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Nature et biologie. Le 30 janvier 2026. Format : petite feuille (2 feuillets).

« Faune urbaine »

Le retour discret de la loutre d’Europe sur le Lez

Faune et biodiversité urbaine

Après avoir frôlé l’extinction il y a cinquante ans, la loutre d’Europe revient peupler les cours d’eau français. À Montpellier, ce mammifère semi-aquatique s’installe même sur les berges du Lez, fleuve principalement urbain, offrant aux chercheurs l’occasion d’étudier son adaptation remarquable. Un documentaire du CNRS revient sur leurs découvertes.

Loutre aux abords du fleuve Lez, capturée à l'aide d'un piège photographique (CNRS)
Loutre aux abords du fleuve Lez, capturée à l'aide d'un piège photographique (CNRS)

La loutre d’Europe effectue un retour remarqué dans les milieux aquatiques français après avoir failli disparaître dans les années 1970 sous la pression de la chasse et de la pollution. Ce mammifère semi-aquatique, amateur de poissons et de crustacés, recolonise désormais l’ensemble du territoire ; il s’observe même dans le Lez, ce fleuve de trente kilomètres qui traverse Montpellier, pourtant essentiellement urbain.

Une activité nocturne en zone urbaine et périurbaine

Pour documenter cette réinstallation, des scientifiques collaborent avec les gestionnaires du cours d’eau. Leur travail repose sur la recherche d’indices tangibles comme les épreintes, terme technique désignant les crottes de la loutre, reconnaissables aux restes de repas qu’elles contiennent : écailles de poisson, os d’amphibiens ou fragments d’écrevisses. L’équipe utilise également l’ADN environnemental, méthode non-invasive consistant à filtrer l’eau pour capturer les fragments génétiques laissés par les espèces. Cette technique, combinée aux pièges photographiques, confirme la présence de la loutre sur plusieurs points du Lez et offre une vision inédite de son comportement.

Les observations révèlent un phénomène surprenant : bien qu’elle ne soit pas une espèce strictement nocturne, la loutre du Lez ne sort que la nuit, pour éviter la fréquentation humaine diurne. Les images capturées montrent des individus interagissant et inspectant leur territoire ; une vidéo exceptionnelle a même filmé une femelle avec ses loutrons, première observation de reproduction sur ce fleuve. Les analyses génétiques suggèrent la présence d’au moins deux individus, peut-être cinq au maximum.

Une espèce parapluie, témoin d’un écosystème sain

À l’échelle nationale, la progression est spectaculaire. Cantonnée à trois régions dans les années 1970, la loutre occupe désormais la quasi-totalité du territoire français. Sa présence constitue un indicateur précieux de la qualité écologique ; en tant qu’espèce parapluie, elle témoigne d’un écosystème sain. Elle joue aussi un rôle régulateur face à l’écrevisse de Louisiane, espèce envahissante dont elle contrôle la prolifération. Les chercheurs ont lancé un programme de science participative impliquant les riverains, tandis que la métropole aménage des zones préservées. L’observation des loutrons laisse espérer un ancrage durable de l’espèce.

Cet article appartient à la série Faune urbaine.
Publié par Sambuc éditeur.



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