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Sciences humaines. Le 5 janvier 2025. Format : article (3 feuillets).

« Langues de France et d'outre-mer »

Rifain

Langue vivante minoritaire

Le rifain (tmazight ou tarifecht) est une langue vivante minoritaire, présente dans les régions françaises, qui se rattache au groupe des langues chamito-sémitiques. Elle est employée en Europe et au Maghreb dans la région marocaine du Rif.

Langues de France - Rifain
Langues de France - Rifain

Le rifain (tmazight ou tarifecht) est une langue régionale employée en Europe et au Maghreb. Au sein des territoires de France, la langue est utilisée par 300 000 locuteurs approximativement, courants ou occasionnels. Dans l’ensemble du monde, on compte de nos jours quelque vingt-trois millions de locuteurs pour l’ensemble de la famille du berbère. Elle constitue la langue maternelle des Rifains.

Linguistique

Le rifain se rattache au groupe des langues berbères zénètes, de la famille des langues chamito-sémitiques. Son implantation d’origine se situe dans la région marocaine du Rif.

Le rifain est une langue VSO, soit une syntaxe d’ordre verbe-sujet-objet.

Littérature du rifain

Le rifain, comme les autres langues berbères, est doté de son propre alphabet, le tifinagh, depuis la période antique (alphabets libyques) ; toutefois la littérature berbère, à quelques exceptions près au cours de la période médiévale, s’est écrite essentiellement dans les langues et les alphabets des peuples dominants avec lesquels ils étaient en contact : civilisation carthaginoise, Romains, Arabes puis Français.

La langue rifaine peut utiliser l’alphabet berbère à l’écrit ; l’alphabet berbère latin est toutefois plus souvent employé aujourd’hui.

Les études berbères naissent en Occident à la fin du xviiie siècle avec les missions scientifiques en Afrique du nord, et les ouvrages ethnographiques d’ auteurs comme les Français Bory de Saint-Vincent (1778-1846) et Jean-Raymond Pacho (1794-1829), les Anglais George Francis Lyon (1795-1832) et Dixon Denham (1786-1828), ou les Allemands Johann Martin Augustin Scholz (1794-1852) et Menu von Minutoli (1772-1846). Sur la connaissance des langues berbères en général, on mentionnera les ouvrages du linguiste Salem Chaker – « Le berbère, une langue occultée en exil » (Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, 1988) ; Berbères aujourd’hui (1998) ; Textes en linguistique berbère (1994) ; contributions à l’Encyclopédie berbère (dir. Gabriel Camps) – et ceux de Lionel Galand (1920-2017), dont « Berbère » (Les Langues dans le monde ancien et moderne, 1988).

Les auteurs du xxe siècle qui se sont penchés sur le dialecte rifain comprennent le missionnaire espagnol Pedro Sarrionandia Linaza (1865-1913) – Gramática de la lengua rifeña, 1905 – le militaire français Léopold Justinard (1878-1959) – Manuel de berbère marocain – dialecte rifain – 1926. Le linguiste néerlandais berbérisant Maarten Kossmann a publié en 2000 une Esquisse grammaticale du rifain oriental.

L’orientaliste français Samuel Biarnay (1879-1918) a d’autre part édité des textes en dialecte rifain dans son Étude sur les dialectes berbères du Rif (1917).

Droit et institutions

Sur les territoires français, la Constitution de la Ve République dispose du français comme « langue de la République » (art. 2 modifié en juin 1992), ce qui exclut que quiconque puisse se prévaloir d’un droit à user d’une langue autre que le français. Ce recours à des idiomes minoritaires comme le rifain dans la sphère publique ou l’administration est néanmoins possible. Enfin, le caractère de patrimoine immatériel est reconnu aux langues minoritaires par la Constitution depuis 2008 (art. 75-1).

Comme langue minoritaire de France, l’enseignement de la langue rifaine a pour cadre législatif le Code de l’éducation (art. L. 121-1, L. 121-3, L. 123-6, L. 312-10 et L. 312-11), le Code de la consommation (L. 121-33) et le Code rural (L. 811-5, L. 813-2 et R. 811-129). Le rifain dispose aussi d’un enseignement à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

Son utilisation dans la presse, les médias et la sphère publique est essentiellement définie au sein de la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française (loi Toubon).

En Europe, cette langue est également citée au titre de la Charte européenne sur les langues régionales et minoritaires (1992), en Espagne (II, art. 7).

Au nombre des institutions qui promeuvent actuellement la langue rifaine, son enseignement et sa pratique, se trouve l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM, Maroc) et le Haut Commissariat de l’amazighité (HCA, Algérie).

Cet article appartient à la série Langues de France et d'outre-mer.
Publié par Sambuc éditeur.



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