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Karine Josse

Pasolini ou la tentation de la sainteté

Essai

(Couverture : Pasolini ou la tentation de la sainteté)

Essai sur la vie et l’œuvre de Pier Paolo Pasolini. Préface de Dacia Maraini. Frontispice de Didier Paquignon. Coll. « Sambuc ».

320 pages, 126×190 mm.
novembre 2025 | 9782491181758

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18,60 €


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Imprégnant son travail de poète et de cinéaste d’une réflexion très large et nourrie de nombreuses disciplines, Pier Paolo Pasolini (1922-1975) est l’auteur d’une œuvre cinématographique protéiforme, allant de la réinterprétation des grands mythes européens à la réflexion politique. Un thème, singulièrement, se dégage de sa vie et de ses films : celui de la sainteté, objet d’une véritable « quête » de la part du cinéaste, poursuivie « avec les armes de la poésie ».

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) demeure l’une des figures majeures de la culture italienne du xxe siècle, déployant une œuvre où se croisent poésie, cinéma et réflexion politique. Imprégnant son travail de poète et de cinéaste d’une méditation nourrie par l’anthropologie, la psychanalyse, l’histoire des mythes et des religions, ainsi que la philologie, il construit une filmographie protéiforme qui réinterprète les grands récits européens tout en interrogeant avec acuité les transformations de son époque. Un thème singulier traverse néanmoins sa vie et ses films : celui de la sainteté, objet d’une quête poursuivie avec les armes de la poésie et du langage cinématographique.

Le mois de novembre 2025 commémorait les cinquante ans de l’assassinat de Pasolini. À cette occasion, les éditions Sambuc publiaient cet essai de Karine Josse explorant la manière dont le cinéaste italien a fait de la question du sacré et de la parole sacrée un laboratoire artistique permanent. De L’Évangile selon saint Matthieu (1964) au scénario inachevé Saint Paul (1968-1974), du projet du film sur saint François réinventé dans Uccellacci e uccellini (1966) aux interrogations sur la parole biblique et sa résonance dans la modernité, Pasolini n’a cessé d’explorer le rapport entre sainteté originaire de la parole et actualité, entre charité chrétienne et résistance politique, entre mythe et réalité historique. Pasolini ou la tentation de la sainteté propose un retour sur la vie et l’oeuvre d’une grande figure de cinéaste et de poète de l’Italie du siècle dernier.

Des films sur la banlieue romaine à l’hermétisme de Théorème

Né en 1922 à Bologne, très tôt porté vers la poésie (Poésies à Casarsa, 1942), Pier Paolo Pasolini aborde le cinéma au tournant des années 1950-1960 avec une première trilogie évoquant les borgate de la banlieue populaire de Rome (Accattone, Mamma Roma, La Ricotta). Ces premiers films manifestent déjà une attention particulière aux corps et aux existences du sous-prolétariat, population porteuse selon lui d’une sacralité populaire authentique, menacée par l’homologation néocapitaliste en cours. Imprégnant son cinéma d’une réflexion très large, Pasolini bâtit une œuvre mêlant réflexion politique (La Rabbia, 1963 ; Salò ou les 120 journées de Sodome, 1975), réinterprétation de grands mythes (Médée, Œdipe roi, Carnet de notes pour une Orestie africaine) et exploration du domaine religieux.

C’est avec L’Évangile selon saint Matthieu que Pasolini propose sa première grande méditation sur le christianisme, suivie d’un scénario de film sur saint Paul qui transpose la prédication de l’apôtre dans l’Europe de la Seconde Guerre mondiale et l’Amérique consumériste. Le tournage du film n’aura jamais lieu, mais le scénario inachevé témoigne d’une interrogation centrale : comment la parole sainte peut-elle résonner dans la contemporanéité ?

Presque indissociable de son œuvre filmée ou écrite, la vie de Pasolini est ainsi parcourue d’une véritable quête de la sainteté dont le thème est omniprésent. Dans le même temps, son activité de cinéaste et d’écrivain offre une sorte de laboratoire aux notions de sainteté et de sacré, particulièrement dans certains films à la limite de l’hermétisme comme Théorème (1968), où l’irruption du sacré dans le microcosme d’une famille bourgeoise milanaise révèle hypocrisies et conventions d’une classe sociale.

La parole poétique face à la modernité

L’essai Pasolini ou la tentation de la sainteté analyse la manière dont Pasolini explore la puissance de la parole poétique et sa capacité à résister au langage techniciste de la société de consommation. Pour le cinéaste, la question de la prédication devient centrale : comment s’adresser au monde moderne quand le langage lui-même est atteint par l’homologation ? Cette interrogation traverse son œuvre, des Lettres luthériennes aux courts-métrages (Que sont les nuages ?, 1967), en passant par la célèbre séquence d’Uccellacci e uccellini (Des oiseaux, petits et gros) qui réinvente la prédication aux oiseaux de saint François d’Assise.

Dans cette fable franciscaine, Pasolini établit une analogie entre l’innocence des oiseaux et celle du sous-prolétariat, porteurs d’une humanité authentique menacée par le néocapitalisme. Le corbeau marxiste du film incarne cette tension entre foi et marxisme, entre révélation chrétienne et analyse politique, questionnant la possibilité d’une conversion des consciences dans un monde où l’Église Catholique elle-même semble avoir perdu sa fonction prophétique. La figure de saint François, réinventée en hérétique tué par les soldats du Pape, illustre cette sainteté laïque que Pasolini oppose à la canonisation institutionnelle.

Hommage à une immense figure d’intellectuel et d’artiste

Enquête et exégèse de la vie et de l’œuvre de Pasolini, l’essai de Karine Josse puise aux grands textes de Sartre et de David Halperin qui approchaient une vie et une œuvre sous l’angle d’une sainteté laïque. L’ouvrage ouvre ainsi, après ceux de Jean Genet (Saint Genet, comédien et martyr, 1952) et de Michel Foucault (Saint Foucault: Towards a Gay Hagiography, 1995), le procès en canonisation de Pasolini, artiste dont l’existence même fut une mise en œuvre de sa pensée.

Partant cueillir, sur les pas du cinéaste et poète les indices d’une œuvre puisant à de nombreuses disciplines, l’ouvrage de Karine Josse s’offre dès lors comme un portrait en hommage à cette immense figure d’intellectuel et d’artiste. Dans cette œuvre riche et multiforme, complexe et fortement autobiographique, l’essai fait la part belle au travail de cinéaste, revenant sur une filmographie à l’antipode des conventions hollywoodiennes. Des réinterprétations audacieuses de l’Écriture sainte à la célébration de la sensualité dans la trilogie de la vie (Le Décaméron, 1971 ; Les Contes de Canterbury, 1972 ; Les Mille et Une Nuits, 1974), en passant par les virulentes questions politiques de La Rabbia ou Salò, Pasolini n’a cessé d’interroger le rapport entre vérité et idéologie, entre parole sacrée et parole humaine, entre foi et raison.

Les courts-métrages et documentaires (La Terre vue de la lune, 1966 ; Notes pour un film sur l’Inde, 1967-1968), souvent moins connus du grand public, font l’objet dans l’essai d’une attention particulière, révélant comment Pasolini explorait dans ces formes brèves la possibilité d’un langage cinématographique capable de résister à l’uniformisation culturelle de son époque.


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Karine Josse : Pasolini ou la tentation de la sainteté

Collection : Sambuc

Prix de l’ouvrage : 18,60 €.

Format : 320 pages, 126×190 mm.

Parution : novembre 2025.

ISBN : 9782491181758


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Sommaire de l’ouvrage

Introduction

Chapitre I. Poésie et religiosité

Des techniques comme symptômes. — Utilisation des symboles. Parabole et Exégèse. — Le travail du poète

Chapitre II. Une sainteté canonique ?

Réinvention de la figure du Christ. Un Christ sous-prolétaire. — Traces de saint Paul

Chapitre III. Du monde antique et du monde moderne

Complexe d’Œdipe et religiosité. — La Tentation de la sainteté laïque

Conclusion

Dossier. Bibliographie. — Filmographie. — Chronologie

La préfacière : Dacia Maraini

Dacia Maraini, née le 13 novembre 1936 à Fiesole, près de Florence, est une romancière, dramaturge, scénariste et poète italienne de la seconde moitié du XXe siècle, associée à la « génération des années Trente ». Elle a remporté le prix Formentor en 1962 pour L’Età del malessere (L’Âge du malaise), le prix Strega en 1999 pour Buio (Ténèbres) et le prix Napoli pour Voci (Voix). Elle a été nommée ambassadrice de la Società Italiana dei Viaggiatori (Société italienne des voyageurs) lors de l’édition 2012 du Festival del Viaggio (Festival du voyage, Florence & Palerme).

Revue de presse

Ressource : Pier Paolo Pasolini ou la tentation de la sainteté | Le Paratonnerre (leparatonnerre.fr)


L’auteur : Karine Josse

À l’issue d’études de cinéma à la faculté de Paris VIII–Saint-Denis, elle soutient en 1999 un mémoire sur Pier Paolo Pasolini auprès de Jean-Paul Aubert, Yves Pagès et Joël Magny. Aujourd’hui bibliothécaire à Paris, elle s’occupe du département cinématographique au sein de la bibliothèque André Malraux, et noue des partenariats entre l’établissement et de grands événements parisiens, comme L’Étrange Festival, événement annuel qui se tient en septembre au Forum des Images.


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