Sciences humaines. Le 1er janvier 2025. Format : article (3 feuillets).
« Langues de France et d'outre-mer »
Arabe marocain
Langue vivante minoritaire
L’arabe marocain (ad-dārija) est une langue minoritaire des régions françaises de la famille des langues chamito-sémitiques. Elle est parlée en Europe et au Maghreb dans certaines régions du Maroc.
L’arabe marocain, ou arabe dialectal marocain (ad-dārija) est une langue régionale employée en Europe et au Maghreb. Au sein des régions françaises, l’ensemble des arabes dialectaux maghrébins connaît environ 950 000 locuteurs, courants ou occasionnels. Il s’agit de la langue traditionnelle des Marocains.
Typologie linguistique
Dans la classification généalogique, l’arabe marocain appartient au groupe de l’arabe maghrébin au sein de la famille des langues chamito-sémitiques. Cette langue se constitue historiquement en une entité linguistique dans la région du Maroc.
L’arabe marocain possède une structure syntaxique VSO, soit à un ordre syntaxique verbe-sujet-objet.
Littérature
À l’instar des autres dialectes arabes du Maghreb, l’arabe marocain est de tradition orale. Les dialectes arabes régionaux ont aussi formé, principalement au Moyen-Orient, une tradition de littérature populaire relativement mal connue, qui a donné lieu à des publications savantes de textes à partir du xxe siècle (Sobhi Boustani et Marie-Aimée Germanos, 2016).
De tradition largement orale, l’arabe marocain peut utiliser l’alphabet arabe à l’écrit.
La notion « d’arabe vulgaire » remonte au xviie siècle, où elle apparaît sous la plume de missionnaires de l’ordre franciscain en séjour dans des communautés chrétiennes au Moyen-Orient (Sylvette Larzul, 2010). Les dialectes arabes maghrébins commencent ensuite à être décrits (grammaires et vocabulaires) à partir du xixe siècle, en particulier à partir des années 1830 : par l’interprète militaire Joanny Pharaon en 1832 (Grammaire élémentaire d’arabe vulgaire), par l’ingénieur Jean-Joseph Marcel cinq ans plus tard (Vocabulaire français-arabe des dialectes vulgaires africains, 1837), etc.
Concernant le dialecte marocain, l’orientaliste Franz Lorenz von Dombay (1758-1810) publie au tournant des xviiie et xixe siècles une Grammaire de la langue mauresque-arabe (Grammatica linguae mauro-arabicae, 1800), qui étudie l’arabe parlé dans la région de l’antique Maurétanie Tingitane, correspondant à l’actuel Maroc.
Au début du xxe siècle, l’arabisant français Maurice Gaudefroy-Demombynes (1862-1957) publie avec le diplomate Louis Mercier (1879-1945) un Manuel d’arabe marocain, avec introduction historique et géographique (1913), puis, l’année suivante, une contribution sur les « Langues du Maroc » (Revue générale des sciences pures et appliquées, 1914). Le philologue Georges Séraphin Colin (1893-1977) est également l’auteur de « Notes sur le parler arabe du nord de la région de Taza », publiées dans le Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale (1921).
Parmi les contributions plus récentes à la description linguistique de l’arabe dialectal marocain, l’instituteur arabisant Louis Brunot (1882-1965) publie en 1950 une Introduction à l’arabe marocain. On doit aussi au français Dominique Caubet, à la fin du xxe siècle, une Grammaire d’une variété d’Arabe marocain – Région de Fēs (1989) ainsi qu’un article sur « L’arabe marocain » (Études chamito-sémitiques, 1993), et au linguiste allemand Utz Maas le manuel Marokkanisches Arabisch: Die Grundstrukturen (L’arabe marocain : les structures de base), paru en 2011.
Quelques textes en dialecte sont publiés : Textes arabes de Rabat (Louis Brunot, 1952), Texts in Moroccan Arabic (Texte en arabe marocain, Aki’o Nakano, 1979).
Droit et institutions
Pour les régions de France, la Constitution de la Ve République dispose : « La langue de la République est le français. » (art. 2 modifié en juin 1992), ce qui exclut l’existence de droits-créances à l’emploi d’une langue autre que le français. À l’inverse, l’usage d’idiomes minoritaires comme l’arabe marocain n’est pas cantonné à la sphère privée, d’autant plus que l’article 75-1 de la même Constitution leur reconnaît depuis 2008 un intérêt comme patrimoine immatériel.
En France, ce sont le Code de l’éducation (art. L. 121-1, L. 121-3, L. 123-6, L. 312-10 et L. 312-11), le Code rural (L. 811-5, L. 813-2 et R. 811-129) et le Code de la consommation (L. 121-33) qui disposent de l’enseignement de la langue arabe marocaine comme langue minoritaire de France. La langue arabe marocaine dispose également d’un enseignement au sein de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Son usage dans la sphère publique et dans les médias est édicté par la loi no 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française (loi Toubon).
- Cet article appartient à la série Langues de France et d'outre-mer.
- Publié par Sambuc éditeur.