Sambuc éditeur

littérature & sciences humaines

Actualités Dernières parutions Littérature Arts Encyclopédie Quiz Librairies francophones La maison Contact

Nature et biologie | Le 8 mai 2026, par André Roussainville. Format : grande feuille (6 feuillets).


Silure glane

Poisson de la famille des Siluridés

Géant discret des fleuves européens, le silure glane ou poisson-chat peut dépasser deux mètres et vivre plus de quatre-vingts ans. Prédateur opportuniste aux mœurs nocturnes, il fascine autant qu’il inquiète : espèce native ou envahissante selon les territoires, il redistribue les équilibres de nos cours d’eau.

Silurus glanis, planche lithographiée tirée de Cuvier, 1828-1849, t. XIV
Silurus glanis, planche lithographiée tirée de Cuvier, 1828-1849, t. XIV © Sambuc éditeur, 2026

Classification et nomenclature

Le silure glane, dont le nom scientifique est Silurus glanis, a été décrit et classé par Carl von Linné en 1758, dans la dixième édition de son Systema Naturae. Il s’agit d’un poisson osseux (ostéichthyen) de la famille des Siluridae, dans l’ordre des Siluriformes, appelés communément « poissons-chats » en raison de leurs longs barbillons ou cirres, en forme de moustaches. Son genre, Silurus, regroupe 54 espèces reconnues à ce jour, parmi lesquelles le silure grec, Silurus aristotelis le silure du Yunnan (Silurus grahami), le silure de Soldatov, Silurus soldatovi, le silure noble chinois (Silurus nobilis), ou le silure japonais géant du lac Biwa, Silurus biwaensis. Ce genre se distingue morphologiquement par une tête nue, une bouche armée de courts cirres filiformes et une nageoire dorsale unique ; la première épine des nageoires pectorales ou dorsale présente une dentelure postérieure caractéristique.

Répartition géographique et habitats

L’aire de répartition originelle du silure glane couvre une large frange eurasiatique, de l’Europe centrale et orientale jusqu’en Asie occidentale. On le trouve à l’état natif dans les grands bassins fluviaux d’Europe centrale — Danube, Elbe, Rhin — ainsi qu’en Anatolie, où il peuple notamment les réservoirs des bassins du Seyhan et du Ceyhan, et plus largement dans toute la péninsule anatolienne. Espèce dulçaquicole, il tolère également les eaux saumâtres, ce qui explique sa présence dans certains estuaires et deltas. L’espèce a été introduite, volontairement ou non, dans de nombreux pays où elle est désormais considérée comme exotique envahissante : France, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Portugal, Belgique, Pays-Bas, Algérie, Tunisie, Russie, Kazakhstan, Chine, Vietnam, entre autres. Ces introductions sont principalement imputées à des lâchers intentionnels à des fins de pêche sportive et récréative.

L’espèce colonise de préférence les grandes rivières de plaine et les cours d’eau de taille moyenne, les réservoirs, les bras morts et les lacs bien végétalisés. Elle est qualifiée d’eurytope — c’est-à-dire capable de s’adapter à des milieux variés — et recherche les eaux eutrophes, riches en matières organiques. Les individus adultes affectionnent les zones profondes et ombragées en journée, puis se déplacent vers des zones moins profondes à la nuit tombée pour chasser.

Morphologie et caractères biologiques

Le silure glane est le plus grand poisson d’eau douce d’Europe. Les individus adultes atteignent couramment 1,5 à 2 m de longueur, et des spécimens exceptionnels dépassant 2,5 m et 100 kg ont été documentés. L’espèce est remarquable par sa longévité : elle peut vivre jusqu’à 80 ans en milieu naturel. Son corps allongé, dépourvu d’écailles, présente une coloration sombre sur le dos et plus claire sur le ventre. La tête est large et aplatie, la bouche très grande, garnie de six cirres (appendices filiformes), deux longs sur la mâchoire supérieure et quatre plus courts sur la mâchoire inférieure, qui jouent un rôle sensoriel important. La nageoire anale est très longue, s’étendant sur la majeure partie de la face ventrale postérieure du corps.

Dotée d’une vue médiocre, l’espèce présente une sensibilité remarquable aux sons et vibrations provenant hors de l’eau. Son système de canaux sensoriels céphaliques lui permet de détecter le sillage hydrodynamique et chimique laissé par une proie en déplacement, jusqu’à 10 secondes après son passage et sur une distance pouvant atteindre 55 fois la longueur de la proie elle-même — une adaptation sensorielle très efficace pour un chasseur nocturne évoluant dans des eaux souvent turbides.

Régime alimentaire et comportement de prédation

Prédateur opportuniste, le silure glane adopte un comportement de chasse nocturne, chassant aussi bien près du fond qu’en pleine eau. Son régime est extrêmement varié : les larves et les juvéniles consomment principalement des invertébrés benthiques — insectes aquatiques, crustacés, vers — tandis que les adultes se nourrissent avant tout de poissons. Parmi les proies piscicoles documentées figurent de nombreuses espèces communes des eaux douces européennes : gardon (Rutilus rutilus), carpe (Cyprinus carpio), brochet (Esox lucius), perche (Perca fluviatilis), tanche (Tinca tinca), anguille (Anguilla anguilla), ainsi que des salmonidés variés. L’espèce consomme également des amphibiens, des reptiles aquatiques, des crustacés comme l’écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus), et des mollusques.

Des comportements de prédation hors de l’eau ont été observés et documentés : le silure peut se projeter partiellement hors de l’eau pour capturer des oiseaux comme des pigeons (Columba livia) se trouvant en bordure de berge, y compris en plein jour. Ces observations, relayées dans plusieurs études scientifiques, illustrent la plasticité comportementale de cette espèce, dont les données d’interactions biotiques indiquent également des épisodes de cannibalisme.

Reproduction

La maturité sexuelle est atteinte dès l’âge de 2 à 3 ans, pour des individus pesant alors entre 1 et 2 kg. La période de reproduction s’étale d’avril à juin dans les régions méridionales, et peut se prolonger jusqu’en août dans les zones septentrionales, lorsque la température de l’eau avoisine 20 °C. La ponte a lieu dans des habitats peu profonds, chauds et richement végétalisés, sans courant notable. Les mâles défendent de petits territoires ; ils construisent des nids rudimentaires à partir de matières végétales, creusent de légères dépressions dans le substrat ou nettoient des supports tels que des racines de saule (Salix). La reproduction s’effectue en couples : le mâle enlace la femelle lors de l’émission des gamètes. La femelle pond environ 30 000 œufs par kilogramme de masse corporelle. L’incubation dure 2 à 3 jours, puis les larves restent dans le nid jusqu’à résorption complète de leur vésicule vitelline, soit 2 à 4 jours supplémentaires. Le mâle assure la surveillance du nid jusqu’à l’émergence des larves.

Interactions écologiques et parasitologie

En tant que prédateur de sommet dans les écosystèmes d’eau douce, le silure glane entretient des relations trophiques avec une grande diversité d’espèces. Il est lui-même la proie de quelques grands prédateurs : les jeunes individus sont consommés par le brochet (Esox lucius), la perche, le sandre (Sander lucioperca), certains salmonidés et plusieurs espèces d’esturgeons. Parmi les vertébrés terrestres et semi-aquatiques prédateurs de silures, on note le grand cormoran (Phalacrocorax carbo), le héron cendré (Ardea cinerea), la cigogne blanche (Ciconia ciconia), le milan royal (Milvus milvus), le martin-pêcheur (Alcedo atthis), le harle bièvre (Mergus merganser), ou encore la couleuvre vipérine (Natrix maura).

L’espèce héberge une faune parasitaire diversifiée, comprenant des helminthes tels que Glanitaenia osculata, Silurotaenia siluri, Thaparocleidus siluri et Thaparocleidus vistulensis, ainsi que des nématodes du genre Eustrongylides et des acanthocéphales comme Acanthocephalus lucii. Sur le plan virologique, plusieurs pathogènes ont été identifiés, dont un ranavirus spécifique (Silurus glanis ranavirus), un circovirus (European catfish circovirus), un herpèsvirus (silurid herpesvirus 2) et un papillomavirus (Wels catfish papillomavirus 1).

Statut de conservation et enjeux écologiques

À l’échelle mondiale, le silure glane est classé en préoccupation mineure (Least Concern) selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ses populations étant globalement stables dans son aire de répartition naturelle. Toutefois, la situation est plus nuancée selon les régions : l’espèce figure sur certaines listes rouges régionales, notamment en Suède où elle a fait l’objet d’évaluations successives depuis 2000.

Hors de son aire native, le silure glane est reconnu comme une espèce exotique envahissante dans plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie. Son introduction, principalement liée à la pêche sportive, soulève des préoccupations quant à ses effets sur les communautés de poissons autochtones, notamment vis-à-vis d’espèces patrimoniales comme les salmonidés, les esturgeons ou certains cyprinidés rhéophiles. Les études sur les changements climatiques suggèrent que le réchauffement des eaux pourrait favoriser l’extension de son aire de répartition en Europe du Nord et de l’Ouest.


André Roussainville


Références et sources

Ressource : Silurus glanis Linnaeus, 1758 - WoRMS taxon details (marinespecies.org)

Ressource : Silurus glanis Linnaeus, 1758 (gbif.org)

Ressource : Silurus glanis interacts with... - Global Biotic Interactions (globalbioticinteractions.org)

Ressource : Silurus glanis - NCBI - National Library of Medicine (ncbi.nlm.nih.gov)

Ressource : Silurus glanis | Ocean Biodiversity Information System (OBIS) (obis.org)

Aller plus loin

Vous souhaitez entraîner votre mémoire et tester vos nouvelles connaissances ? Essayer le quiz Sambuc sur le silure d’Europe !

Quiz : Siluriformes (sambuc.fr)

Entités liées

Siluriformes, Siluridae, poisson invasif, prédateur apex, espèce exotique envahissante, ichtyologie, eau douce européenne, taxonomie animale, parasitologie des poissons, pêche sportive.


Entités nommées fréquentes : Silurus, Europe.


L’actualité : derniers articles

« Arbres du monde »

Arbre à caramel du Japon

Image de l'article `Arbre à caramel du Japon`
Image de l'article `Arbre à caramel du Japon` © Sambuc éditeur, 2026

Cercidiphyllum japonicum, ou arbre de Katsura, est une espèce d’arbre à feuilles caduques originaire du Japon et de Chine, appartenant à la famille des Cercidiphyllaceae. Découvrez sa taxonomie, ses caractéristiques et ses interactions écologiques.

Nature et biologie | Le 12 mai 2026, par André Roussainville.

« Arbres du monde »

Machilus thunbergii

Image de l'article `Machilus thunbergii`
Image de l'article `Machilus thunbergii` © Sambuc éditeur, 2026

Machilus thunbergii, dit tabu-no-ki en japonais, est un arbre de la famille des Lauracées natif d’Asie orientale. Cet article encyclopédique en présente la taxonomie, la répartition géographique et les interactions biologiques.

Nature et biologie | Le 12 mai 2026, par André Roussainville.

« Carnets de salon »

Nippon Kodo : écouter les encens, au salon Matter and Shape

Image de l'article `Nippon Kodo : écouter les encens, au salon Matter and Shape`
Image de l'article `Nippon Kodo : écouter les encens, au salon Matter and Shape` © Sambuc éditeur, 2026

Au salon Matter & Shape de Paris, le fabricant japonais Nippon Kodo a présenté son savoir-faire ancestral en matière d’encens. Pierre-Yves Colombel a détaillé la fabrication artisanale à base de makko et la culture japonaise de l’encens, un art raffiné où l’on « écoute » les fragrances.

Arts | Le 11 mai 2026, par Raphaël Deuff.

Rechercher un article dans l’encyclopédie...



Inscrivez-vous à la newsletter Sambuc !


Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement et des cookies de mesure d’audience. Pour plus d’informations, cliquez ici.

En poursuivant votre navigation, vous consentez à l’utilisation de cookies.

Fermer