Arts | Le 6 février 2026, par Luc Grampivf. Format : grande feuille (9 feuillets).
littérature & sciences humaines
Arts | Le 6 février 2026, par Luc Grampivf. Format : grande feuille (9 feuillets).
Anniversaires d’artistes et écrivains
Un élève de Rembrandt né à Rotterdam, un peintre suisse du romantisme noir et un danseur javanais qui rencontre le succès en Europe : à l’occasion de leurs anniversaires, découvrez sept artistes et écrivains méconnus des siècles passés.

En 1636, il y a tout juste 390 ans, la ville de Rotterdam voyait naître un 6 février le poète, musicien, peintre, dessinateur et chanteur de nationalité nord-néerlandaise Heiman Dullaart (1636–1684).
Fils de l’âge d’or néerlandais, Dullaart entre vers 1653 dans l’atelier de Rembrandt, où il demeure environ trois ans. Il y côtoie d’autres élèves du maître, parmi lesquels Carel Fabritius, Nicolaes Maes ou Gerbrand van den Eeckhout. Pourtant, comme le rapporte Arnold Houbraken dans son Grand Théâtre des peintres néerlandais, c’est davantage par sa poésie que par son art plastique que Dullaart se distingue auprès de ses contemporains.
Ses sonnets amoureux, dont Aan myne uitbrandende kaerse et Een korenwanner aan de winden, figurent encore en 1994 dans la grande anthologie de Gerrit Komrij consacrée à la poésie néerlandaise des xviie et xviiie siècles. En peinture, il s’essaie volontiers au trompe-l’œil ; quelques-unes de ces pièces sont conservées au musée Kröller-Müller. On lui attribue également des dessins à la plume et au lavis brun, dont une Tête de jeune fille coiffée d’un bonnet, aujourd’hui aux Beaux-Arts de Paris, qui rappelle par sa facture certains autoportraits de l’école de Rembrandt. Mort à Rotterdam à quarante-huit ans, Dullaart incarne une figure rare de l’âge d’or : celle de l’artiste complet, aussi à l’aise avec le vers qu’avec le pinceau.
Le sculpteur, ciseleur et professeur d’académie de nationalité germano-autrichienne Franz Xaver Messerschmidt (1736–1783) est né en 1736, un 6 février, à Wiesensteig en Bavière : c’est-à-dire voici exactement 290 années.
Orphelin à l’âge de dix ans, le jeune Franz Xaver est initié à la sculpture par ses deux oncles, Johann Baptist Straub à Munich et Philipp Jakob Straub à Graz. Il rejoint ensuite l’Académie des beaux-arts de Vienne, où ses talents de portraitiste réaliste attirent rapidement l’attention. Dès 1760, alors qu’il n’a que vingt-quatre ans, il réalise un buste de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Nommé professeur-adjoint à l’Académie royale de Vienne, il devient le portraitiste attitré des familles régnantes et des cercles aristocratiques et intellectuels de la capitale.
Vers 1770, un tournant survient. On lui prête des troubles psychologiques, et la porte de l’Académie se ferme. Profondément blessé, Messerschmidt tente malgré tout de rester à Vienne, puis se résigne à quitter la ville en 1775 pour retourner à Wiesensteig, sa ville natale, avant de s’installer finalement à Presbourg (l’actuelle Bratislava) chez son frère cadet, lui aussi sculpteur. C’est dans cet exil qu’il entreprend la série qui fera sa postérité : les fameuses « têtes de caractère » (Charakterköpfe), des bustes en albâtre ou en alliage de plomb et d’étain aux expressions outrées, grimaçantes, tantôt comiques, tantôt profondément introspectives. On en dénombrera soixante-neuf. En se scrutant dans un miroir, en se pinçant le corps et en contractant son visage, l’artiste entendait devenir « maître de l’esprit des proportions ».
Les titres célèbres — L’Homme qui pleure comme un enfant, L’Homme souffrant de constipation, Le Bassoniste incapable — ne sont pas de la main du sculpteur : ils furent inventés par l’auteur anonyme du livret de la première exposition publique de ces œuvres, à Vienne, en 1793, soit dix ans après la mort de Messerschmidt. La redécouverte de cette œuvre fascinante au xxe siècle, notamment par l’historien d’art freudien Ernst Kris en 1932, puis par les expositions du Louvre et de la Neue Galerie de New York, a définitivement installé Messerschmidt parmi les sculpteurs les plus singuliers de son époque.
Le 6 février 1741, le peintre, dessinateur et écrivain d’art d’origine suisse Johann Heinrich Füssli, plus connu sous le nom d’Henry Fuseli (1741–1825), est né à Zurich, voici exactement 285 ans.
Deuxième d’une fratrie de dix-huit enfants, Füssli grandit dans une famille zurichoise où l’art tient une place centrale : son père, Johann Caspar Füssli, est peintre de portraits et de paysages. Le père destine cependant son fils au pastorat et l’envoie au Collegium Carolinum de Zurich, où le jeune homme reçoit une solide éducation classique aux côtés de son condisciple et futur ami Johann Kaspar Lavater. Ordonné pasteur en 1761, Füssli est bientôt contraint de quitter la Suisse pour avoir aidé Lavater à dénoncer les malversations d’un magistrat corrompu.
Après une errance à travers l’Allemagne, il gagne l’Angleterre en 1765. C’est Joshua Reynolds qui, voyant ses dessins, lui conseille de se consacrer entièrement à la peinture. De 1770 à 1778, Füssli accomplit un séjour décisif en Italie, où il s’imprègne de Michel-Ange et de la statuaire antique, et italianise son nom en « Fuseli ». De retour en Grande-Bretagne, il peint pour la « galerie Shakespeare » du conseiller municipal John Boydell, puis fait sensation en 1782 à l’exposition d’été de la Royal Academy avec son célèbre Cauchemar, tableau vénéneux où une femme endormie est écrasée par un gnome grimaçant tandis qu’une jument spectrale observe la scène.
Reçu à la Royal Academy en 1790, nommé professeur de peinture en 1799 puis conservateur de l’institution, Fuseli a peint plus de deux cents tableaux, souvent inspirés de Shakespeare, de Milton ou de la mythologie. Son goût pour l’expression violente, le surnaturel et le grotesque fera de lui, au xxe siècle, un précurseur revendiqué par les surréalistes. Enterré dans la cathédrale Saint-Paul de Londres, il est aujourd’hui pleinement reconnu comme l’une des figures majeures du romantisme noir européen.
En 1836, voici tout juste 190 années, Vienne accueillait la naissance du peintre de nationalité autrichienne Gustav Gaul (1836–1888), un 6 février.
Fils aîné du peintre Franz Gaul, Gustav reçoit de son père ses premières leçons avant d’entrer à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Il y étudie l’aquarelle auprès de Robert Theer et la peinture d’histoire dans l’atelier de Carl Rahl, l’un des représentants majeurs de la peinture monumentale viennoise. Après cinq années d’études, Gaul entreprend un voyage en Haute-Italie, puis séjourne plusieurs semaines à Dresde pour approfondir sa connaissance des maîtres vénitiens. En 1855, il est invité à présenter certaines de ses études d’après Rembrandt et Rubens à l’Exposition universelle de Paris, ce qui l’incite à poursuivre par des voyages d’étude en France et aux Pays-Bas.
De retour à Vienne, Gaul se consacre au portrait et à la peinture de genre, s’inspirant de modèles français tout en développant un coloris personnel. Il se fait particulièrement connaître pour ses effigies de personnalités du Burgtheater de Vienne — l’actrice Charlotte Wolter, le comédien Adolf von Sonnenthal, Joseph Lewinsky ou encore Sophie Schröder —, auxquelles s’ajoutent des portraits de membres de la haute société, dont le prince héritier Rodolphe. Avec Carl Rahl, il participe à la décoration des plafonds du palais Todesco à Vienne. Mort à cinquante-deux ans à Vorderbrühl, près de Mödling, Gustav Gaul laisse une œuvre longtemps restée dans l’ombre de son maître, mais qui constitue un témoignage précieux sur la vie artistique et théâtrale de la Vienne du xixe siècle.
Le peintre polonais Władysław Podkowiński (1866–1895) est né en 1866, un 6 février, à Varsovie : soit il y a 160 années.
Sa formation commence en 1880 dans l’atelier de Wojciech Gerson, seule possibilité d’étudier la peinture à Varsovie depuis que les autorités tsaristes ont fermé l’École des beaux-arts en représailles de l’insurrection polonaise de 1863. Après quatre années d’apprentissage, Podkowiński part avec son ami Józef Pankiewicz pour l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, où il étudie de 1885 à 1886. De retour à Varsovie, il travaille comme illustrateur pour plusieurs revues, notamment le Tygodnik Ilustrowany.
Le tournant décisif survient en 1889, lors d’un séjour à Paris avec Pankiewicz. Les deux jeunes peintres visitent l’Exposition universelle, découvrent la rétrospective Manet, puis les toiles de Monet chez Goupil et les œuvres de Gauguin et d’Émile Bernard chez Volpini. De retour en Pologne, Podkowiński se consacre à la peinture de plein air, posant son chevalet dans la nature et exécutant une série de toiles claires et ensoleillées qui font pénétrer l’impressionnisme en terre polonaise. Mais vers la fin de sa courte vie, la souffrance personnelle l’oriente vers le symbolisme.
Son tableau le plus célèbre, Szał uniesień (« Extase » ou « L’Emportement des passions »), exposé pour la première fois à la galerie Zachęta de Varsovie en 1894, fait scandale : on y voit un cheval fou entraînant une femme nue dans un gouffre, vision démoniaque du désir. L’exposition ne dure que trente-six jours : le trente-septième, Podkowiński, en proie à une crise, lacère lui-même sa toile à coups de couteau. Restaurée après sa mort, l’œuvre est aujourd’hui conservée au Musée national de Cracovie. Emporté par la tuberculose à vingt-neuf ans, Podkowiński reste l’étoile filante d’une peinture polonaise en pleine mutation.
Le danseur et peintre de nationalité néerlando-indonésienne Raden Mas Jodjana (1893–1972) est né en 1893, un 6 février, à Yogyakarta : soit il y a de cela 133 ans.
Issu d’une famille aristocratique javanaise liée au sultanat de Yogyakarta par ses deux parents — son père descendait des régents de Madiun, sa mère était cérémoniariste à la cour —, Jodjana reçoit une double éducation, traditionnelle javanaise et européenne. Après des études à l’école d’administration coloniale de Magelang, il arrive aux Pays-Bas en 1914 dans le sillage du futur sultan Hamengkubuwono VIII, venu étudier à Leyde. Inscrit à l’École commerciale de Rotterdam, il semble promis à une carrière administrative.
Tout bascule en 1916, lors d’une soirée de bienfaisance organisée au Théâtre royal de La Haye au profit des victimes d’inondations aux Indes néerlandaises. Jodjana y interprète la danse du roi vaniteux, le Kelono, et se révèle danseur d’exception. Le peintre Isaac Israëls, présent dans le public, est si impressionné qu’il entreprend une série de portraits de Jodjana, marquant le début d’une longue amitié. Dès lors, Jodjana renonce à l’administration pour se consacrer à la danse. Il développe un répertoire personnel, puisant dans la mythologie javanaise et les mouvements classiques du wayang wong, mais s’autorisant des créations originales accompagnées au piano par son épouse, Elisabeth Pop. Ce modernisme lui vaut autant de triomphes — en Allemagne, en France, en Angleterre, en Hongrie — que de critiques de la part des gardiens de la tradition.
Installé en France à partir de 1922, Jodjana fonde un « Centre Jodjana » pour transmettre son art. Pendant la guerre, sa famille paie un tribut terrible à l’occupation : son fils Bhimo, arrêté lors d’une rafle en 1943, meurt à Buchenwald. Jodjana s’éteint en 1972 à La Réole, en Gironde, laissant derrière lui une œuvre de danseur et de plasticien qui, entre Java et l’Europe, incarne un destin de passeur de cultures.
En 1946, il y a exactement 80 années, la ville de Hradec Králové voyait naître la sculpteur de nationalité tchèque Ellen Jilemnická (1946–), un 6 février.
Née dans une famille d’intellectuels — son père Alois Jilemnický enseigne l’histoire de l’art, son frère Ivan sera lui aussi sculpteur —, Ellen Jilemnická grandit à Hořice, petite ville de Bohême réputée pour ses ateliers de taille de pierre. Après des études à l’école d’art appliqué de Hořice, elle passe une année à l’Académie des beaux-arts de Wrocław en Pologne, puis intègre l’Académie de Prague.
Son œuvre, principalement constituée de sculptures monumentales en grès, se distingue par un dialogue constant entre la matière minérale et la forme organique. Parmi ses réalisations dans l’espace public, on relève le buste en bronze de Jan Amos Komenský pour le lycée de Hořice, celui du mime Ladislav Fialka pour le théâtre Na Zábradlí de Prague, ainsi que les quatre sculptures des Métamorphoses de l’année installées au château de Chodov à Prague. Professeur de sculpture à la faculté d’architecture de l’Université technique de Prague de 1999 à 2007, elle a dirigé dans les années 1990 la section sculptée de l’école de Hořice.
Poétesse autant que sculpteur, Jilemnická est aussi l’autrice de plusieurs recueils de vers, dont Výlet nekončí (« Le voyage ne finit pas »). Elle a participé à de nombreuses expositions en Europe, notamment avec le collectif Orbis Pictus, à Paris, Vienne, Delft ou Séville. Figure d’une sculpture tchèque ancrée dans la tradition du travail de la pierre, Ellen Jilemnická continue aujourd’hui de vivre et de travailler entre Prague et Hořice.
Luc Grampivf
Entités nommées fréquentes : Rembrandt, Rotterdam, Dullaart, Académie, Vienne, Messerschmidt, Füssli, Varsovie, Podkowi, Jodjana, France, Europe, Ho, Paris, Ellen Jilemnická, Prague.

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