Nature et biologie | Le 3 avril 2026, par André Roussainville. Format : petite feuille (2 feuillets).
littérature & sciences humaines
Nature et biologie | Le 3 avril 2026, par André Roussainville. Format : petite feuille (2 feuillets).
Biodiversité et faune sauvage en montagne
La population d’ours brun des Pyrénées continue de croître, atteignant au moins 108 individus recensés en 2025. Derrière ce rattrapage démographique se cache toutefois une fragilité notable : la consanguinité de l’espèce progresse, menaçant sa vitalité à long terme.

L’Office français de la biodiversité (OFB), qui coordonne le Réseau ours brun en France, a publié le 26 mars 2026 son bilan annuel sur la population d’ours brun (Ursus arctos) établie dans les Pyrénées. Le constat est double : si le nombre d’individus progresse régulièrement, avec un minimum de 108 ours identifiés sur l’ensemble du massif franco-hispano-andorran en 2025 — contre 107 en 2024 —, la santé génétique de cette population se dégrade de façon préoccupante.
Le taux d’accroissement moyen annuel entre 2006 et 2024 est estimé à un peu plus de 11 %, témoignant d’une dynamique démographique soutenue depuis deux décennies. En 2024, au moins six portées ont été détectées, totalisant huit oursons, un chiffre établi grâce à diverses méthodes de suivi : analyse génétique d’échantillons de poils et de déjections, pièges photographiques, observations de terrain. Pourtant, derrière ces chiffres encourageants se profile un phénomène de consanguinité croissante qui constitue désormais la principale menace pesant sur la pérennité du groupe.
Cette fragilité génétique est directement liée à l’histoire récente de l’ours pyrénéen. Dans les années 1990, face à l’imminence d’une extinction locale, une campagne de réintroduction a été engagée, faisant appel à des individus originaires de Slovénie. La population actuelle descend d’un nombre très restreint de ces fondateurs, auxquels s’ajoute la disparition progressive des derniers représentants de la souche pyrénéenne d’origine. Ce goulot d’étranglement génétique — ou bottleneck — a durablement appauvri le patrimoine héréditaire de l’ensemble du groupe.
Les premières conclusions d’une étude commandée par l’État, dont les résultats complets sont attendus pour la fin de l’année 2026, confirment que la consanguinité produit des effets tangibles sur la reproduction : réduction de la taille des portées, diminution des distances de dispersion natale et baisse de la survie des oursons issus des femelles les plus consanguines. L’association Pays de l’Ours-Adet, qui milite pour la préservation de l’espèce, a quant à elle mandaté un laboratoire privé indépendant, dont l’expertise corrobore ces conclusions en soulignant la vulnérabilité génétique persistante de la population.
La surface occupée par les ours dans les Pyrénées a légèrement reculé ces deux dernières années, même si la présence de l’animal demeure établie sur le long terme. Cette coexistence reste conflictuelle ; les éleveurs de bovins et d’ovins dénoncent régulièrement les attaques contre le bétail durant les estives. De leur côté, les associations de défense de l’ours réclament depuis plusieurs années de nouveaux lâchers d’individus pour enrayer l’appauvrissement génétique, sans que les pouvoirs publics n’aient jusqu’ici apporté de réponse officielle à cette demande.
André Roussainville
Ours brun, Office français de la biodiversité, Pyrénées, consanguinité, réintroduction d’espèces, biodiversité de montagne, goulot d’étranglement génétique, estive, prédation et élevage
Entités nommées fréquentes : Pyrénées.

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