Actualités culturelles. Le 4 juin 2026. Format : grande feuille (6 feuillets).
Actualités culturelles
23e Rendez-vous aux jardins : une invitation à voir et sentir
Événement annuel culturel et paysager en France et en Europe
Du 5 au 7 juin 2026, plus de 2800 parcs et jardins ouvrent leurs portes à travers l’Europe pour la 23e édition des Rendez-vous aux jardins. Au programme : perspectives trompeuses, cartographie historique et découverte sensorielle pour les publics déficients visuels.
Les Rendez-vous aux jardins reviennent pour leur 23e édition du vendredi 5 au dimanche 7 juin 2026. Créée en 2003 et placée sous l’égide du ministère de la Culture, cette manifestation annuelle voit s’animer chaque année, au début du mois de juin, plus de 4000 parcs et jardins d’Europe (dont 2800 en France), ouverts parfois à titre exceptionnel au grand public. Professionnels du végétal — propriétaires, jardiniers, paysagistes — y partagent leur passion et leur savoir-faire à travers des ateliers pédagogiques, des expositions, des démonstrations, des promenades musicales, des conférences et des spectacles. La journée du vendredi, réservée comme tous les ans aux groupes scolaires, se propose de transmettre à ces jeunes visiteurs le goût pour ces lieux de nature, et à travers eux, le respect de la faune et de la flore.
La vue : la géométrie, la perspective, et le handicap visuel
La thématique retenue pour l’édition 2026 — qui s’inscrit dans une déclinaison pluriannuelle des cinq sens inaugurée en 2024 — est celle de la vue ; cette déclinaison des sens se poursuivra d’ailleurs lors de l’édition 2028, où l’odorat sera mis à l’honneur.
Le thème de la vue invite d’abord à explorer la représentation figurée des jardins à travers les siècles : gravures, peintures, dessins et relevés cartographiques témoignent de la façon dont architectes et maîtres-jardiniers ont perçu, conçu et transmis leurs créations. Depuis la Renaissance et la théorisation de la perspective, ces praticiens ont recouru à des procédés subtils pour modifier la perception de l’espace : la perception de la profondeur est analysée par les peintres et fait l’objet de jeux architecturaux, en allongeant ou étirant les formes sous l’effet de l’optique, comme dans l’anamorphose, illusion altérant la forme des objets selon l’angle de vision, afin de transformer parterres et pièces de gazon au fil du parcours. Au Grand Siècle, André Le Nôtre en usera avec maîtrise, aussi bien à Vaux-le-Vicomte qu’au domaine de Sceaux, deux parcs comptant aujourd’hui parmi les lieux les plus remarquables du patrimoine paysager français.
Du côté du terrain, voir, c’est d’abord mesurer : les progrès de la géométrie et des techniques de topographie, en particulier à compter du xviie siècle, ont amené à des levés de plans d’une grande précision, documentant à la fois des projets et des jardins existants. Aujourd’hui, le LiDAR (Light Detection and Ranging, détection et télémétrie lumineuse) offre la possibilité de visualiser le sous-sol d’un parc sans fouille archéologique, par exploitation des propriétés de la lumière : particulièrement adaptée aux grands parcs réguliers ou paysagers, cette technique ouvre de nouvelles perspectives pour la connaissance et la conservation du patrimoine horticole.
Mais le thème de la vue, pour les organisateurs, se veut aussi un pas en direction des personnes atteintes de déficiences visuelles. L’édition 2026 est ainsi marquée par un grand partenariat avec l’association Valentin Haüy (AVH), afin de rendre la dimension sensorielle des jardins accessible aux personnes déficientes visuelles. Fondée en 1889 par Maurice de La Sizeranne et reconnue d’utilité publique dès 1891, l’AVH accompagne aujourd’hui les près de 2 millions de Français souffrant d’un handicap visuel, en leur proposant notamment des accès adaptés à la culture : livres audio, audiodescription, accès aux œuvres par le toucher, visites et séjours.
Les jardins, un art plurimillénaire en Europe
À dimension européenne depuis 2018, et insérés dans le cadre du réseau HEREIN au jardin (programme européen de coopération dans le domaine du patrimoine culturel) afin de coordonner les politiques nationales en faveur des parcs et jardins, les Rendez-vous de juin célèbrent la richesse de la tradition du jardin sur le Vieux continent. Des jardins monastiques clos du Moyen Âge — l’hortus conclusus des cloîtres — aux compositions régulières à la Le Nôtre, en passant par les jardins italiens maniéristes de la Renaissance, dotés de statues, grottes et labyrinthes et les jardins paysagers du xviiie siècle imitant la nature sauvage, le patrimoine végétal européen témoigne d’une richesse considérable, vivante à la fois sur les plans symbolique, technique, d’aménagement de l’espace, ainsi que du rapport au temps, au repos et à l’aménité.
L’histoire du jardin plonge en effet ses racines dans les antiques jardins du monde romain, de Perse ou de Mésopotamie, et le vieux continent a dès longtemps été une terre de jardins. À la fois lieu d’agrément, et espace ordonnancé dédié à la culture de plantes domestiquées, le jardin, souvent proche de l’habitation, peut être potager, verger, ou lieu de culture des plantes parfumées, tinctoriales et médicinales ; mais c’est aussi, dès la très haute antiquité, un lieu où s’esquisse la botanique : les premières collections de plantes importées dateraient ainsi de l’Égypte antique, préfigurant déjà nos jardins d’acclimatation modernes.
Dans le proche orient, les premiers jardins persans ou mésopotamiens sont des espaces terrassés, et s’ordonnent autour d’un bassin selon des motifs géométriques. En Asie, le jardin chinois est une sorte de monde en miniature, et le jardin japonais, empreint de bouddhisme, matérialise une recherche raffinée, esthétique autant que spirituelle.
Enfin, au-delà de leur valeur patrimoniale, les jardins jouent aussi un rôle comme réservoirs de biodiversité : couvrant en France plus d’un million d’hectares, soit quatre fois la superficie des réserves naturelles, ils forment dans les villes des corridors écologiques essentiels à la faune urbaine. Les jardins écologiques et les jardins partagés, apparus en Europe depuis les années 1990, illustrent à cet égard l’importance d’espaces de nature au sein de l’habitat anthropisé.
Une programmation à travers toute l’Europe
La richesse des parcs, arborétums et jardins en France se reflète dans la répartition géographique du temps fort, assez atypique et à part parmi les événements annuels du ministère de la Culture.
Sis au nord de l’agglomération parisienne, le Val-d’Oise domine la dynamique, avec plus d’un événement sur vingt organisé dans ce département. Mais la répartition des différents départements et régions est bien plus homogène que pour les autres grands événements culturels nationaux, comme les récentes Nuits des musées.
Parmi les milliers d’événements organisés dans toute la France, on mentionnera, au hasard, les six hectares de jardins d’époque médiévale du musée de Salagon, à Mane (Alpes-de-Haute-Provence), le jardin botanique de Sedan (Ardennes), le jardin fin-
Si ces rencontres annuelles ont pris une dimension plurinationale, plus de 80 % des événements des Rendez-vous aux Jardins (près de 4300 événements pour cette édition) demeurent organisées en France, avec environ 3400 animations dans l’Hexagone cette année, en plus d’une quarantaine dans les outre-mer (en Guadeloupe, Martinique, et Guyane française). Le deuxième pays au palmarès est l’Italie, avec 420 temps forts, suivie de l’Allemagne (une centaine) et de la Slovaquie (une quarantaine). En tout, ce sont 25 pays qui tiennent ces Rendez-vous pour l’édition 2026, parmi lesquels la Pologne (voïvodies de Lubusz et de Basse-Silésie), la Hongrie (Budapest, Veszprém, château royal de Gödöllő...), la Roumanie (dans les villes de Brașov, de Bucarest ou encore de Galați), et même le Japon - la plupart avec un très petit nombre d’événements sur leur territoire.
Les Rendez-vous aux Jardins, deux décennies de temps forts estivaux
Les Rendez-vous aux Jardins sont un événement annuel créé en 2003, et organisé en France par le ministère de la Culture. Ces trois journées annuelles rassemblent un large public afin de favoriser les échanges entre visiteurs et acteurs des jardins (propriétaires, jardiniers, paysagistes…), et valoriser les actions permettant d’étudier, conserver, restaurer ou créer des jardins, et transmettre des savoir-faire ou former des jardiniers.
Placés sous le patronage de la direction générale des patrimoines (CNPA), les Rendez-vous aux Jardins sont mis en œuvre à l’échelle des territoires par les directions régionales des affaires culturelles. La manifestation doit également son origine à la participation de nombreux acteurs : le Comité des Parcs et Jardins de France (CPJF), le Centre des monuments nationaux, les Villes et Pays d’art et d’histoire (VPAH), les Vieilles Maisons françaises, la Demeure historique, ainsi que de très nombreuses collectivités territoriales qui participent à son élaboration et à sa promotion.
- Publié par Sambuc éditeur.