Économie et industries. Le 7 août 2026. Format : petite feuille (2 feuillets).
Économie et industries
Feu vert inédit pour une mégaferme à saumons dans l’estuaire de la Gironde
Aquaculture industrielle et tensions environnementales
Sur les rives du plus vaste estuaire d’Europe, une usine géante s’apprête à élever des milliers de tonnes de saumon en circuit fermé. Financement singapourien, emplois promis, colère des écologistes et gouvernement divisé : ce feu vert inédit ouvre une controverse qui dépasse largement la Gironde.
Le 4 août 2026, la préfecture de la Gironde a autorisé la construction d’une salmoniculture industrielle en circuit fermé au débouché de l’estuaire, un projet d’une ampleur inédite en France qui suscite la colère des défenseurs de l’environnement, inquiets pour l’équilibre du plus vaste estuaire d’Europe.
Porté par la société Pure Salmon, adossée à un fonds d’investissement singapourien, ce chantier de 280 millions d’euros doit occuper 14 hectares et viser 10 000 tonnes de saumon par an, ce qui en ferait la plus vaste installation de ce type au sein de l’Union européenne. La préfecture met en avant 250 emplois directs et la relocalisation partielle d’un poisson plébiscité par les Français, mais importé à 99 % de nos jours.
Ce feu vert intervient dans un climat contesté : une proposition de loi soutenue par une centaine de députés, déposée dès mars 2025 mais jamais examinée, réclame un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines. Réunies au sein d’un Appel pour l’océan, vingt-sept organisations dénoncent un projet « démesuré », susceptible de menacer, par ses rejets de boues, la pêche traditionnelle et la conchyliculture, ainsi que l’équilibre halieutique de l’estuaire.
La société affirme disposer d’une technologie éprouvée garantissant une incidence maîtrisée sur la biodiversité, et place le bien-être animal au cœur de sa démarche, avec un approvisionnement répondant à des normes strictes de traçabilité.
Le dossier a divisé jusqu’au sein du gouvernement : la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait exprimé son opposition personnelle au Sénat en avril, quand son collègue de l’Industrie, Sébastien Martin, jugeait qu’aucune raison ne justifiait d’empêcher le projet.
D’autres tentatives ont connu des sorts contrastés : à Boulogne-sur-Mer, un projet suisse porté par Local Ocean est autorisé depuis 2024 mais bloqué par des recours, tandis que le norvégien Smart Salmon a renoncé à s’implanter près de Guingamp face à la fronde locale. L’aquaculture marine française demeure marginale, avec seulement 5807 tonnes produites en 2024 toutes espèces confondues : certaines fermes norvégiennes atteignent à elles seules 12 000 tonnes annuelles.
- Publié par Sambuc éditeur.