Jean Jaurès
Les Sensations
Proses tirées de la Réalité du monde sensible

Textes choisis et présentés par Raphaël Deuff. Édition accompagnée d’un dossier documentaire.
. Coll. « Petits Plis ».
72 pages, 105×148 mm.
février 2026 | 9782491181802
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Qui connaît le vrai Jaurès ? Derrière le tribun assassiné, fondateur du journal L’Humanité, et dreyfusard intraitable, on découvre un jeune philosophe à la pensée métaphysique vibrante de poésie.
Il y a des heures où nous éprouvons à fouler la terre une joie tranquille, et profonde comme la terre elle-même. Si nous l’enveloppions seulement du regard, elle ne serait pas à nous ; mais nous pesons sur elle et elle réagit sur nous ; mais nous pouvons nous coucher sur son sein et nous faire porter par elle, et sentir je ne sais quelles palpitations profondes qui répondent à celles de notre cœur.
Jaurès
En 1891, six ans avant l’affaire Dreyfus et treize ans avant la fondation de L’Humanité, Jean Jaurès publiait chez Félix Alcan sa thèse principale de doctorat. De la réalité du monde sensible est l’œuvre d’un normalien de trente-trois ans, condisciple de Bergson, qui semble déjà porter en lui la conviction que la pensée et l’engagement forment un seul et même élan. Longtemps éclipsé par la figure du tribun et du militant socialiste, ce texte constitue pourtant ce que Roger-Pol Droit nommait « un point de départ, non une fin de chapitre » : le socle philosophique sur lequel repose toute la pensée jaurésienne.
Les « proses poétiques » ici rassemblées sont tirées du cinquième chapitre de cet ouvrage foisonnant, « La sensation et la forme », où la réflexion métaphysique de Jaurès s’élève jusqu’à une véritable poésie en prose. Contre le matérialisme de Spencer, qui prétendait réduire la diversité des sens au mécanisme brut du « choc », Jaurès soutient que chaque sensation — le toucher, la lumière, le son, le goût, l’odorat — exprime une vérité irréductible sur la réalité. Le toucher révèle la profondeur de l’individualité ; la lumière manifeste l’unité transparente de l’infini ; le son fait entendre l’âme secrète des choses.
Lire ces textes aujourd’hui, c’est rencontrer une pensée d’une actualité déconcertante ; c’est aussi entendre, derrière le philosophe, une voix d’une rare beauté.

