Actualités Sambuc | Le 6 février 2026, par Raphaël Deuff. Dernière révision le 6 février 2026. Format : article (3 feuillets).
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Actualités Sambuc | Le 6 février 2026, par Raphaël Deuff. Dernière révision le 6 février 2026. Format : article (3 feuillets).
Lancement d’une série d’articles et d’entretiens
Ce mois-ci, l’encyclopédie Sambuc publie une série consacrée à la cinéphilie, signée Karine Josse : articles et entretiens reviendront sur cette notion polysémique à la croisée de l’histoire de l’art, des théories de la réception et de la sociologie. De la salle obscure aux écrans de télévision, des ciné-clubs aux blogues en ligne, découvrez cent nuances d’amour du cinéma, à travers des entretiens avec de grands écrivains cinéphiles, qui témoignent d’un rapport riche et singulier au média cinématographique.

Loin de se réduire à une élite parisienne des années cinquante, la cinéphilie constitue une pratique culturelle en perpétuelle métamorphose. De la salle obscure aux écrans domestiques, des ciné-clubs aux blogues en ligne, elle témoigne d’un rapport vivant au septième art qui traverse les générations et redéfinit sans cesse ses territoires.
Karine Josse, auteure de l’essai Pasolini ou la tentation de la sainteté publié aux éditions Sambuc, propose ce mois-ci dans l’encyclopédie Sambuc une série consacrée à la cinéphilie et aux cinéphiles. Découvrez trois grands interviews de figures marquantes de la cinéphilie française, qui témoignent de leur rapport personnel, riche et singulier, avec le cinéma.
Des articles de fond complèteront ces entretiens en égrenant les principaux jalons d’une histoire de la cinéphilie, de la Nouvelle Vague aux vidéo-clubs et d’André Bazin à Antoine de Baecque.
Parler de cinéphilie suppose d’emblée de reconnaître la polysémie d’un terme qui recouvre des réalités fort diverses. Bien au-delà du stéréotype du cinéphile érudit fréquentant assidûment les salles d’art et d’essai, cette passion pour le cinéma se décline en une pluralité de pratiques et de sociabilités qui évoluent au gré des mutations techniques et culturelles. Dès les années 1920, avec des figures comme Louis Delluc, puis à travers l’institutionnalisation progressive des années 1950 marquée par l’essor de revues comme les Cahiers du cinéma en 1951 ou Positif en 1952, la cinéphilie française s’est progressivement constituée en mouvement culturel structuré. La présence tutélaire d’Henri Langlois à la Cinémathèque, temple où se formeront les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague tels que François Truffaut, Jean-Luc Godard ou Jacques Rivette, témoigne de cette époque fondatrice ; mais elle ne saurait épuiser la richesse d’un phénomène qui dépasse largement le cadre parisien et la seule décennie 1950-1960.
L’histoire de la cinéphilie révèle en effet plusieurs étapes majeures. Après la naissance d’une parole cinéphile dans les années 1910, suivie d’une normalisation durant les années 1930 (création de la Cinémathèque française en 1936), l’après-guerre voit l’institutionnalisation du discours sur le cinéma avec son intégration à l’enseignement universitaire ; puis les années 1980 marquent une individualisation des pratiques liée à la démocratisation des études et à la multiplication des équipements domestiques. Cette périodisation, proposée par les sociologues Laurent Jullier et Jean-Marc Leveratto, souligne combien la cinéphilie s’inscrit dans une dialectique constante entre légitimation culturelle et pratiques populaires. Si André Bazin, figure tutélaire de la critique moderne, annonçait dès 1948 une conception du cinéma comme « art total de la vision des films », c’est bien cette réflexivité qui caractérise la cinéphilie : toutes ses pratiques visent à donner une profondeur à la vision du film, à en faire un objet de conversation, de mémoire et de transmission.
La cinéphilie contemporaine se caractérise par une fragmentation et une diversification sans précédent. L’avènement de la vidéo dans les années 1980, puis du numérique et d’internet au tournant du millénaire, a profondément reconfiguré les modalités d’accès aux films et les formes de sociabilité cinéphile. Les pratiques en ligne, qu’il s’agisse de blogues spécialisés, de forums de discussion ou de plateformes de partage, ont fait émerger ce que certains chercheurs nomment une « cinéphilie ordinaire », distincte de la cinéphilie savante traditionnelle mais tout aussi intense dans son rapport au septième art. Cette démocratisation de la parole critique ne signifie nullement la disparition des instances de légitimation ; elle invite plutôt à reconnaître la coexistence de multiples formes de cinéphilie, de la cinéphilie de genre (valorisant le cinéma bis ou les films cultes) à la cinéphilie d’exploration qui se nourrit de la surabondance des catalogues disponibles. Les festivals, qu’ils soient physiques ou en ligne, les ciné-clubs réinventés, l’enseignement du cinéma désormais présent au lycée depuis 1989, constituent autant de lieux où se perpétue et se renouvelle cette cristallisation du regard et de la pensée autour des images en mouvement.
Raphaël Deuff
Ressource : Les articles de la série « Cinéphilie(s) » (sambuc.fr)
Ressource : Le cinéma dans les contenus numériques des éditions Sambuc (sambuc.fr)
Ressource : Le cinéma dans le catalogue de livres parus aux éditions Sambuc (sambuc.fr)
Entités nommées fréquentes : Sambuc.

Arts | Le 10 février 2026, par Sambuc éditeur.

Arts | Le 9 février 2026, par Karine Josse.

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