Jeunesse et éducation. Le 26 septembre 2025. Format : article (4 feuillets).
Jeunesse et éducation
L’obésité dépasse la sous-nutrition chez les enfants et adolescents dans le monde
Santé publique mondiale et obésité
L’obésité infantile devient la première forme de malnutrition mondiale chez les 5-19 ans, dépassant la sous-nutrition. Cette évolution préoccupante résulte principalement de l’expansion de l’industrie alimentaire ultra-transformée, qui gagne aujourd’hui les pays en développement, et de ses stratégies marketing ciblant les jeunes. L’Unicef appelle, dans un communiqué, à des mesures gouvernementales contraignantes pour inverser cette tendance alarmante.
Pour la première fois à l’échelle de la planète, l’obésité touche davantage d’enfants et d’adolescents que la sous-nutrition. Selon l’Unicef, 9,4 % des jeunes de 5 à 19 ans souffrent désormais d’obésité contre 9,2 % de sous-alimentation, soit 188 millions d’enfants concernés par cette maladie chronique. Ce sont les principaux bilans d’un rapport de l’agence de l’ONU pour l’enfance, publié le 10 septembre dernier et intitulé Alimenter les profits : comment les environnements alimentaires compromettent l’avenir des enfants. Ses conclusions s’appuient sur des données provenant de plus de 190 pays.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique paradoxale : tandis que la lutte contre la faim porte ses fruits avec une baisse de l’insuffisance pondérale de 13 % à 10 % entre 2000 et 2022, l’obésité explose littéralement. Le nombre d’enfants et adolescents en surpoids a doublé sur cette période, passant de 194 à 391 millions. L’obésité, forme plus grave du surpoids, a elle-même triplé, concernant 8 % des 5-19 ans en 2022 contre seulement 3 % en 2000.
Un phénomène qui gagne les pays en développement
L’agence onusienne désigne un coupable principal : l’industrie des aliments ultra-transformés et ses pratiques commerciales qu’elle qualifie de contraires à l’éthique. Les enfants subissent un bombardement publicitaire constant pour des produits néfastes, y compris dans l’enceinte scolaire où boissons ultra-sucrées et encas transformés pauvres en nutriments (« malbouffe ») sont omniprésents. Ces produits industriels présentent l’avantage économique d’être souvent moins coûteux que les aliments frais, fruits, légumes ou protéines qu’ils remplacent progressivement dans l’alimentation familiale.
Catherine Russell, directrice de l’Unicef, insiste sur la responsabilité collective : il ne s’agit pas d’une défaillance des enfants ni de leurs familles, mais bien d’un échec sociétal. L’organisation rejette également le mythe selon lequel l’activité physique suffirait à compenser les méfaits de la « malbouffe », estimant qu’il est impossible d’échapper aux conséquences sanitaires par le seul sport.
Géographiquement, le phénomène évolue. Historiquement concentrée dans les pays développés où elle reste élevée – 27 % au Chili, 21 % aux États-Unis – l’obésité infantile gagne désormais les États en développement. Les îles du Pacifique affichent des taux record avec 38 % à Nioué, 37 % aux îles Cook et 33 % à Nauru, où les importations alimentaires industrielles remplacent les produits traditionnels.
Particulièrement préoccupante, la situation de certaines zones en crise humanitaire révèle une double peine : coexistence de sous-nutrition et d’obésité. Des entreprises agroalimentaires y distribuent massivement de la malbouffe dans un objectif d’amélioration d’image, créant des situations où des enfants affamés n’ont accès qu’à des aliments délétères pour leur santé.
Face à cette urgence sanitaire, l’Unicef préconise des mesures gouvernementales contraignantes : restrictions publicitaires, taxation des boissons sucrées et aliments néfastes, amélioration de l’étiquetage nutritionnel et réorientation du système agroalimentaire vers la production d’aliments frais. L’objectif : permettre aux familles d’accéder plus facilement à une alimentation nutritive et saine.
La sensibilisation des parents « inefficace »
Dans le même temps, une vaste étude internationale publiée le 11 septembre 2025 dans la revue médicale The Lancet remet en question l’approche la plus courante en matière de prévention de l’obésité infantile. Dirigée par la chercheuse allemande Anna Lene Seider, cette méta-analyse démontre que les programmes de sensibilisation destinés aux jeunes parents n’ont aucun impact mesurable sur le risque d’obésité de leurs enfants.
L’étude, qualifiée d’« étonnante et décourageante » par ses auteurs, compile les résultats de 17 programmes de prévention menés dans huit pays développés : Australie, États-Unis, Italie, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède. Ces initiatives, pourtant variées dans leur approche – sessions de formation extérieures ou visites à domicile, accent mis sur l’alimentation ou l’activité physique, sensibilisation aux risques des écrans – n’ont montré aucune efficacité significative.
Remise en question l’approche individuelle
À l’âge de deux ans, l’indice de masse corporelle des enfants dont les parents ont bénéficié de ces programmes de sensibilisation reste identique à celui des enfants témoins. L’échec de ces programmes, fruit de réflexions approfondies de spécialistes de santé publique, souligne selon les chercheurs les limites d’une approche uniquement centrée sur les comportements individuels. Ils plaident désormais pour des politiques publiques d’envergure, incluant l’amélioration de l’accès à une alimentation saine, l’augmentation des espaces verts dans les villes, et la régulation de la publicité pour les aliments néfastes à la santé.
Les auteurs de l’étude reconnaissent néanmoins la nécessité de poursuivre les recherches sur des enfants plus âgés afin d’obtenir un recul plus important, les mesures effectuées sur des bébés de deux ans pouvant s’avérer prématurées pour tirer des conclusions définitives sur l’efficacité à long terme de ces interventions préventives.
- Publié par Sambuc éditeur.