Actualités culturelles . Le 28 janvier 2024. Format : article (5 feuillets).
Le boom de l’IA commence à rebattre les cartes dans les semi-conducteurs
Les Échos
L’industrie mondiale des semi-conducteurs donne des signes de vigueur, après une année marquée par une demande atone et des pressions géopolitiques. Mais les moins préparés à prendre la vague de l’IA, tels qu’Intel ou Texas Instruments, peinent à redémarrer.
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vendredi 26 janvier 2024 1074 mots
Le boom de l’IA commence à rebattre les cartes dans les semi-conducteurs
LEILA MARCHAND
L’essor de l’intelligence artificielle secoue l’industrie des puces et pourrait contribuer à rebattre les cartes entre les différents acteurs. La première salve des résultats annuels publiés ces derniers jours prouve déjà que le marché tend à se diviser en deux camps, un écart commençant à se creuser entre ceux qui ont pris la vague de l’IA et les autres.
Le fabricant de puces taïwanais TSMC prévoit ainsi un retour à une forte croissance cette année, avec des revenus qui pourraient bondir de 25 %, après plus d’un an de déprime post-Covid sur ce marché connu pour être cyclique.
Premier fabriquant mondial de « galettes » pour l’industrie et principal fournisseur d’Apple et Nvidia, le mastodonte a clairement déclaré qu’il s’attendait à ce que cette croissance « soit soutenue par la forte demande pour l’intelligence artificielle ». « Nous sommes un acteur clé pour les applications d’IA. Jusqu’à présent, aujourd’hui, tout ce que vous avez vu dans l’IA vient de TSMC », a affirmé le PDG, CC Wei, le 18 janvier.
Pour répondre à cette forte demande, en particulier pour les puces les plus avancées, le dirigeant a d’ailleurs rencontré cette semaine son homologue américain Jensen Huang, le PDG de Nvidia, qui fournit l’essentiel des processeurs graphiques (GPU) utilisés pour faire tourner les IA génératives telles que ChatGPT.
« Cette année va être énorme », selon Nvidia
Mais cette année, Nvidia, qui communiquera ses résultats le 21 février, pourrait commencer à se retrouver en partie dans l’ombre de son rival AMD. Celui-ci n’a pas encore présenté ses résultats mais les analystes s’attendent à ce que le fabricant - qui a dévoilé des puces nouvelle génération censées rattraper celles de son concurrent - voit ses bénéfices annuels bondir. Son action a d’ailleurs atteint un record à 184 dollars, après avoir gagné près de 140 % au cours des douze derniers mois, portant sa capitalisation à son plus haut historique à presque 300 milliards de dollars.
Pas de quoi impressionner Jensen Huang. « Cette année va être énorme », a déclaré le fondateur de Nvidia, dont la société a crevé le plafond l’année dernière en passant la barre des 1.000 milliards de valorisation. Mais sa discrète visite en Asie intervient au moment où une crainte particulière étreint le secteur : l’escalade des sanctions américaines, destinées à freiner le flux de composants électroniques les plus sophistiqués vers la Chine.
Déception sur les marchés industriel et automobile
En Europe, le pilier des équipements de puces ASML a d’ailleurs bénéficié de la forte demande chinoise l’année dernière, alors que les fabricants de puces locaux se sont précipités pour acquérir des machines de lithographie avant la mise en place du tour de vis réglementaire.
Mais pas seulement. Le succès du groupe néerlandais, qui a vu ses commandes plus que tripler au dernier trimestre par rapport au trimestre précédent, « réside dans le secteur de la mémoire à large bande passante, et tout cela est piloté par l’IA », d’après Stéphane Houri, analyste chez Oddo BHF. Pour ne rien gâcher, les GPU de Nvidia sont également fabriqués à l’aide des machines d’ASML, qui met normalement douze à dix-huit mois pour livrer une commande de son système phare de lithographie à ultraviolets extrêmes (EUV).
Toutefois, le groupe a aussi fait face à un ralentissement des commandes de certains de ses plus gros clients comme TSMC en 2023, et s’attend désormais à des ventes stables en 2024, qu’il a qualifié d’« année de transition », avant une « croissance significative » en 2025.
C’est ce constat de transition qu’a aussi dressé STMicroelectronics lors de ses résultats annuels. Concentré en majorité sur le segment industriel et sur celui de l’automobile, dont la croissance n’est pas aussi dynamique, voire en berne en raison d’une correction des stocks, le groupe franco-italien ne profite pas à plein de l’engouement pour l’IA. Même constat de l’autre côté de l’Atlantique chez son concurrent Texas Instruments, présent sur les mêmes spécialités, qui anticipe un chiffre d’affaires et un bénéfice au premier trimestre inférieurs aux estimations. STMicroelectronics pourrait toutefois profiter d’une seconde vague de l’IA qui verra des fonctions logicielles être à terme intégrées directement sur des capteurs qu’il commercialisera.
Espoir de reprise en 2024 pour Intel
La déception est plus nette chez Intel. L’ancienne gloire américaine des semi-conducteurs a dit s’attendre à des revenus de 12,2 à 13,2 milliards de dollars au prochain trimestre, en deçà des estimations de Wall Street, ce qui a fait chuter le titre de plus de 10 % à l’ouverture de la Bourse vendredi, bien que le groupe prévoie que le reste de 2024 s’améliore trimestre après trimestre.
Très dépendant des fabricants de PC, qui sortent à peine d’une période de surabondance de stocks, le groupe de Santa Clara s’est lancé dans une ambitieuse réorganisation depuis 2021 sous l’impulsion de Pat Gelsinger avec l’objectif de devenir un important fondeur - c’est-à-dire de fabriquer des puces pour d’autres en investissant dans un réseau d’usines à travers le monde. Mais le chemin reste long.
La vague de l’IA viendra-t-elle aussi porter Intel ? Dans les centres de données, où elle fait face à une concurrence accrue, le groupe américain estime que la demande pour l’IA alimentera aussi la demande pour ses processeurs classiques pour serveurs. Et ce n’est pas tout : l’entreprise compte aussi progresser dans les accélérateurs d’IA, après avoir dévoilé fin décembre ses propres puces dernière génération. « Bien qu’elle reste loin derrière Nvidia, elle est en train de combler l’écart. Intel est sous-estimé dans le domaine de l’IA », analyse Glenn O’Donnell, de chez Forrester.
La société peut espérer voir un créneau prospérer : les puces IA pour PC, conçues afin de mieux gérer les applications alimentées par l’intelligence artificielle. « Elles devraient se développer lentement cette année puis décoller en 2025 », selon Forrester, ce qui « sera très profitable à Intel ».
Leïla Marchand
Encadré(s) :
Après une année difficile, Nokia parie sur un rebond en 2024 https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/apres-une-annee-difficile-nokia-parie-sur-un-rebond-en-2024-2071449
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