Contenu Sambuc | Le 26 septembre 2026, par Sambuc éditeur. Temps de lecture : sept minutes.
littérature & sciences humaines
Contenu Sambuc | Le 26 septembre 2026, par Sambuc éditeur. Temps de lecture : sept minutes.
Les Lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh
Postes mal rémunérés, amours contrariées, brouilles répétées : la correspondance de Vincent Van Gogh à son frère Théo montre un homme à la fois obstiné et fragile, presque coupable, et qui ne cesse de se justifier — trace persistante, semble-t-il, d'une éducation protestante rigide. De Ramsgate au Borinage, de La Haye à Arles jusqu'à l'internement à Saint-Rémy, se dessine le portrait d'un esprit lucide sur sa propre fragilité, mais incapable d'en desserrer l'étau.
Très imprégné, dès le début, de la culture protestante dans son pays, Van Gogh veut absolument devenir pasteur, évangéliste dit-il. Il abandonnera toutefois une formation en théologie.
A Paris, il est commis dans une succursale de galerie d’art. Il n’est jamais payé correctement. Il commence à tirer le diable par la queue.
Lorsqu’il part en Angleterre, c’est d’abord pour la galerie d’art Goupil, celle de Paris. Puis il caresse l’espoir d’enseigner.
A Ramsgate, il enseigne dans une école anglicane, mais n’est jamais payé, on lui offre juste gîte et couvert. Il y vit misérablement.
Ensuite, il évangélise les populations de mineurs du Borinage, dans le nord de la France. Ils vivent misérablement, et lui le prédicateur, vit de même.
On s’aperçoit au fil des lettres que les relations avec son frère sont tumultueuses. Il supporte mal la critique, et se pose beaucoup de questions. Son esprit est torturé.
Un courrier de juillet 1880 de dix pages dit son regret d’être éloigné, brouillé avec son père qui lui reproche son travail dans ce lieu misérable, et en désaccord avec son frère qui n’approuve pas sa manière de vivre (misérablement) et lui fait apparemment la morale. Aussi, Van Gogh se justifie par son amour de l’art et de la littérature. Il éprouve la nécessité de se justifier, comme en faute. Et toujours la misère…
Et puis son frère ne l’approuve pas non plus lorsqu’il devient amoureux d’une veuve ayant un enfant. Théo souhaite pour son frère une vie plus « décente ».
A la lecture du peintre, on ressent le caractère obsessionnel. Dans son besoin de se justifier, il écrit des pages et des pages sur cette femme qu’il veut conquérir, sans effet. « Jamais de la vie » lui dit-elle.
Voilà à présent son opinion...
À Amsterdam, il rencontre « Mauve ». Il lui donne des conseils sur sa peinture et l’encourage. Il n’y reste pas longtemps ; là encore règne la misère !
Fin 1881, en rupture avec son père, il rejette la religion, et s’installe en dehors d’Amsterdam, dans une location pas trop chère.
La Haye : les relations avec ses parents se distendent ; sa mère est malade. Il lui devient insupportable de les fréquenter.
Il prend en charge Christien, une femme enceinte abandonnée par le père. Il en fait son modèle, et l’héberge, la fait vivre.
Il compare Christien aux femmes simples et aux prostituées de « l’Assommoir », qui vivent au milieu de commérages et dans la corruption.
En septembre 1883, il quitte celle-ci et part vivre à la campagne où la vie est moins chère.
Il n’arrive pas à vivre de sa peinture, bien que travaillant d’arrache-pied. Il lit énormément : Zola, Hugo,... en français
Quelle lucidité, il est mort à 38 ans !
À Drenthe, « Il me reste une blessure au cœur doublée d’une sensation de vide, de désenchantement et de mélancolie. Il n’est pas facile de surmonter tout cela. » dit-il. Mais il se sent bien au milieu de la nature.
À Arles, à propos de **Gauguin**, malade en Bretagne : « Nom de Dieu ! Quand est-ce qu’on verra une génération d’artistes qui aient des corps sains !
A des moments, je suis vraiment furieux contre moi-même, car il ne suffit pas du tout de n’être ni plus ni moins malade que d’autres, l’idéal serait d’avoir un tempérament fort assez pour vivre 80 ans, et avec ça un sang qui serait du vrai bon sang. On s’en consolerait pourtant, si on sentait qu’il va y venir une génération d’artistes plus heureux. »
Van Gogh parle longtemps de la venue de Gauguin, qui tarde.
Puis il parle encore longuement de Gauguin qui ne vient pas !…
Il ne le dit pas toujours mais on le sent plutôt perturbé. Lorsque Gauguin vient enfin, il ne reste qu’un gros mois. Van Gogh s’étonne beaucoup. Mais on peut penser que Gauguin ressent trop le mal être de son ami, qui pourtant a tout préparé pour bien l’accueillir.
Ce n’est pas dit clairement, mais c’est à ce moment-là, dans le mois qui suit le départ de Gauguin, qu’il se coupe l’oreille. Ensuite, il est suivi comme auparavant par le docteur Rey, plutôt bienveillant. Mais les voisins veulent le faire interner, il en est très malheureux.
Il parle clairement de son état fragile.
À l’hôpital devenu l’espace Van Gogh : « Que veux-tu, souffrir sans se plaindre est l’unique leçon qu’il s’agit d’apprendre dans cette vie. » Il reçoit la visite de **Signac**, extrêmement bienveillant.
À Saint-Rémy, on le sent à la fois dans la frénésie de peindre, dans l’incertitude de sa guérison, et dans l’envie de rejoindre son frère et sa femme, et ses amis dans le Nord. Il en a assez d’être enfermé dans a chambre de « pendu », à travers les barreaux. Il ne sort même plus dans le jardin clôturé.
Le docteur Peyron abonde dans le sens de Van Gogh qui se sait fragile. Il sait lui parler. Van Gogh craint de nouvelles crises, surtout avec la venue de l’hiver.
Il a un jour de fin 1889, ces réflexions sur la peinture :
Pour conclure sur cet homme travailleur forcené gravement perturbé, son esprit n’est jamais léger. Il pense toujours devoir quelque chose à quelqu’un. Cela vient-il aussi de son éducation protestante ?
Sambuc éditeur
Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1888 ; traduit du néerlandais par Louis Roëdlant ; introduction et chronologie de Pascal Bonafoux.
Notices sur des choses du monde (entités) à découvrir parmi les contenus des éditions Sambuc : parcourir les Choses du monde.