Sambuc éditeur

littérature & sciences humaines

Actualités Dernières parutions Littérature Arts Encyclopédie Quiz Librairies francophones La maison Contact

Littérature · « Journal culturel ». Le 3 septembre 2026. Format : article (5 feuillets).


Littérature · « Journal culturel »

Quatre siècles d’histoire culturelle en une journée : les anniversaires du jour (3 septembre)

Éphéméride culturelle

Un recteur saxon du xviie siècle, un roi du vaudeville, un cabaretier russe exilé à Manhattan, une archéologue otage au Tchad : ce 3 septembre superpose, par le hasard du calendrier, les anniversaires de mort de neuf personnalités que quatre siècles séparent, sans rien de commun sinon la date. Avec, en prime, grâce aux caprices de l’homonymie, la découverte d’un précurseur de l’ethnographie au xvie siècle.

Journal culturel / Israfil
Journal culturel / Israfil

Ce jeudi 3 septembre réunit, sur un même quantième du calendrier, les anniversaires de mort de neuf personnalités qu’a priori rien ne rapproche : un recteur d’école saxon du xviie siècle, un pionnier italien de l’instruction populaire, un musicologue allemand, un naturaliste irlando-canadien, le roi français du vaudeville, un fondateur de cabaret russe exilé à New York, le père de la littérature monégasque, un épigraphiste chinois emporté par la Révolution culturelle et une archéologue française devenue malgré elle une figure de l’actualité des années 1970. Cette concomitance calendaire, qui n’a rien d’extraordinaire en soi, offre néanmoins, le temps d’une journée, un raccourci vertigineux à travers quatre siècles d’histoire culturelle : du vingtième anniversaire, jour pour jour, de la mort de l’archéologue Françoise Claustre, au centenaire de celle du dramaturge Maurice Hennequin.

Une spécialiste de l’archéologie du Tchad otage des rebelles

C’est en effet exactement vingt ans avant ce jeudi que l’archéologue française Françoise Claustre s’éteignait à Montauriol, dans les Pyrénées-Orientales, le 3 septembre 2006. Ethnologue et archéologue spécialiste du Tchad, où elle avait notamment fouillé le gisement sao de Mdaga, elle demeure indissociable de l’un des grands feuilletons diplomatiques des années 1970 : enlevée au printemps 1974 dans le Tibesti par des rebelles tchadiens menés par Hissène Habré, elle fut retenue en otage plus de mille jours, une captivité qui fit d’elle, malgré elle, l’une des figures les plus suivies de la presse française de l’époque. Rendue à l’anonymat qu’elle appelait de ses vœux, elle reprit ensuite son métier de chercheuse dans le sud de la France, au musée d’archéologie de Céret, aujourd’hui rebaptisé en son hommage « maison du patrimoine Françoise-Claustre ».

Le vaudeville de père en fils

Un siècle exactement sépare ce jeudi de la mort, à Montreux, du grand dramaturge Maurice Hennequin, le 3 septembre 1926. Né à Liège en 1863 dans une famille où le théâtre se transmettait de père en fils — son propre père, Alfred Hennequin, avait donné son nom à la « hennequinade », un genre de vaudeville à l’intrigue complexe et rigoureusement charpentée —, il monte en scène dès l’âge de dix-neuf ans et signe, en quarante-cinq années de carrière, près d’une centaine de pièces, souvent en collaboration : c’est ainsi avec Georges Feydeau qu’il coécrit Le Système Ribadier, et l’un de ses personnages est même cité par Feydeau dans La Puce à l’oreille. Naturalisé français, il demeure l’une des signatures les plus jouées du théâtre de boulevard de la Belle Époque.

Ossements et poèmes

Soixante ans avant ce jeudi, le 3 septembre 1966, disparaissait à Pékin, à l’âge de cinquante-cinq ans, le poète et archéologue Chen Mengjia, spécialiste incontesté des inscriptions sur bronzes et des os oraculaires de la Chine antique et professeur à l’université Tsinghua. Étiqueté « droitier » dès 1957 pour s’être publiquement opposé à la simplification hâtive des caractères chinois, il redevient la cible de violentes persécutions dès les débuts de la Révolution culturelle et se donne la mort. Ses travaux sur l’**épigraphie shang** restent aujourd’hui une référence pour l’archéologie chinoise, tandis que sa disparition demeure l’un des symboles du sort réservé aux intellectuels durant cette période.

De Moscou à Broadway

Le 3 septembre 1936, s’éteignait à Manhattan, à l’hôpital de Park West sur la 76e rue, le Russo-arménien Nikita Baliev, fondateur et maître de cérémonie de La Chauve-Souris — cabaret né dans un sous-sol moscovite en 1908, devenu revue itinérante, dont le nom lui viendrait d’une de ces petites bêtes volantes, qui avait trouvé refuge dans le chapeau de son créateur. Figure de proue du cabaret russe en exil, Baliev gagne Paris puis Londres après la révolution de 1917, avant d’entreprendre, à partir de 1922, six tournées américaines et plusieurs passages à Broadway qui contribuent à populariser en Occident tout un pan du répertoire populaire russe.

Notes de musique et calmars géants

Il y a cent vingt-cinq ans, le 3 septembre 1901, la même date réunit dans la mort deux savants que tout, hormis le calendrier, sépare. À Bergedorf, près de Hambourg, s’éteint le musicologue Friedrich Chrysander, l’un des fondateurs de sa discipline : son entreprise la plus considérable, l’édition intégrale des œuvres de Haendel entamée en 1858 et financée en grande partie sur ses propres deniers, s’achève en 1894 après quatre-vingt-quinze volumes ; on lui doit également la redécouverte de la partition autographe de la Messe en si mineur de Bach. À plus de cinq mille kilomètres de là, à St. John’s, à Terre-Neuve, le pasteur, essayiste et naturaliste d’origine irlandaise Moses Harvey est retrouvé mort dans son jardin, dans des circonstances restées incertaines : auteur de centaines d’articles sous le pseudonyme Delta, il doit sa réputation scientifique à ses observations sur le calmar géant, qui contribuèrent à établir, auprès des zoologistes britanniques et américains, l’existence de l’Architeuthis, dont l’espèce Architeuthis harveyi lui fut dédiée.

Un ingénieur pionnier de l’ethnolinguistique monégasque

L’ingénieur Louis Notari, longtemps directeur des Travaux publics de de Monaco et responsable, notamment, de l’aménagement du Jardin exotique, s’éteignait dans sa ville natale le 3 septembre 1961, il y a soixante-cinq ans. Né en 1879 dans la principauté, on lui doit surtout d’avoir donné une forme littéraire à la langue monégasque, restée jusqu’alors purement orale : conscient de sa fragilité, il publie en 1927 La Légende de sainte Dévote, considérée comme le tout premier ouvrage de littérature monégasque, avant de codifier lui-même l’orthographe de la langue et d’écrire les paroles de l’hymne national, jusque-là chanté en français.

L’alphabétisation des classes populaires pour unir l’Italie

Il y a cent trente ans ce jeudi, le 3 septembre 1896, mourait à Quarto, près de Florence, le juriste italien Pietro Dazzi, né en 1837. Diplômé de l’université de Pise, il consacre une partie de sa vie à l’alphabétisation des classes populaires et fonde, en 1866, des écoles gratuites du dimanche destinées aux ouvriers florentins ; éditeur de correspondances et de textes anciens, auteur de manuels scolaires, il incarne cette génération de lettrés du Risorgimento tardif pour qui l’unité politique de l’Italie appelait une entreprise parallèle d’unification culturelle et éducative.

Deux humanistes pour le prix d’un

Enfin, le plus ancien de ces anniversaires remonte à trois cent cinquante ans : le 3 septembre 1676 s’éteignait à Dresde Johannes Bohemus, recteur d’école pendant près de quarante ans et poète couronné (poeta laureatus), originaire de Dittmannsdorf, près de Freiberg. Marié cinquante ans à la même épouse, ce polyglotte maniait, outre le latin et le grec, le syriaque, le chaldéen et l’arabe. Son nom ne doit pas être confondu avec celui d’un tout autre humaniste allemand et précurseur dans les sciences de l’homme, Johann Boemus, chanoine d’Ulm, auteur en 1520 des Omnium Gentium Mores, Leges et Ritus, l’un des tout premiers ouvrages d’ethnographie comparée d’Europe : les deux hommes, nés à près d’un siècle d’écart, ne partagent en réalité que la latinisation de leur patronyme - une heureuse confusion à laquelle l’auteur de ces lignes, au fil de ses recherches, a dû la découverte de cette oeuvre curieuse sur les moeurs des peuples européens.

Cet article appartient à la série Journal culturel.

Publié par Sambuc éditeur.


Littérature · « Journal culturel ». Le 3 septembre 2026. Format : article (5 feuillets).

Cet article appartient à la catégorie Littérature.

Il fait partie de la série « Journal culturel ».



Inscrivez-vous à la newsletter Sambuc !


Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement et des cookies de mesure d’audience. Pour plus d’informations, cliquez ici.

En poursuivant votre navigation, vous consentez à l’utilisation de cookies.

Fermer