Sciences humaines. Le 1er janvier 2025. Format : article (3 feuillets).
« Langues de France et d'outre-mer »
Arabe tunisien
Langue vivante minoritaire
L’arabe tunisien (تونسي, tounsi) est une langue minoritaire des régions françaises qui se rattache aux langues chamito-sémitiques. Elle est parlée en Europe et au Maghreb dans certaines régions de la Tunisie.
L’arabe tunisien, ou arabe dialectal tunisien (تونسي, tounsi) est une langue minoritaire parlée en Europe et au Maghreb. Dans les régions de France, les arabes dialectaux maghrébins (tous dialectes confondus) connaissent 950 000 locuteurs environ, courants ou occasionnels. Elle constitue la langue maternelle des Tunisiens.
Linguistique
Sous l’aspect de la génétique linguistique, la langue arabe tunisienne se rattache au groupe de l’arabe maghrébin de la famille des langues chamito-sémitiques. Son implantation d’origine se situe en Tunisie.
L’arabe tunisien possède une structure syntaxique VSO, soit un ordre verbe-sujet-objet.
Littérature de l’arabe tunisien
Comme les autres idiomes d’arabe maghrébin, l’arabe tunisien est un idiome de tradition orale. Les variantes d’arabes dialectaux ont aussi formé, surtout au Moyen-Orient, une tradition de littérature vernaculaire mal connue, qui a été l’objet de recueils savants à partir du xxe siècle (Sobhi Boustani et Marie-Aimée Germanos, 2016).
L’écriture de l’arabe tunisien utilise l’alphabet arabe.
Le concept « d’arabe vulgaire » naît au xviie siècle, sous la plume de franciscains en mission dans des communautés chrétiennes au Moyen-Orient (Sylvette Larzul, 2010). Les dialectes arabes maghrébins commencent ensuite à être décrits (grammaires et vocabulaires) à partir du xixe siècle, en particulier à partir des années 1830 : par l’interprète militaire Joanny Pharaon en 1832 (Grammaire élémentaire d’arabe vulgaire), puis par l’ingénieur et imprimeur français Jean-Joseph Marcel (1776-1854) cinq ans plus tard, avec la publication d’un Vocabulaire français-arabe des dialectes vulgaires africains (1837). À la fin du même siècle, le naturaliste britannique Robert Lambert Playfair (1828-1899) publie son Handbook for travellers in Algeria and Tunis (1895).
Parmi les contributions de la deuxième moitié du xxe siècle, on peut mentionner celles de l’arabisant et sémiologue allemand Hans-Rudolf Singer (1925-1999), qui publie une Grammaire de l’arabe dialectal de la médina de Tunis (Grammatik der arabischen Mundart der Medina von Tunis, 1984). La même année, la traductrice arabisante Lucienne Saada (auteure d’une traduction de la Geste hilalienne l’année suivante) donne ses Élément de description du parler arabe de Tozeur, Tunisie (1984). On mentionnera également la thèse du linguiste Mouldi Bouaicha : Le parler de Zarzis. Étude descriptive d’un parler arabe du sud-est tunisien (1993).
Des textes en arabe dialectal tunisien ont été recueillis et édités par l’arabisant David Cohen (Le parler arabe des Juifs de Tunis, 1964), ainsi que par le linguiste Fathi Talmoudi (Texts in the Arabic dialect of Susa, Tunisia, 1981).
Droit et institutions
Pour les régions de France, la Constitution de la Ve République dispose : « La langue de la République est le français. » (art. 2 modifié par la loi constitutionnelle du 25 juin 1992), ce qui prescrit l’usage de la langue française dans la sphère publique et dans l’enseignement. Néanmoins, l’usage public de langues minoritaires telles que l’arabe tunisien n’est pas exclu, en particulier avec la reconnaissance de leur importance comme patrimoine immatériel par l’article 75-1 de la même Constitution introduit en 2008.
Comme langue minoritaire, ce sont le Code de l’éducation (art. L. 121-1, L. 121-3, L. 123-6, L. 312-10 et L. 312-11), le Code rural (L. 811-5, L. 813-2 et R. 811-129) et le Code de la consommation (L. 121-33) qui disposent en France de l’enseignement de la langue arabe tunisienne. D’autre part, l’arabe tunisien est enseigné au sein de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Sa présence dans la sphère publique et les médias est principalement édictée au sein de la loi no 94-665 relative à l’emploi de la langue française (loi Toubon).
Au reste, en tant que langue en danger d’extinction, la langue arabe tunisienne est citée dans l’édition 2010 de l’Atlas des langues en danger dans le monde de l’UNESCO.
- Cet article appartient à la série Langues de France et d'outre-mer.
- Publié par Sambuc éditeur.