun). L’histoire de ce genre remonte à la guerre de Corée, au cours de laquelle fut identifié pour la première fois un virus de cette lignée ; l’espèce-type, le virus Hantaan (Orthohantavirus hantanense), du nom de la rivière Hantan en Corée, a donné son nom à l’ensemble du groupe. Dans le vocabulaire contrôlé MeSH (Medical Subject Headings), le terme Orthohantavirus est en vigueur depuis 2023 : il a remplacé le terme Hantavirus, utilisé de 1992 à 2022, lui-même issu de dénominations plus anciennes remontant aux années 1960.

Les 76 espèces du genre illustrent une diversité biologique remarquable. On y trouve, outre Orthohantavirus andesense, des virus présents sur tous les continents, parmi lesquels le virus de Séoul (Orthohantavirus seoulense), le virus Puumala (Orthohantavirus puumalaense), le virus Sin Nombre (Orthohantavirus sinnombreense) ou encore le virus Dobrava-Belgrade (Orthohantavirus dobravaense), chacun associé à des réservoirs animaux et des tableaux cliniques distincts.

Hôtes naturels et transmission

Le réservoir principal d’Orthohantavirus andesense est constitué de rongeurs sud-américains du genre Oligoryzomys. L’hôte naturel le mieux documenté est le rat pygmée à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), auquel s’ajoutent le rat pygmée jaune (Oligoryzomys flavescens), le rat pygmée du Chaco (Oligoryzomys chacoensis) et d’autres représentants du même genre. D’autres rongeurs interviennent également comme hôtes : la souris à grandes oreilles du sud (Loxodontomys micropus), la souris des herbes à longs poils (Abrothrix longipilis) et plusieurs espèces des genres Akodon, Necromys, Calomys et Nectomys. Le rat noir (Rattus rattus) et le rat brun (Rattus norvegicus) figurent parmi les hôtes occasionnels.

La transmission à l’être humain (Homo sapiens) s’effectue par voie zoonotique, principalement par inhalation de particules virales présentes dans l’urine, la salive ou les déjections des rongeurs infectés. Une interaction moléculaire entre les hantavirus et l’intégrine bêta-3, une glycoprotéine membranaire, a été mise en évidence et pourrait jouer un rôle dans le mécanisme d’entrée du virus dans les cellules humaines.

Relations parasitaires et complexe viral apparenté

Au-delà de ses hôtes rongeurs, Orthohantavirus andesense entretient des relations parasitaires avec plusieurs espèces de chiroptères d’Amérique du Sud, notamment Carollia perspicillata, Artibeus lituratus, Desmodus rotundus (le vampire commun) et Phyllostomus hastatus. Le spectre pathogénique étendu du virus touche un grand nombre de mammifères, incluant au moins une trentaine d’espèces de rongeurs appartenant à des genres variés tels que Abrothrix, Phyllotis, Graomys, Oxymycterus ou encore Thaptomys.

Plusieurs virus apparentés partagent des hôtes semblables et forment un complexe viral cohérent. Le virus Araraquara présente des relations parasitaires avec les mêmes chiroptères et rongeurs ; le virus Lechiguanas utilise Oligoryzomys flavescens comme hôte et peut infecter l’être humain ; le virus Oran cible Oligoryzomys longicaudatus et Homo sapiens. D’autres souches proches, telles que Castelo dos Sonhos et Jabora, élargissent encore la diversité de ce groupe, révélant un réseau écologique complexe entre les hantavirus sud-américains et leurs mammifères réservoirs.

Pathogénicité humaine

Chez l’être humain, Orthohantavirus andesense est l’agent causal du syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), parfois désigné par son acronyme anglais HPS (hantavirus pulmonary syndrome). Cette maladie se manifeste initialement par une fièvre élevée, des douleurs musculaires (myalgies), des céphalées, une toux sèche, des vomissements et des frissons. L’évolution peut se faire vers un tableau respiratoire sévère, caractérisé par des infiltrats pulmonaires interstitiels bilatéraux, un œdème pulmonaire et une hypoxie marquée. Dans les formes les plus graves, l’issue peut être fatale en raison d’un choc cardiogénique ou de complications cardiovasculaires. Le virus est également associé à la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), bien que ce tableau clinique soit plus rarement décrit pour cette espèce virale.


André Roussainville


Sources de référence

Ressource : Ecology of Neglected Rodent-Borne American Orthohantaviruses (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : The Andes Orthohantavirus NSs Protein Antagonizes the Type I Interferon Response by Inhibiting MAVS Signaling (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : Taxon Details - Taxon History | ICTV (ictv.global)

Ressource : Andes orthohantavirus - Global biotic interactions (GloBi) (globalbioticinteractions.org)

Ressource : Taxonomy - Andes orthohantavirus (species) (uniprot.org)

Ressource : Orthohantavirus andesense - Taxonomy Browser (ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : About: Orthohantavirus - MeSH RDF Explorer - Medical Subject Headings (id.nlm.nih.gov)

Ressource : Orthohantavirus andesense - Disease Pathogens - PathoPhenoDB Search (patho.phenomebrowser.net)

Ressource : hantavirus pulmonary syndrome - Disease Ontology - Institute for Genome Sciences @ University of Maryland (purl.obolibrary.org)

Entités liées

Hantaviridae, Orthohantavirus, hantavirus, syndrome pulmonaire à hantavirus, zoonose, Oligoryzomys, Negarnaviricota, Bunyavirales, virus à ARN, rongeurs


Entités nommées fréquentes : Andes, Hantaviridae, Orthohantavirus, Oligoryzomys, ARN.


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