Sénèque
L’Apocoloquintose
Apothéose d’une citrouille

Préface d’Antoine Ginésy. Traduit du latin par Joseph Baillard. Dossier sur l’œuvre : chronologie de Claude, index des personnages cités, notes sur le texte. Coll. « Petits Plis ».
72 pages, 105×148 mm.
octobre 2023 | 9782491181635
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Claude, l’empereur romain successeur de Caligula nanti de diverses infirmité physiques, est parodié par Sénèque dans cette satire qui conte sa mort et son apothéose. À moins qu’il ne s’agisse en fin de compte d’une catabase, vers le fond des enfers où ils sont nombreux à l’attendre…
Une satire mordante de l’empereur Claude
Dans cette comédie satirique du ier siècle de notre ère, le philosophe Sénèque met en scène la mort et la prétendue apothéose de l’empereur Claude, successeur de Caligula. Ayant laborieusement rendu son dernier souffle (nous sommes alors en 54 après J.-C.), Claude aspire à rejoindre le rang des dieux sur le mont Olympe… mais un destin singulier le conduit finalement aux Enfers, où l’attendent au tournant tous ceux qu’il a fait périr durant son règne !
Cette œuvre constitue un véritable pamphlet contre la mémoire de Claude, destiné à discréditer le précédent régime et à souligner par contraste le charisme du nouvel empereur Néron.
En forgeant le titre, peut-être apocryphe, d’Apokolokyntosis – un mot grec inventé qu’on peut comprendre comme « apothéose d’une courge » ou « transformation en citrouille » –, Sénèque raille la faiblesse de Claude à travers ce fruit creux, citrouille, coloquinte ou autre cucurbitacée, symbole de la vacuité. Cette satire critique aussi un règne marqué par de nombreuses exécutions, et un gouvernement perçu par le philosophe comme anti-aristocratique, où d’anciens esclaves affranchis accédèrent aux dignités impériales, réduisant au passage l’autorité des pères conscrits du Sénat. Le texte dépeint ainsi Claude en prince des Saturnales (princeps Saturnalicius), cette fête romaine où l’ordre établi s’inverse et où les esclaves deviennent temporairement les maîtres.
Un voyage burlesque du ciel aux Enfers
Le récit débute par une description bouffonne de la mort de Claude, empoisonné selon les historiens anciens à l’instigation d’Agrippine, son épouse. Commence alors son ascension vers l’Olympe, où le conseil des dieux doit se prononcer sur son admission.
On annonce à Jupiter l’arrivée d’un quidam de bonne taille, ayant les cheveux d’un blanc parfait et une sorte d’allure menaçante, car il branle continuellement la tête et traîne le pied droit. On lui a demandé de quelle nation il est ; il a répondu on ne sait quoi en bredouillant et d’une voix inarticulée. On ne comprend pas son jargon qui n’est ni grec, ni romain, ni d’aucune nation connue.
Apocoloquintose, ch. v
C’est le divin Auguste qui jouera le rôle du procureur devant le tribunal céleste, exprimant sa douleur et son indignation devant les crimes de son successeur. Rejeté par les dieux, Claude assiste alors à ses propres funérailles sur Terre, où se déroule la cérémonie officielle d’apothéose voulue par Agrippine. Condamné finalement aux Enfers et de nouveau mis en accusation par Éaque, l’un des juges infernaux, l’empereur romain est offert comme esclave à Caligula, puis encore abaissé en devenant l’esclave d’un affranchi dirigeant l’un des bureaux impériaux.
Une œuvre au confluent de la politique et de la littérature
Cette construction démonstrative ne relève pas seulement du genre satirique : elle témoigne d’un événement politique majeur, l’avènement de Néron au milieu des soubressauts du jeune Empire romain ; à ce titre, discréditer Claude et son règne participe de l’affermissement du nouveau pouvoir. Mais le philosophe Sénèque, qui avait subi l’exil en Corse sous le règne de Claude, règle au passage ses comptes avec celui qui l’avait éloigné de Rome.
L’œuvre s’inscrit ainsi dans une tradition de littérature latine remontant à Varron et ses Satires ménippées, et annonçant les Satires de Juvénal. Elle a inspiré par la suite de nombreux auteurs, dont Voltaire qui en a apprécié l’audace politique, et Jean-Jacques Rousseau qui en a proposé une traduction personnelle en 1758, y trouvant matière à réflexion sur le jugement de l’histoire et la postérité.
Un dossier pour éclairer l’œuvre
Préfacé par Antoine Ginésy (« Crever les citrouilles »), ce petit roman burlesque est une plongée captivante dans les débuts de la Rome impériale. Un dossier en fin d’ouvrage, contenant une chronologie détaillée de la vie de l’empereur, des notes sur le texte, ainsi qu’un index et des notices sur les personnages historiques, accompagne l’œuvre et l’éclaire pour le lecteur d’aujourd’hui.

