Littérature. Le 23 décembre 2021. Format : grande feuille (6 feuillets).
Littérature
Univers du clown
Cirque, mime et bouffons
Spectacle de cirque. – Complexe mobile composé d’une série d’équipements démontables dans lequel se produisent des acrobates, des clowns, des animaux dressés, des bêtes sauvages, etc.
Apparu en Angleterre à la fin du xviiie siècle sous l’impulsion de Philip Astley (1742–1814), ancien écuyer, qui fonde l’Astley’s Royal Amphitheatre à Londres, le cirque est d’abord un lieu de jeux d’audace et d’adresse, alternant avec de courts intermèdes comiques ; dans la première moitié du xixe siècle, cet espace de spectacle accueille des pantomimes et des reconstitutions de grandes batailles, avant de prendre peu à peu son aspect actuel. Le succès du cirque est dû au nomadisme des petites et grandes troupes (Barnum aux États-Unis, Krone en Allemagne, Knie en Suisse, Scott en Scandinavie, Spessardy-Pinder en France, Clipperfield en Angleterre, Togni et Orfei en Italie), aux structures colossales des cirques permanents dans les capitales européennes (Médrano à Paris, Price à Madrid, Schumann à Copenhague, le cirque de Moscou), à l’héritage de professionnalisme accumulé dans certaines familles (cavaliers Cooke, Price, Blumenfeld, acrobates Chiarini, Zavatta et Travaglia) et à l’habileté d’artistes individuels (comme les clowns J.-B. Auriol, J. Grimaldi, T. Kemp et A. Wettach, alias Grock). Au xxe siècle, surtout après la Première Guerre mondiale, le divertissement du cirque s’enrichit de nouvelles attractions, comme les figures acrobatiques utilisant des véhicules à moteur. Les campagnes de sensibilisation menées par les organisations de protection des animaux, en particulier depuis les années 1990, ont conduit à l’émergence de cirques sans animaux, comme le Cirque du Soleil au Canada.
Clown de cirque. – Le premier clown est apparu sur la piste du cirque d’Astley en 1770. A l’origine, les clowns se limitaient à quelques dialogues comiques avec le maître de piste et à imiter sans succès la virtuosité des cavaliers. Peu à peu, la figure du clown se répand dans les cirques d’Europe et prend de plus en plus d’importance : les clowns sont aussi des acrobates, des fantaisistes et des musiciens. Le clown avait besoin d’un acolyte et c’est ainsi qu’est né le couple : le clown et son compagnon (appelé auguste), plus ridicule dans ses vêtements et son maquillage, qui jouait le rôle du fou et du tricheur. Aujourd’hui, les clowns travaillent en groupe et le couple de base est entouré d’un nombre plus ou moins important de clowns en costumes grotesques qui enrichissent le numéro par des performances de cabrioles et de sauts périlleux.
Pagliaccio, clown italien. – Ce mot rappelle la robe, souvent faite du tissu grossier utilisé pour recouvrir les paillasses, portée par les types les plus ouvertement comiques et bouffons du théâtre traditionnel, qui pouvait en fait les faire ressembler à des sacs ou des marionnettes emplis de paille. La figure du clown est un lointain descendant du masque du diable, figure fréquente dans les représentations sacrées médiévales ; vers le xvie siècle, nous trouvons dans le théâtre espagnol un précurseur plus direct, el gracioso, généralement un serviteur du protagoniste, dont le comportement est fantaisiste et ridicule ; en Angleterre, ce personnage existait déjà avant Shakespeare, au point qu’Hamlet le mentionne dans ses conseils aux acteurs. Dans le théâtre italien, les antécédents les plus immédiats du clown sont les masques d’Arlequin et de Punchinello, et les types de la commedia dell’arte comme auteurs de lazzi et autres. En Allemagne, le type de Hanswurst est tout aussi ancien et caractéristique, et précède les actuels Tölpel ou Rüpel. La figure du bouffon ou du fou (jester, fool), qui s’est précisée dans le théâtre élisabéthain, a été importée en France depuis l’Angleterre, et se confond avec le masque de farine de Pierrot.
Le type clown s’éloigne de la tragédie et de la comédie, prend un rôle notable dans la pantomime, et devient ainsi autonome au sein du cirque équestre, accentuant son caractère, qui adhère de plus en plus à une pure comédie sans significations logiques. Un fossé sépare ainsi le célèbre Jocko, clown romantique français, véritable acteur grotesque-sentimental, de Grock, le clown aux gimmicks absurdes et « métaphysiques ». Ces différences et nuances existent également entre les types de clowns dans les différents pays (voir aussi « arlequin » ; « bouffon » ; « pantomime », etc.).
Mime antique. – Au théâtre, le mime est une représentation dans laquelle l’expression verbale est supprimée et où les gestes et les mimiques sont utilisés pour représenter les humeurs, les sentiments et les actions.
Dans l’antiquité, le mime était une forme de comédie basée sur la représentation réaliste et comique de la vie, et qui s’est développée comme genre théâtral et littéraire, en vers et en prose, chez les Grecs puis les Romains. Les farces populaires spartiates du deikelìktai, celles des phallophores (porteurs de phallos) à Sycion et des fliaci en Grande Grèce appartiennent au genre du mime. Le genre se développe ensuite, avec un entrelacement encore rudimentaire, en un mime prosaïque ou réaliste et un mime lyrique. Sophronius a été le premier, dans la seconde moitié du ve siècle avant J.-C., à retravailler la forme populaire des mimes des Doriens de Sicile en prose rythmée littéraire ; son fils Sénarque, Théocrite (idylle II, Les enchanteresses ; XIV, L’amour de Cinisca ; XV, Les Syracusains) et Hérode sont également auteurs de mimes. Dans la forme lyrique, par contre, les acteurs qui chantaient imitaient les citaredi ou flûtistes et les chanteurs de dithyrambes et, selon le caractère de l’action scénique, les déguisements musicaux du mime se distinguaient en ilarodia, de caractère principalement sentimental, et magodia, d’intonation comique, grotesque et avec des obscénités.
Pantomime. – Les Grecs connaissaient la mimique accompagnée de musique. Mais ce n’est qu’à Rome et à l’époque d’Auguste que le genre de la pantomime se fixe dans des formes précises. L’idée de séparer la parole du geste devait être profondément ancrée chez les Romains, et depuis des siècles déjà, dans les comédies et les tragédies, un acteur psalmodiait le texte dont un autre exécutait le mime.
La pantomime se compose de trois éléments distincts : le danseur, les nombreux chœurs qui chantent, et l’orchestre d’instruments très variés. Il fallait une sorte de livret, presque toujours écrit en grec, pour lequel on découpait les tragédies grecques et on pillait la mythologie et l’histoire. Lucien nous en donne une idée (De saltatione, LXIII). Les points essentiels de l’action sont chantés par un chœur (cantica), accompagné de musique. L’orchestre, très varié, réglait le chant du chœur et la danse des exécutants avec le scabillum. Comme dans tout le théâtre antique, les acteurs étaient masqués.
Au Moyen Âge puis à l’époque moderne, la pantomime antique trouve une sorte de réminiscence dans les actions dramatiques muettes qui précédaient les représentations des mystères, parfois insérées dans l’action dramatique comme intermezzo, avant de devenir un genre à part et de se répandre dans toute l’Europe. Véritables récits sans paroles, les pantomimes avec musique étaient déjà répandus au xve siècle dans les cours d’Italie et de France. L’action s’inspirait le plus souvent de thèmes mythologiques ou chevaleresques, avec des allusions symboliques aux hauts personnages en l’honneur desquels ils étaient joués. Ces spectacles présentaient déjà à l’époque les caractéristiques fondamentales qu’ils ont conservées à l’époque moderne sous le nom de danse ou de ballet.
Mime moderne. – Le mime prend une grande importance depuis les années 1930, notamment en France. Sur la base de l’enseignement d’Étienne-Marcel Decroux et sous l’influence des idées de Jacques Copeau et de G. Craig, le mime se fonde sur l’autonomie expressive du geste, qui ne se substitue plus à la parole. C’est le point de départ de l’expérience de Jean-Louis Barrault, qui est passé du mime à une sorte de théâtre total. La phase expérimentale du mime moderne se termine avec Marcel Marceau. Pour J. Lecoq, le mime est une technique expressive intimement liée à l’art théâtral. Dans les décennies suivantes, à côté de formes plus traditionnelles, le mime devient davantage chorégraphique (Lindsay Kemp) ou abstrait (groupe Mummenschanz). La contribution du mime au cinéma, à travers le travail d’acteurs tels que Chaplin, Keaton et Tati, est d’une importance considérable.
- Publié par Sambuc éditeur.