Arts. Le 11 mai 2026. Format : article (3 feuillets).
« Carnets de salon »
Nippon Kodo : écouter les encens, au salon Matter and Shape
L’artisanat d’un fabricant japonais d’encens
Présent au salon Matter & Shape, qui s’est tenu début mars 2026 au jardin des Tuileries, le fabricant japonais d’encens Nippon Kodo a offert aux visiteurs un aperçu d’un savoir-faire vieux de quatre siècles. Son représentant, Pierre-Yves Colombel, a évoqué avec passion la fabrication de l’encens japonais et la culture singulière qui l’entoure : un univers où l’on ne sent pas le parfum, mais où on l’« écoute ».
Au « carré des parfumeurs » du salon Matter & Shape, qui s'est tenu du 6 au 9 mars 2026 au jardin des Tuileries, à Paris, une quinzaine d'entreprises du monde de la parfumerie présentaient leurs créations. Parmi elles, le fabricant japonais d'encens Nippon Kodo (日本香堂), dont le représentant Pierre-Yves Colombel, responsable commercial, a détaillé le processus de fabrication artisanale de l'encens japonais et la culture séculaire qui y est associée.
Bâtonnets en pâte d'écorce
Nippon Kodo, dont le nom signifie « maison japonaise de l'encens » (un jeu de mot avec kōdō 香道, désignant l'art traditionnel de l'encens), est le fruit d'une longue lignée d'artisans. L'entreprise, constituée en groupe en 1965, fait remonter ses origines à 1575 et au maître encenseur Jyuemon Takai, dit Koju, fournisseur attitré de l'empereur du Japon et de sa cour. Nombre de ses recettes d'origine ont été perpétuées, enrichies au xixe siècle par le parfumeur Yujiro Kito, maître encensier de l'ère Meiji. L'entreprise, qui a récemment fusionné avec d'autres entités du secteur, dispose aujourd'hui de bureaux à Tokyo, Paris, New York, Los Angeles, Hong Kong et Hô-Chi-Minh-Ville (Saïgon) au Viêt Nam.
M. Colombel nous explique en détail la fabrication de l'encens japonais, qui se distingue nettement des procédés industriels. La matière première de base, appelée makko (littéralement « poudre d'encens »), est obtenue à partir de l'écorce finement pulvérisée de certains arbres ; les espèces les plus employées sont Machilus thunbergii, un arbre à feuilles persistantes de la famille des Lauracées, dont le nom vernaculaire japonais est tabu-no-ki, et Cercidiphyllum japonicum, parfois appelé « arbre à caramel » en raison du léger parfum de caramel qu'exhalent ses feuilles à l'automne. Mêlée à de l'eau, cette poudre forme une pâte malléable, presque inodore, qui sert de matrice : c'est à elle que sont incorporées les essences parfumantes – épices, bois précieux, résines de plantes thurifères – avant que le tout ne soit façonné en tiges ou en cônes. Ce procédé diffère de celui des encens industriels, par exemple, pour lesquels un bâtonnet-support, déjà formé, est simplement imbibé de parfum.
Voie de l'encens (kōdō) : où l'on écoute les fragrances
Au-delà de la technique, notre échange s'est porté sur la dimension culturelle, et aussi spirituelle, de l'encens au Japon. M. Colombel évoque ainsi la vanité inhérente à cet objet dont le destin est, littéralement, de partir en fumée, et qui fait l'objet sur l'archipel nippon de cérémonies ritualisées. L'occasion aussi de rappeler l'étymologie latine du mot « parfum » (per-fumare, « à travers la fumée »), suggérant que l'odeur de ce qui brûle fut certainement le premier parfum perçu par l'humanité. « Les enfants confrontés à une odeur sont tout de suite fascinés par elle », note-t-il, « et la première des odeurs est celle de ce que l'on brûle. »
L'encens, introduit au Japon au viiie siècle par des moines bouddhistes chinois, a progressivement quitté la sphère strictement religieuse pour devenir, au sein de l'aristocratie, un art d'agrément et d'éveil spirituel. Cet art porte un nom : le kōdō (香道), ou « voie de l'encens », l'un des trois grands arts traditionnels japonais avec la cérémonie du thé (chanoyu) et l'arrangement floral (ikebana). M. Colombel nous fait ainsi noter une particularité saisissante de cette tradition : au Japon, on ne dit pas que l'on sent l'encens, mais qu'on l'écoute (kiku).
Pour goûter pleinement ce plaisir olfactif, il convient d'abord d'aérer la pièce où l'on souhaite le faire brûler – « comme on choisit un verre propre pour déguster un vin » –, puis d'allumer l'encens et de quitter momentanément les lieux : ceci, afin de mieux apprécier la fragrance en y pénétrant de nouveau.
Première Classe/Matter & Shape : mode, design, prêt-à-porter
Les salon Premiere Classe et Matter and Shape du printemps 2026 se sont tenus conjointement du vendredi 6 au lundi 9 mars dernier, au Jardin des Tuileries, dans le cadre de la Paris Fashion Week. Créé en 1989 par le groupe WSN et organisé deux fois par an, Premiere Classe est un événement international de référence pour les accessoires de mode — bijoux, chaussures, maroquinerie et accessoires textiles ; Matter and Shape, dont c'était la troisième édition, lui faisait pendant avec une proposition consacrée au design contemporain, explorant cette année le thème de l'échelle, « Scale », à travers des projets mêlant architecture, artisanat d'art et collaborations avec la mode. Le groupe WSN, organisateur des deux manifestations, pilote aujourd'hui douze événements annuels et rassemble quelque 150 000 professionnels par an.
- Cet article appartient à la série Carnets de salon.
- Publié par Sambuc éditeur.